Crise au Brésil : après la conciliation de classes, la lutte des classes ?

La crise brésilienne actuelle a globalement été traitée de façon catastrophique par les média français. On les a entendu pourfendre la corruption de Dilma Roussef et se féliciter que sa destitution soit un progrès pour assainir la politique brésilienne… Il n’en est rien, la destitution est très clairement un coup d’Etat mené par la grande élite juridique, politique et économique autour d’un parti

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“Temer Dehors !” Manifestation à Sao Paulo.

Le bilan de Dilma Roussef.

Son gouvernement a été caractérisé par la continuité des politiques de lutte contre l'extrême pauvreté tout en maintenant un soutien indéfectible aux secteurs économiques ultra lucratifs au Brésil contre les mobilisations des forts mouvements sociaux brésiliens. Un exemple : Dilma est la présidente sous laquelle il y a eu le moins d’expropriations de terre au profit des occupations du Mouvement des Paysans Sans Terre… Globalement, le PT ne s’est pas rendu compte de la profondeur de la crise économique ouverte en 2008. La crise a réduit en cendres le mythe pétiste de la conciliation de classes et de ce qui a été appelé, à tort,  « néodéveloppementisme ». Ce mythe s’est fracassé sur les rébellions de juin 2013 dans les grandes villes brésilienne (mouvements quasi-insurrectionnels de professeurs à Rio contre la casse de l’éducation et de jeunesse pour la gratuité des transport). La dégradation de la santé, de l’éducation et des transports publics montrait que la fiction du pays néodéveloppementiste qui allait bientôt rejoindre le « premier monde » des pays capitalistes développés n’avait aucune base matérielle. Le PT n’a pas voulu toucher au fonctionnement institutionnel brésilien très ancré dans la corruption et le clientélisme, manque d’ambition politique qu’il paye cash aujourd’hui.

 

La reprise en main de la classe des ultra-riches

La FIESP (Medef local), les grands médias disent tous que le gouvernement de Dilma ne les intéresse plus, que le cycle de la conciliation par en haut s’est refermé et aussi qu’ils ne supportent plus qu’une femme dirige le pays (le nouveau gouvernement est 100% masculin pour plus “d’objectivité” selon Michel Temer (sic)...). Le moment est venu de frapper – mais pas par un coup d’Etat militaire comme en 1964. La question n’est pas de savoir si l’impeachment est ou non un coup d’Etat. Cette disposition institutionnelle est prévue dans la constitution de 1988. Elle devient un coup d’Etat lorsque les causes qui pourraient justifier sa mise en œuvre sont créées de toute pièce. Il n’existe aucune preuve que le gouvernement de Dilma ait commis un délit susceptible de conduire à son renversement par l’impeachment. La question n’est pas de savoir si ce dernier est légal ou non, elle est que l’impeachment en cours est une farce, qu’il n’y a aucune preuve pour le mettre en œuvre. Aujourd’hui, c’est donc un coup d’Etat. Il est intéressant de voir que si Dilma n’a aucune affaire de corruption sur le dos, le nouveau président par intérim Michel Temer est lui cité dans l’affaire Petrobras (équivalent de l’affaire ELF en France…) et pourra être condamner à de la prison... Sauf s’il fait voter la fin de la récréation en stoppant la loi anti-corruption, ce qui est un des objectifs du gouvernement par intérim.

 

Que va-t-il se passer ?

La situation change tellement vite et de façon tellement complexe qu’il est difficile de faire des pronostics. Seule certitude : Dilma, malgré un regain de popularité aujourd’hui, ne pourra pas sauver son mandat. Le gouvernement par intérim actuel enchaîne les contre-réformes (baisse des budgets publics de santé, répression contre les mouvements sociaux notamment le Mouvement des Sans Toits) et doit être combattu. Cette situation brésilienne s’inscrit dans un fort mouvement “revanchard” des oligarchies latino-américaines, soutenues par le Départemernt d’Etat des USA, contre les gouvernements progressistes latinoaméricains affaiblis par leurs profondes contradictions en matière économique, écologique et la non application des transformations sociales promises. Aujourd’hui, les gouvernements du Venezuela, de Bolivie, d’Equateur sont victimes d’offensives de toutes sortes qui doivent entraîner des mouvements de solidarité en Amérique Latine et dans le monde entier. Par exemple, le Mouvement des Sans Terre Brésilien appelle à constituer des “Front Brésil Populaire” au Brésil et partout dans le monde notamment pour soutenir les forces politiques et syndicales des classes populaires qui veulent transformer profondément le système politique et économique brésilien contre la classe des ultra-riches…

 

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“il n’y aura pas de coup d’Etat, il y aura la lutte !!” Manifestation du Front Brésil Populaire à Fortaleza.

 

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