Molex : vers un contrôle ouvrier…

Les salariés de Molex, à Villemur-sur-Tarn (Tarn-et-Garonne), protestent contre la fermeture du site et envisagent de le diriger eux-mêmes. Alexis Antoine, salarié du groupe, témoigne.
Grève à MOLEX : Vers le contrôle ouvrier ? © Julien Terrié
Grève à MOLEX : Vers le contrôle ouvrier ? © Julien Terrié
Les salariés de Molex, à Villemur-sur-Tarn (Tarn-et-Garonne), protestent contre la fermeture du site et envisagent de le diriger eux-mêmes. Alexis Antoine, salarié du groupe, témoigne.

 

 

Vous êtes en grève depuis le 6 juillet. Comment ça s’est passé ?

Au début, il a fallu expliquer à l’ensemble des travailleurs qu’on se battait pour maintenir l’emploi et, en cas d’échec, pour obtenir des garanties financières. Au fil des jours, les gens ont adhéré, comprenant qu’on avait affaire à des patrons voyous. Et au dernier vote, la grève a été votée à 100%, à bulletin secret. Même nous, ça nous a étonnés.

 

Tu penses que la victoire des salariés de la SBFM a joué ?

Oui. La SBFM, c’est le modèle en France, pour nous, de salariés d’entreprise qui ont lutté durement et n’ont rien lâché. Et ils ont bien fait, puisqu’ils sont revenus dans le groupe Renault. Ils ne sont pas les seuls (Sonas, Rencast). Il y a des exemples, en France, de luttes qui payent. A Molex, j’ai bon espoir que ça aille loin et fort, même dans un contexte estival. La direction tente de nous diviser, c’est classique. Mais il y a maintenant un gros noyau de salariés qui ne rentrent plus dans son jeu.

Le but de la grève, c’est d’arrêter les chaînes de PSA, notre client principal (80% de chiffre d’affaires). PSA doit se rendre compte que sans ses sous-traitants, elle ne fabrique plus de voiture.

Aujourd’hui, on parle de renouveler l’automobile sous d’autres formes, comme l’électrique. La connectique, c’est notre métier, et dans une voiture électrique, c’est primordial. Donc, pourquoi Molex ne pourrait pas réintégrer PSA ? Sans compter les 3 milliards d’euros que le gouvernement lui a donné. Cet argent a servi à faire crever la sous-traitance et les salariés, pour financer des profits indécents. En mars, Molex a lâché 30% de dividendes supplémentaires à ses actionnaires, et on te dit qu’on est en pleine crise économique, que le groupe va mal… Mais où on va ?

 

Parmi vos revendications, il y a le maintien de l’outil de travail pour les salariés. Qu’est-ce que ça veut dire ?

Ça veut dire qu’il y a deux solutions : soit on trouve un repreneur et on repart dans un système plus ou moins vicieux, avec un directeur au cul ; soit l’outil de travail est repris par les salariés, et l’on est décisionnaire à 100%. C’est pas gagné, mais ce serait une très bonne solution, pour qu’on décide de notre avenir et des profits que l’on pourrait faire. La boîte est rentable et elle peut vivre sans Molex. La reprise des outils de production par les salariés, ce n’est pas utopique. Ça existe au Pays basque, en Argentine, et ailleurs dans le monde. Les salariés n’ont pas la même vision qu’un actionnaire. Ils sont attachés à leur outil de travail, sans chercher à s’en mettre plein les poches. A partir du moment où tu arrives à vivre décemment, le problème est réglé.

 

Il n’y a pas deux capitalismes, comme dit Sarkozy ?

Sarkozy peut dire tout ce qu’il veut, le capitalisme, c’est faire un maximum de profits dans un minimum de temps, point. On est en contact avec Freescale, qui vivent exactement la même chose que nous, et on essaye de faire des actions communes. Le 17 septembre, la confédération syndicale appelle à un rassemblement commun de toute la filière automobile, devant la Bourse de Paris. J’espère qu’il y aura toutes les forces politiques, pour montrer au gouvernement qu’il y a en marre de ces licenciements boursiers. Les actionnaires ne savent même plus quoi faire de leur fric. Ils ne s’attendaient pas à une telle résistance, à Villemur-sur-Tarn, mais quand on touche à la vie des gens et qu’on va si loin dans l’ignominie, il faut s’attendre à une telle résistance.

 

Propos recueillis par Julien Terrié

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