Le douteux concept de "Droit à l'enfant".

Avertissement: ceci n'est pas un article anti-"mariage pour tous".

 

Parmi les nombreux thèmes apparus ces dernières années à propos d'une nouvelle vision de la famille, celui du "Droit à l'enfant" me semble, au minimum inapproprié, et, pour tout dire, extrêmement suspect au regard de ce qu'il véhicule d'inconscient.

Revendiquer un "droit", notion juridique, à élever un enfant, c'est placer les choses sur un terrain qui n'est pas le bon. J'ai toujours été opposé à la peine de mort, notamment parce qu'il me paraît inconcevable que des êtres humains (magistrats, jurés, certes au nom de la "société" qui, en l'espèce, a bon dos) s'arrogent le "droit" de mettre fin à une vie. En ce qui concerne l'enfant, je préférerais, et de loin, que l'on exprime la problématique ainsi: il peut y avoir, de la part d'homosexuels, une envie, un désir d'enfant, de même que ces sentiments, ces émotions, existent, ou pas d'ailleurs, chez les hétérosexuels. Je vois bien que l'état du droit complique l'assouvissement pour les uns et pas pour les autres. Il convient alors de rechercher  les aménagements mettant tout le monde sur un pied d'égalité. Mais, de même que, dans mon esprit, il n'y a pas de légitimité philosophique à priver un semblable de sa vie, il n'y en a pas davantage à poser comme un droit intangible la parentalité. Bien entendu, l'approche est encore plus nette s'agissant de la possibilité de donner la vie, y compris "indirectement". L'état naturel est ainsi fait qu'un homme et une femme peuvent parvenir à procréer sans difficultés particulières. Mais ce n'est qu'une opportunité, en aucun cas un droit.

On sait depuis longtemps à quel point la famille, le couple, les relations parents-enfants, loin de revêtir l'unique caractère "sacré" affirmé par les irréductibles des diverses religions peut être source de névroses, de souffrances, de drames. Considérer "l'accès à l'enfant" comme un "Droit", c'est se situer dans une toute-puissance délétère, extrêmement dangereuse même, ne prenant en compte que la pulsion (l'intérêt, la jouissance, le narcissisme...) du ou des parents, et faire bien peu de cas du principal intéressé, je veux dire le gamin ou la gamine. Ce n'est pas parce que c'est, depuis des millénaires, l'une des pathologies préférées des hétéros que les homos doivent en rajouter sur ce terrain-là.

Et, je ne sais pourquoi, écrivant tout ceci, je repense à Coluche qui évoquait "ceux qui ont des enfants parce qu'ils ne peuvent pas avoir de chiens"...

 

 

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