Malaise dans la démocratie française: la faute originelle du référendum de 2005

Je ne lis pas tout, je n'écoute pas tout. Pourtant, dans l'avalanche de commentaires sur le délitement de la vie publique dans notre beau pays, je suis étonné de ne pas voir plus souvent d'allusions à l'épisode du référendum constitutionnel sur l'Europe de 2005. De mon point de vue, il a pourtant marqué une rupture profonde entre les citoyens et leurs représentants.

Je ne lis pas tout, je n'écoute pas tout. Pourtant, dans l'avalanche de commentaires sur le délitement de la vie publique dans notre beau pays, je suis étonné de ne pas voir plus souvent d'allusions à l'épisode du référendum constitutionnel sur l'Europe de 2005. De mon point de vue, il a pourtant marqué une rupture profonde entre les citoyens et leurs représentants.

Bref rappel. Appelés à ratifier par référendum un traité réformant les institutions européennes, les Français votent "non" à 54,8%. Trois ans plus tard, le Congrès (Assemblée Nationale + Sénat) prend le relais et adopte le texte. 

Bien entendu, tout le monde sait qu'un référendum constitue une démarche politiquement risquée, la pratique gaulliste de la chose ayant tendance à le transformer en plébiscite (ou pas) pour le pouvoir en place. En d'autres termes, à répondre à une autre question que celle qui est posée.

Soit.

Si tel est le cas, une solution simple existe: supprimer l'existence de ce mode de consultation du peuple souverain dans la Constitution. On voit d'ici le tollé. Il faut donc vivre avec.

2005, c'est ce moment où les partis dits de gouvernement se retrouvent "unis" pour appeler à voter "oui", rejoints en cela par l'immense majorité des commentateurs de tous poils. Bien sûr, des dissidents existent dans tous les camps, mais leur voix est largement couverte par les zélateurs de l'Union européenne, ccux qui ont érigé en dogme absolu qu'être "pro-européen" (ça veut dire quoi, au juste?) constituait la norme, être anti-européen (ça veut dire quoi, au juste?), un positionnement situé quelque part entre la bêtise et le sacrilège. Et puis, n'est-ce pas, le FN est contre le traité, alors... 

Au final, il y a ce phénomène étrange que l'on peut ainsi résumer: le peuple a tort, donc, à défaut de le dissoudre, trouvons un biais pour ramener la nation dans le "droit chemin". Ce qui s'est passé trois ans après n'est ni plus ni moins qu'un coup d'Etat légal, certes, mais parfaitement illégitime. Les mêmes qui, un peu plus tard, estiment qu'il faut introduire des jurés "populaires" dans les tribunaux correctionnels, considèrent que l'électeur ne sait pas ce qu'il fait. A 55%!!!

Certes, peu de "bonnets rouges" d'aujourd'hui citeraient l'épisode parmi les motifs de leurs dérèglements. Huit ans... Une éternité par les temps qui courent. Pourtant, ce qui s'est alors passé, n'est rien d'autre que la captation par les professionnels de la politique, ceux qui aujourd'hui nous chantent la chanson de la proximité citoyenne quand on veut interdire le cumul de mandats, de la volonté de l'électeur. Le symbole aveuglant de l'arrogance de certaines élites face au détenteur anonyme du bulletin de vote dont certains font désormais un fond de commerce rentable.

Un certain François Hollande expliquait alors doctement que les Français avaient exprimé leur "colère et leur exaspération" face au chef de l'Etat (Chirac, son copain de "maintenant", pas "d'avant"). Amusant effet miroir, et moins marrante manière, pour lui aussi, de pointer l'aveuglement populaire.

Ils sont nombreux aujourd'hui encore, élus, journalistes, intellectuels, à avoir contribué à ce hold-up démocratique. Etrangement, ils ne font pas le lien, font preuve d'une troublante amnésie.

Alors, d'accord, ces fameuses "colères" contemporaines reposent sur d'autres motifs précis et actuels. Sauf que, dans la série des filouteries dont, à bon droit, le citoyen peut se sentir victime, celle-ci, tout oubliée qu'elle soit, tient une place de choix, et, je le répète, fondatrice.

Et, pas de bol, l'inconscient, ça existe aussi en mode collectif. 

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