La cigogne noire

Qui peut arrêter ça. Des millions de personnes comme moi écoutent cela, bombardements tous les jours, civils, médecins, femmes, enfants. ENFANTS. On écoute cela en prenant son petit-déjeuner, on se prend la tête à deux mains, on crie à l’intérieur de sa tête, qui qui peut arrêter ça. L’ONU discute, on sait bien ce qui retient ces grands mâles dominants ici ou là, ils ont peur eux aussi, peur dans leurs palais au milieu de leurs armées et de leurs milices, peur qu’on vienne leur couper la queue, qu’on vienne leur arracher leur vieux pouvoir si chèrement acquis.

Qui peut arrêter ça. Des millions de personnes comme moi écoutent cela, bombardements tous les jours, civils, médecins, femmes, enfants. ENFANTS. On écoute cela en prenant son petit-déjeuner, on se prend la tête à deux mains, on crie à l’intérieur de sa tête, qui qui peut arrêter ça. L’ONU discute, on sait bien ce qui retient ces grands mâles dominants ici ou là, ils ont peur eux aussi, peur dans leurs palais au milieu de leurs armées et de leurs milices, peur qu’on vienne leur couper la queue, qu’on vienne leur arracher leur vieux pouvoir si chèrement acquis. Pauvres humains dégénérés, vous ne savez pas que ça se retourne toujours contre vous, que les petits enfants assassinés ne vous lâcheront plus. Ils sont déjà là, accrochés en guirlande au cou du bourreau, à son long cou de cigogne, horrible, horrible à voir, ce long cou où pendent les petits fantômes d’enfants écrabouillés, égorgés, cassés, désarticulés. Affreux renversement, la cigogne porteuse de vie mutant en porteuse de mort. La cigogne noire marche dans la ville martyre sur ses longues pattes, balançant sa tête trop petite sur son cou trop long, elle marche et son bec, son bec acéré de sniper, se plante dans la chair, attrape entre les murs les petits enfants, les déchiquette. Savez-vous que les tympans des tout-petits ne peuvent supporter les grands bruits ? Imaginez heure après heure le tonnerre qui frappe sur leur membrane fragile, qui entre en ouragan dans leur petit cerveau, pilonne leurs neurones en formation. Insupportable, la terreur sur un visage de bébé, l’épouvante qui enflamme d’un coup toutes ses cellules, à laquelle il ne peut rien opposer. Les adultes, qui sont son seul référent, son garant de vie, apparaissant brutalement sous la forme d’ogres monstrueux, c’est l’ordre du monde retourné en son contraire, c’est le fondement de toute confiance arraché. S’ils survivent, que deviendront-ils ? Quelle torsion nouvelle à l’humanité se fabrique là ? Rendre fou des segments entiers de population. L’humanité le paiera cher. Partout dans le monde, en cet instant, marchent des cigognes noires qui enlèvent et torturent et massacrent les bébés, les enfants. On les entend marcher dans nos têtes, on les voit sur nos écrans, costumés de paroles haute couture, mais en dessous transparaît la cigogne noire, et celle-ci en ce moment, avec son long cou et sa tête trop petite par-dessus, et son bec meurtrier, arrêtez-la, arrêtez-la… Pierrette Fleutiaux

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