Parcours politique de Michel Rocard: un reflet de la deuxième gauche

En juin 1977, lors du 61e congrès du Parti Socialiste à Nantes, Michel Rocard, l’un des principaux fondateurs et leaders de la Deuxième Gauche, affirme l'autonomie de ce courant au sein du PS. Pour lui, deux cultures du socialisme s’opposent : « la Deuxième gauche, décentralisatrice, régionaliste, héritière de la tradition autogestionnaire, qui prend en compte les démarches participatives des citoyens, en opposition à une Première gauche, jacobine, centralisatrice et étatique. »

En juin 1977, lors du 61e congrès du Parti Socialiste à Nantes, Michel Rocard, l’un des principaux fondateurs et leaders de la Deuxième Gauche, affirme l'autonomie de ce courant au sein du PS. Pour lui, deux cultures du socialisme s’opposent : « la Deuxième gauche, décentralisatrice, régionaliste, héritière de la tradition autogestionnaire, qui prend en compte les démarches participatives des citoyens, en opposition à une Première gauche, jacobine, centralisatrice et étatique. » Ce discours n’est vraiment du goût ni des chevènementistes ni d’une bonne partie des mitterrandiens, qui vont tout faire pour minorer l’impact positif de la Deuxième Gauche.

« Témoin de cinquante ans de socialisme, Michel Rocard a aussi vu les valeurs de gauche s’effriter au fur et à mesure que le mur de Berlin s’effondrait, entraînant avec lui le communisme et les derniers espoirs d’un monde qu’on espérait plus juste. On pourrait discuter à l’envi de cette fameuse année 1989 où l’on découvrit naïvement que la fin de la guerre froide n’était en rien l’assurance d’un monde meilleur. La mort du communisme, la fin des deux blocs, ce serait – on s’en rendrait compte bien plus tard – la naissance d’un monde unilatéral où se côtoieraient ennemis silencieux – le terrorisme, Ben Laden et dictatures invisibles – la loi des marchés, les banquiers nouveaux patrons du monde. Plus d’idéologies, plus de religion, même plus d’entreprises – tout le monde licencie, bienvenue dans la société du nihilisme, sans croyances, sans repères, sans utopie à défendre. En 1989, Michel Rocard était Premier Ministre...» [Thomas Ducres, A voté ? 2012, éd. rue Fromentin] Qu’en dit-il aujourd’hui ?

  • Reprise en intégralité d’un entretien avec Michel Rocard, réalisé à Paris le 25 novembre 2009 par Hélène Rescan, Bernard Ravenel et Pierre Thomé, dans le cadre de la préparation du livre : "Créateurs d’utopies. Démocratie, autogestion, économie sociale et solidaire." Ouvrage paru aux éditions Yves MICHEL en 2012.

"Pendant un temps, je me suis fortement identifié politiquement au Parti Socialiste Unifié (PSU), mais je n'y ai pas fait toute ma carrière politique parce ce parti débouchait sur une impasse. Pour bien comprendre ce qui s'est passé, il est nécessaire de refaire un peu l'histoire de la gauche socialiste après la 2ème Guerre mondiale et on arrivera ainsi tout naturellement, non seulement aux racines de l'autogestion mais aussi à son actualité."

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Sous-titres et extraits :

1. Les difficultés de la SFIO. "Après la 1ère Guerre mondiale la SFIO (Section Française de l'Internationale Ouvrière) a été forte, comprenant jusqu'à 300 000 adhérents. Mais la scission de 1920 (Congrès de Tours et création du PCF), puis le refus d'intervention dans la guerre civile en Espagne ont provoqué de nombreux départs tout particulièrement chez les jeunes militants [...]"

2. Mauvais choix politiques. "La guerre d'Algérie a été un évènement absolument épouvantable et la gauche française a été mise en grande difficulté de par son incapacité à se positionner clairement [...]"

2. Leçons de marxisme. "Courant 1956 j'organise un séminaire d’études pour les jeunes socialistes (la Jeunesse Socialiste, fut ma première adhésion politique en 1949). Ce séminaire est animé par Victor Fay alors chroniqueur à l’ORTF [...]"

3. Vers l'indépendance de l'Algérie. "Un soir Fay nous dit : "on va écouter les infos à la radio pour savoir qui va remplacer Catroux en Algérie, parce que c’est une nouvelle qui va nous concerner" [...]"

4. Crise à la SFIO et naissance du PSU. "En septembre 1958, lors du 50e congrès de la SFIO. le Monde titre en 1ère page : "messieurs Depreux, Mazier, Verdierquittent la SFIO et créent le Parti Socialiste Autonome [...]"

5. L'unité du PSU. "À sa création, le PSU trouve son unité dans le ciment de la lutte contre la guerre d’Algérie, avec des militants très typés, à haute prétention intellectuelle (profs de facs, écrivains…). Il n’y a pas, du moins pas encore ! de course à l’échalote [...]"

6. De l'unité vers les sept tendances. "En janvier 1963, c'est le 2e congrès à Alfortville. Le PSU est devenu un étrange ramassis de gens qui viennent de différents courants de pensée avec chacun ses rêves [...]"

7. L'autogestion apparaît. "Dès sa fondation en 1964, la CFDT est en pleine réflexion sur la notion de planification démocratique qu'elle va très vite associer à l’idée d'autogestion [...]"

8. Du PSU au PS. "On fait de la politique, parce qu'on pense qu'il sera possible, un jour, d'accéder démocratiquement au pouvoir pour mettre des idées en pratique, sinon ça n'a pas beaucoup de sens [...]"

9. L'exercice du pouvoir. "Après 1981, on ne peut pas dire que le socialisme autogestionnaire n'ait pas produit de résultats [...]"

10. L'autogestion a-t-elle un avenir ? "Aujourd’hui, le gouvernement recentralise la France parce que c’est plus commode à diriger et la revendication d’autogestion redevient d'actualité [...]


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