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Billet de blog 16 mai 2017

Le défi de la participation politique des femmes

La France, pays des droits de l'Homme... Et, trop peu, de la femme ! La présence politique des femmes reste faible dans notre pays. L'Équateur, quant à lui, compte près de 40% de femmes au sein de son Assemblée nationale. Quelles leçons tirer de cette expérience ?

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La Liberté guidant le peuple, 1830 © Eugène Delacroix

Et donc, comme il fallait s’y attendre, la promesse du Président de la République Emmanuel Macron de renouveler notre élite politique à travers la participation plus importante de la société civile et de jeunes activistes tombe peu à peu à plat. Le raz-de-marée citoyen prévu parmi les investitures aux législatives n’a pas eu lieu, comme le montrent les différents arrangements avec les règles présentées dès le début de la campagne (voir les conflits avec le Modem ou la tragi-comique affaire Valls), et on peut supposer que, de par leur dépendance au mouvement la République en Marche !, les néodéputés élus montreront une loyauté à toute épreuve à l’égard du Chef de l’État. [1]

Cela dit, En Marche ! a partiellement rempli sa promesse : outre l’ouverture des investitures à des membres de la société civile (52% des candidats[2]), la liste dévoilée entre la semaine dernière et hier contemple une parité quasi parfaite (le nombre de candidats investis étant impair). [3] Une analyse plus fine, circonscription par circonscription, devrait être faite afin d’analyser si, effectivement, les femmes nommées ont la capacité d’obtenir un siège ou si elles ont été choisies dans des circonscriptions ingagnables afin d’être simplement en accord avec la loi et ne pas s’asseoir sur un précieux financement public.

Comme le rappelle France Culture, les gros partis (Républicains ou PS) renoncent fréquemment à quelques millions d’euros de financement. Les plus petits partis (EELV, PC, FN) n’ont quant à eux pas eu de problème à ce niveau-là : véritable conscience égalitaire, ou féminisme de façade qui cache une stratégie financière... ? Les faits sont têtus : malgré les réformes constitutionnelles (dès l’article 1er de notre norme suprême : « La loi favorise l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu'aux responsabilités professionnelles et sociales. ») et légales (les réformes engagées depuis 2000), les femmes ne sont pas présentes dans l’arène politique française, ou si peu. Marianne a beau être notre représentation de la République, elle est bien seule au sein de celle-ci...

Quant les femmes représentent plus de la moitié de la population et des électeurs inscrits, elles sont parfois moins de la moitié des candidates. Quant aux candidates effectivement élues... L’Assemblée nationale 2012-2017 compte péniblement un quart de députées (155 sur 577, 26,9%). Un véritable bond depuis l’adoption de la loi de parité : en 1997, 11% des députés étaient des femmes. Mais, en France, nous nous targuons d’être le pays des droits de l’Homme, et bien que la majuscule indique, paraît-il, l’universalisme du qualificatif, peut-être l’usage de l’adjectif humain conviendrait-il mieux.

La présidente de l'Assemblée Nationale Gabriela Rivadeneira (c.) et les viceprésidentes Marcela Aguiñaga (g.) et Rosana Alvarado (d.) © Andes

 En Équateur –où l’on utilise l’expression droits humains, la participation politique des femmes, du moins dans le cas de l’Assemblée Nationale, est importante. Loin du cas du Rwanda, où les députées sont plus nombreuses que les députés (grâce à l’attribution de sièges réservés), l’Assemblée sortante comptait environ 42% de femmes (et était dirigée par une Présidente et deux Viceprésidentes) ; l’Assemblée entrée en fonctions hier 15 mai est un peu moins proche de la parité (38% de femmes).

Comment le pays andin, où, dans les années 1990 et 2000, l’Assemblée nationale comptait dans les 3% de femmes, a-t-il réussi à promouvoir la participation politique des femmes à un tel niveau ? [4] Plusieurs réponses sont possibles, et il convient d’analyser la légère baisse entre les législatures à partir de la baisse du nombre de députés d’Alianza Pais, mouvement au pouvoir depuis 2007 et du système électoral.

En effet, les élections de corps collégiaux en Équateur se font sur la base d’une élection proportionnelle : les circonscriptions unipersonnelles que nous connaissons en France laissent place à des circonscriptions pluripersonnelles. Là où l’électeur français ne peut choisir qu’un candidat et, in fine, qu’un élu pour l’Assemblée nationale, l’électeur équatorien en choisit au moins 17 (15 pour une liste de députés dits « nationaux », et deux ou plus pour une liste provinciale, selon la population de la province). Les partis présentent des listes, avec un candidat par siège en jeu. Il est obligatoire d’observer la loi sur la parité : une liste ne peut être inscrite si elle ne présente pas un nombre égal d’hommes et femmes, [5] lesquels doivent être candidats en alternance (un homme, une femme et ainsi de suite). La possibilité de voter pour plusieurs candidats entre plusieurs listes réduit mécaniquement la possibilité d’une femme d’être élue, [6] de même que le fait que les têtes de listes soient rarement féminines ; mais les électeurs ont tendance à voter « en plancha », c’est-à-dire pour l’ensemble des candidats d’une liste, rééquilibrant un peu la balance.

Que peut-on donc apprendre de l’expérience équatorienne ? En conclusion, le mécanisme d’élection majoritaire tend à favoriser l’investiture de candidates dans des circonscriptions difficilement gagnables, alors que la proportionnelle couplée à l’exigence de parité permet de laisser plus de possibilités d’élection aux femmes. Là où la France sanctionne les partis ne respectant pas la parité, celle-ci devient une variable d’ajustement pour les partis dont les finances le permettent, alors que l’impossibilité de valider une liste empêche ce genre de calcul. Un autre élément intéressant et peu abordé est celui du rôle du suppléant : en Équateur, celui-ci (nécessairement une femme si le candidat principal est un homme, et viceversa) a un rôle plutôt important de soutien au principal et remplacement temporaire.

Si l’on peut formuler des critiques –philosophiques, pratiques– contre les quotas et autres discriminations positives, l’idée de faire, enfin, place aux femmes en politique fait sens. Lors d’une conférence de fin de cours pour femmes politiques, l’une d’entre elles indiquait qu’un parti était allé la chercher au fond de son village amazonien afin de demander à son mari s’il voulait bien leur « prêter » sa femme afin d’arriver à la parité. Une fois élue, celle-ci a fondé une association de femmes politiques de sa province, de tous bords politiques, qui cherchent à encourager la participation politique. Une autre lecon ici : même si certaines femmes peuvent entrer en politique grâce à la discrimination positive, cela ne signifie pas qu’elles sont incompétentes. Le défi que cherche à relever ce genre d’initiatives est bien de montrer qu’en politique, les femmes sont dans l’ensemble au moins aussi compétentes (ou incompétentes) que les hommes, et qu’elles ont droit à la même mansuétude ou intransigeance que ceux-ci. L’attribution de portefeuilles est aussi un important sujet de débat : pourquoi, lorsque des femmes entrent dans un gouvernement, doivent-elles être cantonnées à des rôles considérés subalternes et non aux activités régaliennes ? Pourquoi si peu d’entre elles se retrouvent en position de potentiel Chef d’État ou de Gouvernement ?


[1] Pour faire un parallèle avec la politique équatorienne de fin de la « partidocratie », où les députés de la majorité présidentielle ont rarement montré un désaccord avec l’exécutif, l’Assemblée Constituante de 2007 qui a marqué le renouvellement de la classe politique et du système politique, comme M. Macron le propose d’une certaine façon, a accueilli de nombreux novices en politique qui n’ont par la suite pas continué une carrière politique. Peut-être M. Macron a lui aussi senti la possibilité d’obtenir une majorité docile qui lui permettra d’appliquer son programme sans véritablement se préoccuper du débat parlementaire –comme le montre notamment sa volonté de légiférer via ordonnances. À ce sujet, les investitures de la France Insoumise reflètent elles aussi la volonté de « nationaliser » les enjeux des élections législatives et de cristalliser le programme en un homme providentiel : MM. Macron ou Mélenchon.

[2] Il serait cela dit très intéressant d’analyser la composition socioprofessionnelle de ces candidats dits « de la société civile » : combien d’ouvriers, de professions intermédiaires, d’employés ? Combien de cadres supérieurs, de chefs d’entreprise, de techno ?

[3] La proportion de candidats issus de la société civile ou plus traditionnellement issus des partis politiques n’a, à ma connaissance pas été dévoilée lors de cette deuxième phase de présentation d’investiture, mais afin de contenter le Modem, un certain nombre d’entre eux était issu du parti centriste.

[4] On notera qu’une femme y a voté lors d’une échéance nationale dès 1924, vingt ans avant la participation de femmes en France ; le vote de Matilde Hidalgo est considéré comme le premier à être reconnu officiellement sur le continent américain au-delà d’un vote local et, grâce à elle, le vote féminin a été pleinement reconnu dès la Constitution de 1929.

[5] Dans la mesure du possible : certaines circonscriptions élisent un nombre impair de représentants. La norme bolivienne est intéressante en ce sens : dans le cas de circonscriptions impaires, la tête de liste doit obligatoirement être une femme.

[6] Les électeurs ayant tendance à choisir des hommes plutôt que des femmes politiques.

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