Le pouvoir prend-il la bonne mesure du « contre-mouvement » pour tous ?

La plateforme de contestation « pour tous » qui est en place est bien réglée. Elle répond aux standards de la défense par l’action civile non violente (1) et elle a déjà obtenu des résultats, même si le but, le retrait de la loi sur le mariage, n’a pas été atteint : les manifestations à répétition ont cassé les liens entre le gouvernement et une bonne moitié de la population. 700 000 pétitions jetées à la Seine ont sérieusement entamé le sentiment démocratique. Le Président n’est plus le président de tous. Les actions symboliques et les happenings ont perturbé les comportements établis et bouleversé l’espace public. Les obstructions « non violentes » ont gêné les  déplacements des ministres et le Président, chez lui, à Tulle. La communication d’Etat a été brouillée par les réseaux sociaux.

On pourra toujours discuter la portée de ces résultats. Si le mouvement s’arrête en mai, comme semble l’anticiper le Gouvernement, ils devront être considérés comme décevants au regard des énergies déployées. Si le mouvement se prolonge et se structure encore, l’Etat, et plus seulement le Gouvernement, devra sérieusement s’inquiéter.

Aujourd’hui, deux questions se posent : cela va t-il durer et jusqu’où cela peut-il aller ? Nous proposons une lecture en biais des événements récents.

« Les veilleurs » créent la possibilité d’installer la contestation dans la durée.  Avec, finalement, peu de monde, ils permettent d’envisager le temps long, celui que les politiques n’ont plus ni en vue ni en rêve. Comment ? Simplement en créant cet écho permanent des grandes manifestations. Les veilleurs, c’est la note « bourdon » qui donne sa profondeur à la partition jouée (2).

Ensuite, les verrines qui brillent la nuit envoient un signal ancestral perçu par tous. Que dit ce signal ? «Nous sommes une assemblée libre». Quelles sont les paroles prononcées dans ces veillées ? «Nous voulons vivre dans une société qui aime la nature et la beauté. Une société qui porte l’excellence. Nous croyons à la culture classique. La Révolution ne doit pas se faire contre l’homme. Notre démocratie doit être plus directe».

Le pari du gouvernement est que tout cela va s’arrêter après la promulgation de la Loi ou après l’été.

Mais rien ne permet d’étayer cette hypothèse. Un regard objectif constate d’abord qu’une plateforme de contestation est en place et monte en puissance ; ensuite que le mouvement « contre la Loi» élargit ses références et pose désormais la question d’une refondation politique profonde.

En s’appuyant sur une stratégie de globale de défense par l’action civile non violente, le mouvement de protestation contre « le mariage pour tous » a naturellement évolué vers un mouvement «pour un nouveau pacte global ». Le Gouvernement en a t-il conscience ? L’opposition en prend t-elle la mesure ?

 

Pierre-Alexis Goubault

 

(1)  La défense par l’action civile

Gene Sharp, Albert Einstein Institution

http://www.aeinstein.org/

(2) Keith Richards, Life

 

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