Venezuela. Les dirigeants mènent une “guerre féroce contre la presse libre”

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Alors que se rapprochent les élections législatives, des journalistes indépendants subissent des actions d’intimidation de la part du pouvoir. Une “persécution”, estiment leurs défenseurs.

 La plainte, jugée recevable, avait donné lieu, dans l’attente du procès, à une interdiction de sortie du territoire à l’encontre des journalistes.
 

 

Intimidation

Mais, jeudi 8 octobre, les rédactions du quotidien El Nacional, de l’hebdomadaire Tal Cual et du site d’agrégation d’articles La Patilla “ont été investies par la police en début de soirée”, rapporte le quotidien espagnol El País, avec l’ordre de conduire de force chacun des trois rédacteurs en chef de ces médias devant le tribunal.

Compte tenu de l’heure tardive, pourtant, les tribunaux devaient être fermés, ont fait valoir les avocats des journalistes, suggérant ainsi à mots couverts que la présence policière avait au minimum pour objectif d’intimider les journaux concernés.

Les médias concernés sont restés discrets sur l’événement, mais certains journalistes se sont exprimés à titre individuel. “En réalité, a ainsi commenté dans El País le directeur de El Nacional, Miguel Henrique Otero, “[cette incursion] équivaut à un ordre de capture, dont l’intention est de me mettre en prison pour une durée indéterminée.” Ce journaliste vit hors du Venezuela depuis six mois, à l’instar de bon nombre de ses collègues, notamment du directeur de La Patilla, qui vit en Colombie. Pour sa part, le fondateur de Tal Cual, Teodoro Petkoff, qui a reçu cette année le prix espagnol de journalisme Ortega y Gasset, est déjà assigné à résidence dans le cadre d’une autre affaire judiciaire qui l’oppose à M. Cabello.

Criminaliser l’indépendance

Dans un éditorial, El Nacional revient sur les obstacles mis à la liberté de la presse par le régime bolivarien depuis 2003 – sous le mandat de Hugo Chávez – et que le journal analyse comme “la construction urgente d’une hégémonie accablante de la communication” de la part du pouvoir.

A l’heure actuelle, poursuit le quotidien, “comme [les dirigeants à la tête de l’Etat] n’ont pas réussi à briser la persévérance de médias influents dans l’opinion comme El NacionalTal Cual et La Patilla, eh bien il est resté le recours aux tribunaux (…) pour criminaliser la dissidence et l’indépendance de la pensée et de l’expression. Il s’agit d’une guerre féroce contre la presse libre et contre les journalistes qui sont restés fidèles à la vérité et à leur façon de comprendre la réalité.”

Le 6 décembre doivent se dérouler des élections législatives au Venezuela. Elles s’annoncent très disputées pour le gouvernement en place.

Sabine Grandadam

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