Mort de Zied et Bouna : les policiers acquittés. Peut-on parler de justice ?

Lundi 18 mai 2015. Le verdict est tombé. Les policiers qui avaient poursuivi Zyed Benna , Bouna Traoré et Muhittin Altun ont été acquittés. Ils ne sont responsables de rien. La mort de Zyed, 15 ans, et Bouna, 17 ans, compte pour rien.

Ce verdict est comme un coup de poing, un vertige, une histoire à laquelle on ne veut pas croire.

Pourtant, au fond de nous, on craignait cet acquittement. Parce qu'il témoigne de l'injustice de notre pays , et que l'injustice est révoltante, insupportable quand il s'agit de la mort d'adolescents. Qui plus est dans une cité de la banlieue parisienne, une cité au nom campagnard, presque bucolique mais dans laquelle la mort, le désespoir, sont omni présents : Clichy sous Bois.

A quelques mois du fameux mot d'ordre " Je suis Charlie", quand on a vu tout à coup surgir l'Union Nationale face à l'attentat meurtrier contre les journalistes de Charlie Hebdo, on rêverait que des millions de gens, emportés par le même élan de solidarité retournent dans la rue clamer leur soutien aux familles, leur refus de tels actes barbares, inacceptables dans une démocratie.

Mais rien de cette ampleur n'arrivera. Car l'indignation sait être sélective. Zyed et Bouna n'étaient que deux " habitants sensibles d'un quartier sensible" . Ils n'avaient commis aucun délit. Ils se sont mis à courir quand ils ont vu la police car ils savaient comment se passent les contrôles d'identité. La brutalité, le mépris, l'humiliation pour eux. Le soupçon permanent.

Les policiers étaient renvoyés pour non assistance à personne en danger car ils n'ont pas porté secours quand il fallait, au contraire, réagir vite pour éviter le pire. Reconnaitre, au vue des pièces du dossier, leur implication dans cette course infernale jusqu'à la mort, aurait permis de restituer son sens au mot justice. Mais aurait également redonné un peu de dignité à ces jeunes malmenés par une société française qui refuse, plus que jamais, de les accepter.

Il ne s'agissait pas de vengeance, juste de dire qu'un vie en vaut une autre, et qu'un être humain, quelle que soit son histoire, son présent englué dans une société en crise et son avenir inexistant, compte pour de bon. Fraternellement. Car dix ans après, ce sentiment d'être des sous-citoyen est toujours présent chez les jeunes issus de l'immigration ou des banlieues. La blessure est béante, et risque de s'infecter pour longtemps.

Pour Me Emmanuel Tordjman "ce dossier, ce sont des enfants qui courent parce qu'ils voient la police et la police qui court parce qu'elle voit des enfants courir. Et la réalité de ce pays dans certains quartiers, c'est que le fait que l'on court quand on voit la police devient une infraction pénale". Dans certains quartiers, ou quand on a une certaine couleur de peau, ou un certain type de nom...on est fatalement coupable de quelque chose. D'exister peut-être ? ou d'être là ?

Cela fera bientôt 3 ans que Nabil est mort à Millau, sous les balles de la Bac. Dans la nuit du 25 au 26 juin 2012, la violence policière a été disproportionnée par rapport à la situation. Une fois de plus. Nabil avait 26 ans. Où en est le dossier ?

Car si les crimes commis par la police ne sont jamais reconnus, la violence, la peur et la révolte ne cesseront de grandir. Et la répression policière également. Dans quelle société voulons nous vivre ? ou comme l'a si bien dit un poète " est-ce ainsi que les hommes vivent ?"

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