C'est pas nous, c'est lui !

La diffusion d'une liste de salariés à licencier très ciblée, qui accompagnait le projet NJJ (Xavier Niel), a clairement mis le feu aux poudres au sein du groupe Paris-Turf et déclenché un vaste mouvement de protestation. Personne ne voulant endosser la responsabilité de cet acte, les protagonistes se renvoient la balle, avec souvent une manifeste mauvaise foi.

Cela fait maintenant trois jours que les salariés du groupe Paris-Turf sont en grève. Une grève inédite et très fortement suivie qui s'est essentiellement cristallisée autour du ressentiment général envers les membres de la Direction actuelle de Paris-Turf, impliqués dans le dossier NJJ.
La présence de nos actuels dirigeants décrédibilise totalement le projet des équipes de Xavier Niel à nos yeux. Depuis des mois (et sans doute bien avant), ce ne sont que mensonges et compromissions de leur part. Entre eux et nous le lien est rompu. Définitivement, depuis la publication de cette fameuse liste des "Postes repris par entité et catégorie professionnelle". Un document qui ciblait précisément les salariés les plus coûteux, les plus anciens, les plus frondeurs, les plus fédérateurs…
Ceux dont il fallait absolument se séparer parce qu'ils n'adhéraient pas au dogme. Une doctrine qui veut qu'un journaliste expérimenté peut avantageusement être remplacé par un programme informatique ou, pour le moins, un confrère débutant bien moins payé. Qu'un compte rendu de course peut être établi à partir de données statistiques et chronométriques. Qu'un journal n'a pas vraiment besoin de secrétaires de rédaction pour vérifier les informations et corriger les immanquables fautes d'orthographe et de grammaire. Ainsi donc, avec la publication de cette liste dans le projet de reprise de NJJ du 5 juin, tous ceux qui avaient eu le malheur un jour de s'opposer à cette stratégie incohérente et mortifère étaient éjectés du navire qu'ils avaient pourtant contribué à maintenir à flot.
Cette liste noire, nous ne pouvons bien évidemment pas vous la communiquer (elle est entre les mains de nos avocats qui sauront s'en servir s'il le faut). Mais pour bien comprendre le mécanisme et confirmer que certains d'entre nous étaient très précisément visés, nous vous proposons un petit exercice.
Voici la liste alphabétique des 11 joueurs titulaires de l'équipe de France de Football amenés à disputer la finale de la coupe du monde, le 12 juillet 1998, accompagnée de leur poste.

1998a

Dans cette liste, il apparaît que Zidane et Guivarc'h sont, pour des motifs différents, en bisbille avec les dirigeants de la Fédération, qui souhaitent leur mise à l'écart.

Pensez-vous maintenant que la liste (anonyme) suivante ne cible pas formellement les deux brebis galeuses ?!!

1998b
 C'est exactement ce qui s'est produit dans notre entreprise, avec la production d'un répertoire de salariés, repris ou licenciés, où chacun était clairement identifiable.
Bien sûr, nous, membres du CSE, avons protesté et sommes parvenus à établir une nouvelle liste où les catégories étaient un peu plus étendues, les postes moins précisément définis. En gros, pour reprendre l'exemple précédent, on s'est retrouvé avec une catégorie "gardien de but" et une catégorie "joueurs de champ". Ce n'était sans doute pas la solution parfaite, mais elle permettait tout au moins d'anonymiser une grande partie des salariés.
Malgré tout le mal était fait. Nos dirigeants ont évidemment juré sur ce qu'ils avaient de plus cher qu'ils n'étaient pas les auteurs de cette chasse aux sorcières, que seuls les gens de NJJ avaient la possibilité d'établir cette liste. Que c'était une maladresse, mais que tout était rentré dans l'ordre. Chez NJJ – par la voix d'Anthony Maarek – on est tombé des nues quand a été évoqué ce stratagème infame.
Curieusement, et bien qu'on ne le connaisse pas depuis bien longtemps, on a eu le sentiment que le bras droit de Xavier Niel disait la vérité. Parce qu'on ne parlait pas des joueurs de France 1998, ultra médiatisés, dans ce dossier, mais de salariés lambda, des quidams, des Français moyens. Comment quelqu'un qui débarque dans cette histoire aurait pu aussi bien déterminer les salariés susceptibles de lui poser problème sans une aide interne ? C'est tout simplement impossible (ou alors il faut s'empresser de lui faire remplir une grille de loto, parce qu'au niveau probabilité ce doit être kif-kif…).
Dans ces conditions, notre religion est faite, l'immense majorité des salariés ne souhaite plus collaborer avec les dirigeants actuels du groupe Paris-Turf. A eux de prendre leurs responsabilités désormais, comme nous prenons les nôtres en maintenant le mouvement de grève.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.