Mi-pigiste, mi-humain

La catégorie des pigistes a ouvertement été délaissée par les administrateurs judiciaires dans leur estimation des offres de reprise du Groupe Paris-Turf. Ce sont des salariés « à part » se sont justifiés les deux auxiliaires de justice. Ils n'ont pas tort...

Il était temps que quelqu'un s'empare du sujet. S'intéresse enfin au rôle trouble tenu par le pigiste depuis les débuts du journalisme. Dieu soit loué, les administrateurs judiciaires désignés dans le cadre du prepack-cession du groupe Paris-Turf ont su nous le rappeler : le pigiste ne peut être considéré comme un salarié ordinaire. Merci Maitre(s) ! Quelle révélation !!!  Il y a bien longtemps que je me posais des questions sur ces journalistes fourbes et sournois qui refusent de suivre le chemin paisible du CDI (le contrat de travail, pas la bibliothèque du lycée) à temps complet. Vous m'avez ouvert les yeux ! Soudainement tout s'éclaire. Les griefs sont si nombreux, particulièrement envers ceux que je côtoie au quotidien.

Vous avez remarqué ? Le pigiste n'aime pas les vacances ou tout du moins, n'en prend jamais. Ce qui le place immanquablement dans le camp des psychopathes ou/et des radins.

Le pigiste n'aime pas ses collègues. Il bosse tout seul dans sa cave (alcoolo ?) ou son grenier (toxico ?) et a souvent une passion pour des coins retirés comme Blain-Bouvron ou Mondoubleau (sûr qu'il doit concilier son travail avec une visite à sa mémé).

Pire que tout, le pigiste n'aime pas l'argent. La preuve, il accepte parfois d'être payé soixante-jours après avoir rendu son papier (je vous le dis, ces gens-là tuent le métier).

Cerise sur le gâteau, la nouvelle génération de pigistes, ces snobs qui ont endossé le statut d'auto-entrepreneurs, sont de fieffés idiots. En refusant d'être traités comme le tout-venant et d'avoir leurs revenus quasiment assurés en cas de dépôt de bilan de leur "client/employeur", à l'instar de tout salarié, ils se retrouvent dans la position de créanciers ordinaires et n'ont généralement plus que leurs yeux pour pleurer quand la déroute se précise. (Dans ta face, morveux condescendant !)

Je vous le disais les griefs sont innombrables et l'on n'évoquera pas cet étrange penchant pour les voitures des années 1980 et les pantalons en velours côtelé élimés.

Mais comme le pigiste est, parmi toutes les espèces vivantes de la faune terrestre, celle ce qui se rapproche le plus de l'être humain, on ne peut, n'en déplaise à nos chers administrateurs judiciaires, le considérer comme une quantité négligeable ou une simple variable d'ajustement.
Il y a à ce jour, vingt pigistes d'écart entre les propositions de Riccobono (qui les reprend tous) et NJJ (qui n'en conserve que 30 sur 50).

Bien entendu, il y a des disparités entre ces pigistes. Certains travaillent sept jours sur sept (alias, les rapaces) d'autres deux fois par an (également connus sous le sobriquet de parasites)… Cette situation, Me Martinez et Me Jeannerot, nous la connaissons parfaitement, sans doute même mieux que vous. Mais on est tout de même en droit de s'interroger sur le fait que la notion "d'équivalent temps plein" n’ait jamais été prise en compte dans vos analyses des dossiers respectifs. Parce qu'elle amenait un peu trop d'eau au moulin du CSE et justifiait sa position sur le projet le mieux disant socialement ?
Non, les deux projets ne sont pas équivalents en termes de postes repris ! Ces 20 pigistes représentent 8 postes en équivalent temps plein ! Huit, ce n'est pas négligeable et cela accentue un peu plus l'écart entre les deux offres de reprise.

Clin d'œil du destin, huit, comme le nombre de doigts de ces être malfaisants, égoïstes et asociaux (peu de gens savent que le pigiste a servi de modèle aux personnages de dessins animés, Mickey, Bart Simpson, etc.). Pigiste, mon frère (malgré tes goûts de chiotte et tous tes défauts), ton destin est lié aux nôtres et on ne t'abandonnera pas !

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