COP24 - Le Cash des Lobbys | Épisode 2

Pour ce second épisode, Partager c’est sympa s’est intéressé de très près à la place des lobbies au coeur de la COP24. L’emprise des acteurs privés sur les négociations climatiques n’est plus un secret pour personne et le financement par les grandes entreprises, banques ou assureurs, est un problème que l’équipe de Partager c’est sympa dénonçait dans sa dernière vidéo.

COP24 : Le CASH | Épisode 2 © Partager C'est Sympa

Année après année, les médias, ONGs et négociateurs ne cessent de dénoncer la présence des entreprises en lien avec les énergies fossiles aux COPs. La question est posée à chaque fois : comment ne peut-il pas y avoir de conflit d’intérêt quand ces entreprises responsables en très grande parties des émissions de gaz à effet de serre dans le monde (de par leur activité principale) déjeunent tranquillement avec les négociateurs entre les conférences ? La COP21 en faisait état, cette nouvelle édition n’y coupe pas.

Pour cette COP 24, ce ne sont rien de moins que les 4 plus grandes entreprises d’énergies fossiles de Pologne qui financent en partie l’événement.

Une présence des lobbys toute l’année

La place de ces entreprises dans les négociations climat est bien plus importante que l’on peut s’imaginer : elle n’est que la partie immergée d’un iceberg gigantesque. Toute l’année, c’est près de la moitié des 100 plus grandes entreprises au monde qui contribue à bloquer ou ralentir les politiques climatiques.

C’est ce qu’a révélé en septembre l’ONG InfluenceMap. Elle a comparé les messages de ces grandes firmes qui, souvent, s’engagent publiquement en faveur du climat, à la réalité du lobbying qu’elles financent par ailleurs. Les deux n’allant pas toujours dans le même sens. Parmi les meilleurs élèves, il y a Google, Unilever et Cisco Systems tandis que dans le bas du tableau, on trouve, sans surprise, des entreprises spécialisées dans l’énergie telles que Duke Energy, Reliance ou Koch. Globalement, les travaux d’InfluenceMap montrent que 90 % des 200 grandes entreprises mondiales sont toujours impliquées dans des organisations patronales menant un lobbying anti-climatique. Sans compter, 30 % d’entre elles qui mènent un lobbying direct (Novethic).

En Europe, les ONGs et politiques dénoncent régulièrement le lobbying des multinationales au sein du parlement et de la commission. Par exemple :

  • En septembre 2018, Euractive dénonçait une note de Business Europe qui conseillait aux entreprises membres de « s’opposer à une nouvelle hausse des ambitions européenne pour le climat en utilisant les arguments habituels » : l’Europe ne peut tout faire toute seule et devrait trouver un accord avec ses concurrents sur les marchés mondiaux avant de prendre de nouvelles décisions. Le document allait même plus loin en demandant aux entreprises bloquer tout effort de l’Union Européenne pour le climat.
  • Dans la même veine, les constructeurs automobiles ont réussi à empêcher en 2018 un projet de législation européenne qui voulait réduire la moyenne de CO2 émis par les véhicules, et pas plus tard que cet été, il a été révélé que ces mêmes constructeurs trafiquaient leurs tests et faisaient pression pour des tests moins stricts, pour ne pas avoir à tenir ces obligations de réduction des émissions de CO2…

Les entreprises qui ont un lien très fort avec les énergies fossiles ne peuvent pas être acteurs d’une transition juste, honnête et transparente. Leur demander de pilonner leur propre business modèle n’est pas acceptable, et nous pouvons comprendre cela. Ce n’est donc pas acceptable de voir ces entreprises interférer dans les négociations pour le climat et dans des lois qui tentent de créer une transition énergétique cohérente. 

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Alors comment (ré)agir ?

Pour mettre la pression sur les lobbies et les multinationales qui détruisent NOTRE avenir pour LEURS profits, une de nos meilleures armes reste de s’attaquer à leur image. La réputation, c’est du pognon ! C’est la stratégie du name and shame, en dévoilant leurs petits secrets les moins avouables, on les met devant des actes illégaux ou en tout cas en responsabilité devant l’Etat et leurs clients : elles sont obligées de s’expliquer, de se défendre, et quand on fait suffisamment pression, de carrément changer de politique. Et ça marche aussi en interne : parfois les investisseurs et actionnaires eux mêmes demandent d’arrêter, sous la pression ou non, de faire du lobbying.

Pour passer à l’action chez nous en France, l’équipe de Partager c’est sympa a élaboré un top 3 des lobbies destructeurs du climat qu’on peut faire tomber dans les prochains mois ! 

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  • N°3 . Total : qui continue de forer du pétrole en Guyane, contre l’avis de l’écrasante majorité de la population et l’urgence climatique ! Des tas de gens sur place et en métropole se battent pour empêcher ça avant qu’il ne soit trop tard, va les aider ici !
  • N°2. La Société Générale : qui finance toujours les énergies fossiles les plus sales, gaz de schiste et sables bitumineux : ça fait plusieurs mois que la pression monte, que des activistes viennent occuper leurs locaux partout en France, rendez-vous le 14 décembre à Paris pour le bouquet final, une action de désobéissance civile géante pour enfoncer le clou.
  • N°1. Amazon : qui continue à promouvoir le tout jetable et la surconsommation de façon illégale en France en ne prévoyant aucune réparation ou recyclage de ses produits. La multinationale est poursuivie en justice et vous pouvez rejoindre les actions et pétitions d’interpellation.

Retrouvez le reste des épisodes :

  • 1er épisode : le contexte et les enjeux de la COP2
  • 2nd épisode : Le lobbying des entreprises sur le climat, dans et hors de la COP24
  • 3e épisode : Au pays du charbon, focus sur les énergies fossiles
  • 4e épisode : le positionnement géopolitique des différents pays
  • 5e épisode : bilan de la COP24 et perspectives

 

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