Lettre ouverte au Président de la République

Monsieur le Président, Jeune Français bouleversé par les événements de Nice, je vous écris pour vous demander Justice, pas Revanche.


Monsieur le Président,

Jeune Français bouleversé par les événements de Nice, je vous écris pour vous demander Justice, pas Revanche.

Comme après les attentats de Janvier et de Novembre 2015, vous avez pris des mesures pour essayer de nous protéger, de renforcer notre sécurité. Au milieu de la nuit, vous avez décidé de prolonger l'état d'urgence de trois mois. Monsieur le Président, je comprends que, sorti de votre lit à trois heures du matin, vous ayez réagis dans la précipitation, nous étions aussi sous le choc. Mais en ce 14 juillet, nous étions déjà en état d'urgence, la Promenade des Anglais à Nice était parfaitement sécurisée. Selon les déclarations du délégué Unité SGP Police FO: « Aucun dispositif de sécurité ne peut empêcher ce type d'attaque. Il n'y a pas de polémique sur la sécurité ce soir-là. » Comment croire qu'une mesure qui n'est pas parvenue à nous protéger à ce jour le pourra dans le futur ? N'est-ce pas la définition de la folie que de répéter les mêmes actions en espérant obtenir un résultat différent ? Cet état d'urgence permanent m'inquiète au plus haut point, car il épuise nos forces de police, restreint nos libertés et affaiblit petit à petit notre démocratie. Je vous demande de revenir sur cette décision.

Mais cette question de l'état d'urgence est dépassée par une autre, dont les conséquences dureront bien plus que trois mois. J'ai été pétrifié, Monsieur le Président, en vous écoutant déclarer en deux phrases la logique qui a fait de la France une cible de choix pour le terrorisme : « Nous allons encore renforcer nos actions en Syrie comme en Irak. Nous continuerons à frapper ceux qui justement nous attaquent sur notre propre sol, dans leurs repères. » La France n'est pas en guerre contre une armée, contre un pays, mais contre une idéologie. Au milieu de la nuit, Monsieur le Président, vous avez fait la promesse de nourrir le cycle de la violence qui justifie et renforce le terrorisme, et facilite le recrutement de DAESH. J'ose espérer que nous pouvons tirer des leçons du passé, des guerres en Afghanistan, en Irak, en Libye, toutes ces guerres contre le terrorisme qui nous ont appris une chose : Le terrorisme survit aux guerres, les peuples non.

C'est pourquoi je vous demande de mettre fin à cette guerre hors de nos frontières pour oser travailler sur votre territoire nationale. Je vous demande d'avoir le courage de ne pas réagir, mais d'agir, sur le moyen et long terme, pour faire de notre pays l'exemple même de ce qu'ils attaquent : Tolérance, liberté, fraternité, égalité. Vivre-ensemble. Je vous demande de concentrer nos forces, ces forces françaises qui vous donnent de l'espoir, sur la construction de relations durables entre nos communautés religieuses pour mettre fin à la marginalisation. Je vous demande de ré-embaucher les milliers d'éducateurs de prévention de la violence et de radicalisation qui ont été remplacé ces cinq dernières années par des policiers.

L'attaquant était niçois, franco-tunisien. On ne naît pas terroriste. On le devient avec le temps, baigné dans un climat idéologique qui divise, encouragé par des personnes affamées de pouvoir, animées par la haine et la colère. Si nous ne construisons pas une société plus unie, plus fraternelle, plus solidaire, plus juste, plus durable, ces attaques sont vouées à se reproduire indéfiniment.

Monsieur le Président, devant l'urgence, prenons de la distance et construisons l'avenir. Sans quoi nous construirons le mur contre lequel nous nous fracasserons.

 

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