Constituante ?

J’ai le sentiment que nous passons par un moment historique. Un moment de basculement qui s’exprime par la récurrence d’un mot ‘sidération’ ou encore par un champ lexical de l’explosion.

Notre imaginaire-instituant (Castoriadis) déjà ouvert au changement, à cette auto-altération essentielle qui lui donne sa dimension historique (si j’ai bien compris) vient d’en prendre un sacré coup dans la cafetière.

Sans prétendre épuiser la totalité de ce qui est je relève deux grosses tendances.

La première consiste à participer au dévoilement de seconde main. Nous venons collectivement et aussi intimement d’ouvrir les yeux sur un aspect cru et saignant (à vif) d’une réalité incarnée que nous ne percevions jusque là que d’une manière indistincte. Chacun peut y aller de son propre couplet pour vomir sa colère ou dire sa volonté de changement mais souvent dans une forme de diagnostic premier et pas forcément suffisant.

Comme dans l’article sur la revue « socio » où Nancy FRASER en critiquant  la théorie de John RAWLS et de PLATON à partir de l’expérience d’un roman indique que nous pouvons penser la justice à partir de sa négation : l’injustice :

 Au contraire, ce que nous expérimentons réellement, c’est l’injustice, et ce n’est qu’à travers elle que nous forgeons notre idée de justice. Ce n’est qu’en réfléchissant à la nature de ces choses que nous considérons comme injustes que nous commençons à avoir l’intuition de ce qui pourrait constituer une alternative juste.

Mais une fois que l’injustice est perçue et que nous avons l’intuition de ce qui serait « plus juste » nous restons sur le seuil de ce que nous devons faire.

La seconde grande tendance consiste à proposer des solutions des « plus jamais ça » qui retombent souvent en calculs politiciens : des mesures gouvernementales jusqu’à la VIème république.

Je suis un non-citoyen qui aspire à devenir citoyen si c’est encore possible.

Non-citoyen d’au moins deux façons :

  •  Désinvestit jusqu’à un point extrême de résignation faute d’espaces et de possibilités de pratiques démocratiques (mécanismes de représentations pas véritablement consentis)   ;
  •  Déshabitué (avons-nous été un jour habitué ?) à me sentir capable d’intervenir dans le champ des décisions qui importent pour notre vie.

La brèche qui vient de s’ouvrir ne faut-il pas la laisser béer quelques temps pour délibérer collectivement d’une utopie à réaliser.

Changer de programme

J’ai été assez récemment frappé par une phrase de Paul ARIES Les Z’indignés 12/2012 p. 51

Nous avons appris en effet, au XXe siècle, que la grande question pour les gauches, ce n’est pas de prendre le pouvoir, ni même de le partager, mais d’apprendre à s’en défaire.

La seule manière que j’entrevois de se défaire du pouvoir en tant que sphère d’influence détachée du peuple c’est que chaque membre du corps politique (personnes majeures disposant de leurs facultés) en soit dépositaire réellement.

Ainsi le mythe du pouvoir du peuple (démocratie) peut espérer rejoindre sa réalité.

On peut se dire qu’il y a foule de problèmes à reconsidérer et à régler à partir de ce point mais combien aussi nous pouvons en régler :

L’égalité hommes-femmes dans la politique, le pouvoir des lobbies, la personnalisation et l’accaparement du pouvoir…

Un autre problème serait aussi en quelque sorte réglé et pas le moindre : si le pouvoir réside dans le corps populaire il n’y a pas à lutter à la «politicienne » pour y accéder, à quoi bon les partis et les questions de financement, les alliances les trahisons…

Consentir à l’impôt peut prendre un sens plus immédiat et profond quand la politique est véritablement la chose qui nous est commune.

Le tirage au sort ne pourrait-il pas nous sortir du problème de la désignation des instances démocratiques les plus éloignées du plan local ?

Des règles de révocabilité seraient à inventer.

Ne faudrait-il pas alors repenser la répartition territoriale des compétences ?

Si la citoyenneté devait devenir une dimension centrale de nos vies et exercice d’une véritable autonomie, il faudrait aussi repenser nos modes de vie (travail, consommation).

Le travail en premier lieu car dé professionnaliser le politique suppose de libérer le temps de ceux qui en étaient exclus pour l'exercice politique .

Mais c’est aussi l’occasion pour ceux-là mêmes qui sont privés d’emplois d’être ré agrégés à la société dans une égale dignité.

Je rêve d’une constituante qui ne serait pas l’utopie d’un sauveur suprême,d’un tribun ou d’un parti mais l’ouvrage collectif d’une société politique qui s’agrège d’elle-même bout par bout, être par être.

En guise de conclusion une anecdote.

J’ai lu un jour je ne sais plus où qu’en Afrique on dit que le meilleur moment pour planter un arbre c’était il y a 20 ans.

Le deuxième meilleur moment : c’est maintenant.

 

 

 

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