Psychanalystes français et scientologues unis dans leur combat contre le DSM 5

Les psychanalystes français tirent à l'arme lourde sur le DSM 5 (ou DSM V - la cinquième édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux produit par l’Association américaine de psychiatrie). On a eu un bon exemple dans le débat hier sur France2 (L'obsolescence programmée, 26 avril, 22h30). Le psychanalyste Roland Gori a ressorti les gros arguments fallacieux selon lequel le DSM 5 ne serait ni plus ni moins que l'expression de l'hégémonisme américain et créerait des centaines de maladies qui n'existaient pas auparavant, tout en reprochant la même chose au DSM III, DSM IV et tous les DSM.

En face de lui, Viviane Kovess-Masfety (psychiatre, directrice du département d’épidémiologie de l’École des Hautes Études en Santé Publique) a répondu avec grand calme qu'au contraire, le DSM V - élaboré en partenariat avec l'OMS et avec un apport international systématique - est caractérisé par sa convergence avec la Classification Internationale des Maladies. Elle a d'autre part expliqué que le DSM 5 ne comprend aucune maladie nouvelle et comporte en fait moins de catégories que le DSM IV, certaines catégories ayant été fusionnées et d'autres simplement éliminées, alors que d'autres catégories - et c'est là l'innovation principale de cette version du DSM - ont été regroupées sous un chapitre des catégories nécessitant plus de recherche pour que l'on puisse se prononcer (impensable en effet pour un psychanalyste d’admettre qu'il faut plus de recherche avant d'avancer un diagnostic précis).

Hélas, ce discours clair, scientifiquement fondé de Mme  Kovess-Masfety, a été noyé par le bavardage racoleur et prétentieux du psychanalyste et la rhétorique habituelle, faite d'un patchwork d'affirmations tendancieuses - quand elles ne sont pas franchement fausses -, toutes assénées de façon péremptoire.

Le fait que les psychanalystes français s'acharnent contre le DSM 5 - rejoignant dans ce combat d'arrière-garde les scientologues - illustre bien le caractère pathétique de leur situation. Si leur seule issue est de s'opposer à ce document consensuel de la psychiatrie, c'est que leur cause est pour le moins désespérée.

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