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Billet de blog 7 mai 2013

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après la manif du 5 mai, c'est à vous de prendre le relai

À vous, les associations défendant l'intérêt général, à vous leurs adhérents,Pourquoi avez-vous un rôle si spécifique pour aider les citoyens à établir une constitution protectrice ?

Pascal Lemaire
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

À vous, les associations défendant l'intérêt général, à vous leurs adhérents,

Pourquoi avez-vous un rôle si spécifique pour aider les citoyens à établir une constitution protectrice ?

- si, comme je le sais, vous pensez que le changement de constitution est le préalable à toutes les solutions que nous pourrions apporter aux crises morales, économiques, écologiques actuelles,

- si vous êtes convaincues qu'une sixième république ne peut pas émaner des partis politiques ni de nos représentants sans être en contradiction avec ce que préconise Etienne Chouard : « Ce n'est pas aux hommes au pouvoir d'écrire les règles du pouvoir »,

Alors vous comprenez, hélas, la limite de l'appel du Front de Gauche. Ce changement dans l'intérêt du citoyen est quasi impossible sauf ….si en vous unissant, vous reprenez à votre compte cet appel du 5 Mai et son impulsion pour préparer l'étape suivante. 

Pourquoi ce changement a-il le plus de chance de réussir en s'appuyant sur nos associations ?

Vous illustrez, par vos actions citoyennes touchant tous les domaines, ce que pourrait être la participation du citoyen à la vie démocratique si la constitution de 58 ne le décourageait pas en le cantonnant au seul vote de ses représentants.

Vous proposez un « modèle » à ceux qui doutent actuellement de leur capacité à participer à la vie de la cité, en leur montrant comment d’autres, en s’unissant au sein d’associations, font travailler leurs esprits pour tenter de gagner des combats qu’ils jugent d'intérêt général.

Vous pouvez démontrer, combien ici en France, vos associations sont bridées dans leurs actions, décourageant insidieusement la participation des moins motivés. Pourquoi dépenser des heures au détriment de sa vie privée sur un sujet dont on sait qu’en fin de compte le législateur tranchera systématiquement pour la finance quand il y a conflit d’intérêt entre elle et l'intérêt général ? À quoi bon pétitionner, à quoi bon manifester si, finalement, on sait par avance que cela n'aboutira à rien pour n’être pas dans les plans de nos représentants ? À quoi bon même voter quand on sait que nos représentants ne tiendront pas leurs promesses une fois élus ?

Vos armes, en fait celles des citoyens, dans la cinquième constitution, ont été volontairement limitées à la seule pétition, là, où en Suisse, le citoyen a la possibilité d'user de référendums abrogatifs quand il devient trop visible qu’une loi fabriquée par leurs élus ne sert pas l'intérêt général, ainsi que le pouvoir d'initier des lois quand les législateurs se refusent à agir devant un problème évident.

Voici quelques initiatives suisses en cours de signature au 22 avril 2013 (donc au stade de pétitions dans l'espoir de devenir référendums). Vous reconnaîtrez certainement parmi elles des combats que vous menez.

http://www.admin.ch/ch/f/pore/vi/vis_1_3_1_1.html

– Davantage de places de formation en médecine humaine (Halte à la pénurie imminente de médecins!)

– Pour un financement équitable des transports

– Protéger la vie pour remédier à la perte de milliards

– Pas de spéculation sur les denrées alimentaires

– Pour un financement raisonnable des dépenses de santé

– Pour un approvisionnement en électricité sûr et économique (Initiative efficacité électrique)

– Protection contre la sexualisation à l'école maternelle et à l'école primaire

– Protection de la santé contre la fumée passive

– Pour une protection véritablement efficace et sans discrimination, selon les normes de l'OMS

– Pour la protection des grands prédateurs (ours, loup et lynx)

– Pour un revenu de base inconditionnel

– En faveur du service public

– Fluidifier le trafic, diminuer les bouchons (Initiative sur les motocycles et les scooters)

– Oui au contrôle des votes

– Récompenser la participation aux élections et aux votations par une déduction fiscale

– Pour une économie utile à tous

Ces initiatives sont souvent lancées par des associations comme les vôtres. Si ces pétitions recueillent 1 % des électeurs alors le référendum aura lieu. La confédération Suisse prend en charge sa médiatisation et son financement.

Souvenons-nous en début d'année: les Suisses, par une initiative citoyenne, ont obligé leurs législateurs à introduire dans leur constitution une loi limitant les rémunérations des dirigeants de grandes entreprises, que cela plaise ou pas à la finance. Idem pour leurs législateurs : bien qu'ils soient opposés dans leur majorité à cette initiative, ils devront écrire cette loi puisque le peuple en a décidé ainsi. En France ? Notre premier ministre s'est contenté de complimenter cette initiative (qu'il devait sans doute trouver de gauche), sans rien faire de plus. S'est-il rendu compte des conclusions que nous pourrions en tirer sur sa crédibilité quand nous lui avons donné électoralement tous les moyens pour faire passer cette loi que nous souhaitons majoritairement ?

Dans la pratique en Suisse,

le lancement d’une pétition pour un référendum abrogatif, ou une initiative, attire l’attention des Suisses sur un problème : discussions, publications de contributions dans les médias. La réflexion enfle. Si la pétition devient référendum, alors on change de braquet. La discussion pénètre dans chaque foyer, car chacun est conscient qu'il va falloir se déterminer. Toutes ces pensées qui se concentrent pour un temps sur de mêmes sujets développent l'intelligence collective et individuelle et renforcent l'impression qu'on doit tenir compte de l'avis de la communauté clairement désignée comme partenaire essentiel de la démocratie.

Leurs législateurs sont très attentifs aux remontées citoyennes. Ils savent qu'en face, quel que soit le sujet, il y a des veilleurs, des associations comme les vôtres, avec des spécialistes qui épluchent leur texte et rédigent une critique systématique du projet de loi. Leurs équipes étudient avec soin ces remarques très pointues pour éviter à tout prix de voir une loi retoquée par un vote abrogatif. On voit ainsi que le législateur est naturellement poussé par les citoyens à résister aux chants des sirènes de la finance. N'imaginons pas que leurs législateurs seraient moins corruptibles que les nôtres. Ce sont ces dispositifs dans leur constitution qui les rendent prudents.

Pourquoi ne pourrions-nous pas en faire autant en France ? Nous ne sommes pas si loin du but. Nos associations ont autant de valeur que celles de Suisse.

En tant qu’associations, vous êtes les plus capables par la preuve de vos actions, de réfuter nos élus quand ils essayent dans nos médias de disqualifier le citoyen français en prétendant qu’il ne serait pas suffisamment mature. Vous pouvez contester leurs arguments point par point, ce qui aura pour effet de montrer qu’ils ne défendent en réalité que leurs intérêts personnels.

Vos associations rendent crédible le tirage au sort pour élire les membres d’une constituante : Pas de doute qu’avec vos bénévoles, vos désintéressés, vos anonymes, nous avons là un formidable vivier de citoyens aptes à l’exercice : des personnes faisant régulièrement travailler leur esprit au service du bien commun, qui ont développé leur intelligence et leur cœur dans des conditions extrêmement difficiles. Parfois violemment combattues, elles persistent à tisser du lien, à tenter de réparer les trous béants dans notre tissu social provoqués, pour l’essentiel, par cette course à la compétition : la règle d’or néolibérale. Pas de doute sur la capacité des « tirés au sort » pour trouver leurs cheminements à travers la consultation de différents experts exprimant tous les points de vue à connaître. Pas de doute sur leurs jugements de bon sens à élaborer une constitution protectrice du citoyen, car ils vivent la vie de 99 % d'entre nous.

Vous manqueriez de temps ?

Bien sûr, vos combats en cours vous mobilisent pleinement. Mais obtenir, entre autre, le référendum abrogatif et la possibilité de lancer des initiatives, voilà 2 outils qui faciliteront vos (nos) actions par la suite. Songez ! Nos élus seront en situation de devoir vous (nous) écouter.

C'est pour toutes ces raisons, me semble-t-il, que vous devriez vous unir, vous entraider pour faire une campagne commune lançant un puissant appel à une nouvelle constitution, en favorisant la tenue d'assemblées citoyennes. Vous saurez en commun trouver la forme adéquate pour mobiliser l'opinion et obtenir notre participation.

Nous devons réveiller cet espoir tant que les digues tiennent encore. Trop de français ignorent encore le rôle d'une constitution.

Aidez moi à faire circuler ce texte dans vos associations, parmi vos membres, vos soutiens, vos fédérations.

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