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Billet de blog 26 avril 2020

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Attachement et droit du travail

S'orienter de l'attachement dans le traitement civil du harcèlement moral au travail

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Un mémoire rédigée en 2019 pour l'obtention du DU "L'attachement : Concepts et applications thérapeutiques chez l'enfant, l'adolescent et l'adulte" du Dr Nicole Guédeney et du Pr Antoine Guédeney

S'orienter de l'attachement dans le traitement civil du harcèlement moral au travail (pdf, 231.6 kB)

Résumé :

Antérieurement à la Révolution industrielle et depuis au moins l’antiquité classique, la cellule de production la plus commune en Europe était la famille. La production, tant agricole qu’artisanale était essentiellement domestique. Ainsi, les producteurs travaillaient généralement pour le compte et sous l’autorité de leur figure d’attachement primaire dans l’attente de lui succéder. La Révolution industrielle ne put maintenir cet attachement au cœur des relations de travail, mais elle ne parvint pas à assumer sa disparition. Ainsi se mit en place une relation d’attachement fantôme dès le XIX° siècle, le paternalisme patronal. Les régimes totalitaires du XX° siècle y ajoutèrent une nouvelle figure d’attachement imaginaire, le métier, qui commanda encore la prospérité de l’après-guerre.

Dès les années 70, émancipation et crise économique activèrent ces fantômes d’attachement primaire à mesure qu’ils mettaient à mal leurs figures, patron ou métier. L’affaiblissement du paternalisme patronal plaçait les salariés en position d’enfant parentifiés oscillant entre l’épuisante protection de l’entreprise contre la concurrence et au contraire sa mise à mal. L’activation de leur attachement au métier les enfermait dans une dyade dont se trouvaient exclus tant leurs collègues que leurs managers, lesquels les harcelaient en retour notamment en désorganisant la relation de travail. De l’échec des révoltes de la fin des années 60 il ne resta que deux puissantes idéologies combattant pour la suprématie, chacune avec son champion, l’individu et l’économie. Le droit du travail se trouva convoqué pour éviter que, dans l’entreprise, cette contradiction ne se règle par le triomphe de l’une sur l’autre et il prohiba ainsi le harcèlement moral au travail.

Mais, faire tenir une telle contradiction commande de renoncer à chacun de ces termes, lesquels participent pourtant de croyances intimes chères à la plupart d’entre nous. Leur perte, qui est en réalité leur deuil, tant il est clair qu’elles ne pourront jamais s’imposer, conduit à de dangereuses exclusions. Le juriste ne veut pas voir qu’il ne lutte que très marginalement contre la souffrance psychique au travail et le soignant se rassure trop facilement du droit, ne percevant pas toujours la quérulence du salarié faute de la lier à l’évanescence moderne des figures d’attachement, primaire autant que fantôme, dont le patient n’est pas parvenu à se libérer, ne réussissant pas à gagner enfin, dans l’ordre de la production, son statut d’adulte, capable et libre de choisir de s’attacher paisiblement à des personnes bien réelles dans une relation de réciprocité et d’activer aussi d’autres systèmes motivationnels.

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