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Billet de blog 15 juillet 2016

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La honte obstrue ma gorge.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Je m’étais arrêté sur une crête d’Amorgos. Le scooter encore tiède, le vent sec, cette manière qu’ont les îles grecques de donner l’illusion d’un monde stable. Je notais sur mon téléphone deux mots qui me revenait de la lecture de Soumission de Houellebecq : "Délectation nauséabonde".

L message de ma fille apparut :

- T’as entendu ce qu’il s’est passé?

- Non, quoi?!

- Un attentat à Nice 75 morts. Tata tonton et les filles, Mamie, maman et Lulu vont bien.

Mes larmes jaillirent, se fondant dans ma rage. 

Depuis de si longues années, tranquillement, les politiques pyromanes et ségrégationnistes, tueuses d'appartenances des Estrosi, Peyrat, Sarkosy et consorts, les drapeaux algériens cherchant à être interdits durant la coupe du monde de foot, la non-mixité sociale, les "racailles", toutes ces guerres, pétrolifères, ces haines dégueulasses créant d'autres haines perpétuaient le pire...

Rien de tout cela n’est un accident. Les monstres ne surgissent pas : ils se fabriquent. Lentement. Administrativement. Médiatiquement. Avec des phrases apparemment raisonnables, répétées jusqu’à devenir une ambiance, puis une évidence.

Et le jour où l’horreur surgit, ceux qui ont contribué à en dessiner les contours se redressent, graves, solennels. Ils durcissent encore. Ils capitalisent. Ils nomment l’ennemi avec plus de précision, persuadés qu’en serrant davantage le poing, ils tiendront enfin le réel.

Autour d’eux, beaucoup regardent. Certains acquiescent. D’autres détournent les yeux, par lassitude ou par confort. La mécanique est connue. Elle fonctionne presque toute seule.

Ce n’est pas tant l’incompétence qui effraie que sa persévérance. Elle creuse, année après année, une faille que plus personne ne semble vouloir refermer. On continue d’y marcher, convaincus qu’elle n’est pas si profonde.

La question n’est plus de savoir jusqu’où cela ira.
Mais combien de temps encore nous feindrons de ne pas comprendre.

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