Le système de santé brésilien

Le Brésil a un système de santé à deux vitesses. Alors que la constitution de 1988 fait de la santé un droit qui doit être garanti par l’État, la réalité est tout autre. Le secteur public souffre d’un manque de moyens qui pénalise les plus modestes. Les plus aisés se tournent alors vers le secteur privé qui offre une qualité de soin excellente mais aussi très coûteuse...

  Le Brésil a un système de santé à deux vitesses. Alors que la constitution de 1988 fait de la santé un droit qui doit être garanti par l’État, la réalité est tout autre. Le secteur public souffre d’un manque de moyens qui pénalise les plus modestes. Les plus aisés se tournent alors vers le secteur privé qui offre une qualité de soin excellente mais aussi très coûteuse. C’est aussi le choix de la très grande majorité des expatriés français.

 

Le Brésil est un pays plein de contradictions en matière de santé. En théorie, toute personne ayant besoin de services médicaux peut se faire soigner gratuitement dans les hôpitaux publics.  Dans les faits, le système de santé public brésilien, le Sistema Unico de Saude (SUS) accuse de nombreux retards ou dysfonctionnements qui ne garantissent pas toujours un accès aux soins adéquat. Faute d’investissement public suffisant, les régions du nord manquent d’infrastructures médicales et hospitalières, certaines spécialités sont indisponibles. Une forme de tourisme médical a vu le jour, entre les zones rurales sous dotées et les centres urbains mieux équipés. Les files d’attentes dans les hôpitaux s’éternisent.

Les plus aisés, optent pour le secteur privé, qui offre de biens meilleures services. Les Planos de Saude (les plans de santé) sont la forme de couverture médicale privée la plus courante dans le pays bien que d’autres assurances privées, plus onéreuses, existent. Mais la qualité des soins a un coût et les prix ont tendance à se calquer de plus en plus sur le modèle de santé privé Etats-Unien. Symbole d’un secteur de santé privé florissant, la chirurgie esthétique a le vent en poupe. Le Brésil est le deuxième pays du monde, derrière les États-Unis, pour le nombre d’interventions pratiquées.

 

Les expatriés français se tournent largement vers le secteur privé. Selon le statut, l’activité mais aussi le budget, plusieurs options sont possibles. Les plans de santé, moins couteux que les assurances internationales mais plus limités géographiquement, sont une option intéressante. La CFE (caisse des français de l’étranger) est une autre solution possible. C’est une caisse de sécurité sociale à adhésion volontaire. Elle est ouverte à tous les expatriés, que l’on soit salarié dans une entreprise française ou travailleur indépendant mais aussi étudiant ou retraité.  Mais les expatriés sont aussi nombreux à opter pour une assurance internationale, qui permet de se soigner dans le secteur privé et de faciliter les démarches.

 

Le fossé se creuse entre le secteur public et le privé.

Selon une étude menée en 2018 par la Confédération nationale des commerçants (Confederação Nacional de Dirigentes Lojistas (CNDL)) plus de 70% des brésiliens n’ont pas de plan de santé.  Et plus d’un brésilien sur deux pense que la santé publique se détériore. Il est clair que le manque d’investissement public est une des principales causes de la défaillance du système de santé public.

Bien que le système de santé unique (SUS) garantissant l’accès aux soins pour tous, soit adopté en 1988, les gouvernements des années 90 n’ont pas fait de la santé une priorité. La médecine privée performante et lucrative s’est développée.  L’arrivée de Lula au pouvoir et son programme phare Bolsa Famiia a permis de combler le retard en matière de santé publique mais pas entièrement et pas de façon durable. Mais la fréquentation des officines médicales est en hausse significative.Dilma Rousseff, en 2013, dans la lignée des programmes sociaux crées sous Lula, crée le programme « Mais Medicos » (Plus de médecins) en partenariat avec l’Organisation Mondiale de la Santé. Ce programme rencontre un franc succès et des milliers de médecins cubains s’installent au Brésil.

 

Selon l’OMS, en 2007, les dépenses de santé représentent 8,4% du PIB, et 7% en 2018, ce qui est peu. Ce taux est inférieur à la moyenne mondiale et l’un des plus bas des Amériques. Plus inquiétant encore, seulement la moitié de ces dépenses émanent du gouvernement, le reste provient du secteur privé. Cette tendance à la privatisation de la santé s’intensifie à partir de 2015, le gouvernement brésilien libéralise le marché des établissements privés de santé, en autorisant les entreprises étrangères à entrer au capital d’un partenaire brésilien ou à s’implanter directement dans le pays. La privatisation de la santé exclut les plus modestes et aggrave les inégalités. Dans un pays parmi les plus inégalitaires du monde, la santé pour tous, ne semble pas être à l’ordre du jour.

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