Crise européenne: une autre voie est nécessaire

Nicolas Sarkozy a été pris de court par l'annonce par le premier ministre Grec de sa décision d'appeler le peuple à s'exprimer sur le plan de sauvetage européen de la Grèce au travers d'un référendum.

Nicolas Sarkozy a été pris de court par l'annonce par le premier ministre Grec de sa décision d'appeler le peuple à s'exprimer sur le plan de sauvetage européen de la Grèce au travers d'un référendum. Le remède que la troika (FMI, BCE et Commission Européenne) a imposé à la Grèce depuis plusieurs mois pour prix de son aide financière a de fortes chances d'être rejeté par un peuple qui n'a jusqu'à présent jamais été consulté directement sur la question, en négation totale des principes démocratiques. Quelle ironie, pour un peuple qui a donné voilà plus de 2000 ans naissance à la démocratie... Mme Merkel a trouvé normal de faire voter son parlement avant de négocier un plan de sauvetage pour la Grèce, mais elle refuse ce droit à l'expression au peuple grec... Considère-t-elle que la démocratie est un privilège réservé à ceux qui en ont les moyens financiers ?

Mais selon Nicolas Sarkozy, le plan adopté il y a une semaine à peine est la seule voie possible pour sauver l'Europe. Mensonge ou déni de réalité, le diagnostic et les décisions présidentielles ne pourraient être plus erronés. Pour éviter que la gangrène ne se propage à d'autres pays, et notamment à l'Italie et l'Espagne, dont le montant des dettes publiques est bien plus conséquent, il a été décidé d'imposer aux Grecs des mesures d'austérité qui auront pour effet direct de tuer toute perspective de croissance, et donc toute possibilité de remboursement de leurs dettes à moyen et long terme. Le patient mourra donc guéri. Et une fois le problème grec réglé d'une façon ou d'une autre, que ce soit par une cure prolongée d'austérité ou par un défaut et une sortie de l'euro, les marchés se tourneront immanquablement vers une Italie au pouvoir exécutif exsangue et incapable de prendre les mesures nécessaires pour rétablir l'équilibre de ses finances publiques. Avec le plan adopté la semaine dernière, nous aurons donc gagné tout au plus quelques mois, mais il faudra de toute façon envisager des mesures autrement plus drastiques.

Que faire ? Empêcher un peuple souverain de se prononcer sur les décisions qui engagent son avenir ? Poursuivre, quel qu'en soit le prix, dans la voie d'une austérité qui est d'ores et déjà en train de tuer la croissance de l'ensemble des économies européennes, y compris française et allemande ?

Afin d'obtenir un accord la semaine dernière, notamment avec les Allemands, Nicolas Sarkozy a sacrifié toute ambition d'imposer une véritable solution alternative à la crise européenne. Il a cédé aux exigences d'un gouvernement allemand qui a constamment été en-deçà des enjeux au cours de ces derniers mois, alors que la crise s'aggravait, et qui - c'est sont droit - préfère préserver ses propres intérêts plutôt qu'envisager les mesures de solidarité nécessaires pour sauver l'Europe.

Nous avons aujourd'hui atteint les limites de ce que les peuples peuvent tolérer. Nous devons trouver une solution juste et durable à la crise actuelle, car nous ne pourrons pas saigner les peuples sans leur promettre pour prix de leurs souffrances autre chose que du sang et des larmes. Cette solution doit s'articuler autour de deux éléments : d'abord, des mesures d'urgence pour mettre un terme au cercle vicieux de l'austérité et de l'augmentation des dettes publiques, qui se nourrissent l'une de l'autre. Ensuite, une véritable politique de croissance durable et écologique, sans laquelle aucun pays, pas même la France ou l'Allemagne, ne pourra envisager de résorber ses dettes.

Parmi les mesures d'urgence, j'ai déjà proposé d'appuyer le FESF sur la Banque centrale européenne, plutôt que sur des investisseurs étrangers, et notamment chinois, dont les motivations et les exigences échapperaient à notre contrôle. Il me semble également primordial d'interdire la spéculation à découvert sur les dettes publiques. A l'heure qu'il est, des investisseurs parient en toute impunité sur les dettes publiques des pays européens, en achetant des assurances contre un risque de défaut de paiement de dettes auquel ils ne sont en réalité pas exposés puisqu'ils ne détiennent même pas de titre des dettes en question. Cette spéculation est intolérable.

D'autre part, nous ne pouvons pas continuer à privilégier l'austérité à la croissance. D'abord parce que la croissance économique est le seul moyen dont disposent les pays européens pour rembourser les dettes colossales qu'ils ont contracté, souvent de manière irresponsable, au cours des dernières années (voire des dernières décennies). Privilégier la croissance à l'austérité, ça n'est pas faire preuve d'irresponsabilité. C'est choisir un chemin différent pour sortir de la crise et rétablir l'équilibre des comptes publics. Le retour à la croissance économique allègerait considérablement le fardeau de la dette, mais permettrait aussi de réduire le chômage qui gangrène nos sociétés, à commencer par les plus jeunes et les plus vulnérables d'entre nous. Enfin, sans croissance, nous resterons éternellement à la merci des marchés et nous ne disposerons pas des marges de manoeuvre nécessaires pour appliquer la politique que nous souhaitons, qu'il s'agisse d'éducation, de santé, ou de sécurité. Nicolas Sarkozy n'a à ce jour proposé aucune mesure pour relancer notre économie. La majorité présidentielle est tellement en manque d'idées neuves qu'elle va puiser chez nos partenaires allemands ce qui fera son projet pour les prochaines élections présidentielles, alors même que la situation allemande est bien éloignée de l'image idéalisée à laquelle la droite française voudrait nous faire croire. Au deuxième trimestre de cette année, l'Allemagne a fait à peine mieux que la France en matière de croissance économique, selon EUROSTAT (0,1%). Ce pays vieillissant, dont le taux de natalité est bien inférieur au nôtre et qui n'échappe pas aux débats que nous connaissons aussi sur le financement de son système de protection sociale, ne détient pas toutes les solutions à la crise. Si une coopération renforcée entre nos Etats est évidemment nécessaire, se contenter de calquer notre politique économique sur le modèle allemand reviendrait à renoncer à toute prétention à trouver des solutions innovantes à nos maux économiques et sociaux. La croissance allemande, tirée par les exportations, est extrêmement dépendante de la santé économique de ses partenaires commerciaux. L'épisode 2008-2009, où l'Allemagne a connu une très forte récession alors que la France s'en tirait plutôt bien en comparaison, l'a prouvé.

Céder à la tentation de copier les recettes de nos voisins, c'est purement et simplement nier les principes démocratiques qui veulent que toute décision engageant l'avenir de notre pays émane du peuple. C'est aussi faire preuve d'un manque de confiance en notre propre capacité à redresser notre pays. Nous devons donc nous engager résolument sur la voie de la croissance, et ne pas brader nos idées et renoncer à nos convictions au prétexte que les marchés financiers nous mettraient un pistolet sur la tempe.


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