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Billet de blog 2 déc. 2010

La politique coordonnée du G20, la solution à la crise mondiale

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Le G20 va entrer dans sa douzième année, 5 sommets ont déjà eu lieu depuis la crise. Et pourtant, les conséquences de cette dernière semblent toujours se faire sentir. La croissance mondiale va rester molle en 2011, le chômage va lentement refluer mais restera à des niveaux très élevés, les dettes des pays développés vont être à des niveaux records et les déséquilibres mondiaux vont persister. Alors que la France va présider ce groupe, on est en droit de se demander ce que l’on doit en attendre à court terme. Pour avoir une idée de l’utilité du G20, il faut observer la clairvoyance de la lecture des problèmes mondiaux que l’on trouve dans chacun des communiqués issue de ces rencontres entre les dirigeants des pays les plus riches de la Terre (représentant 90% du PIB mondial). Le premier sommet depuis la crise, à Washington, a statué sur le fait que la crise financière avait pour origine un manque de coopération économique, un défaut de surveillance et une évaluation des risques défaillante. Il a donc été décidé de renforcer la supervision, d’améliorer la gestion du risque et d’améliorer la coopération. Le communiqué a aussi entériné ce que tous les pays membres avaient déjà commencé à faire, la relance budgétaire. Au sommet de Londres, il a été décidé d’augmenter la dotation des régulateurs mondiaux, le FMI et la Banque mondiale, de créer une liste noire des paradis fiscaux et de "mettre en œuvre" des nouvelles règles de gouvernance des marchés financiers ("encadrer" les salaires et les bonus au niveau mondial). A Pittsburgh, il a été question de la poursuite de la réforme sur les régulations bancaires et financières, de la régulation des hedges funds et d’élargir les réformes sur les paradis fiscaux. A Toronto, l’objectif était les déficits publics (à diviser par 2 avant 2013), la dette publique (à stabiliser puis réduire avant 2016) et les déséquilibres commerciaux (les pays excédentaires doivent laisser leur monnaie s’apprécier, les pays déficitaires doivent épargner et exporter plus). Au dernier sommet, à Séoul, un transfert de droits de vote au FMI vers les pays en voie de développement et une mise en œuvre de la réglementation Bâle III ont été actés. Comme on peut le constater, les sommets du G20 ont chaque fois été organisés grâce à l’aide d’économistes qui ont une vision juste des problèmes mondiaux et qui savent comment les résoudre, en théorie. Toutefois, ce ne sont pas les économistes qui sont redevables devant leur peuple, ce sont les gouvernants. Aucun dirigeant ne va infléchir une politique économique qui a fonctionné avec succès pendant les 10 dernières années. En effet, la croissance récente de certains pays s’est faite sur des "martingales" qui sont à l’origine de ces déséquilibres mondiaux. L’Espagne a misé sur l’immobilier, l’Irlande aussi, l’Allemagne sur ses exportations, la Chine aussi, le Royaume-Uni sur sa place financière, les Etats-Unis sur le dollar. Certains de ces pays, les plus petits d’entre eux, ont du faire face au "principe de réalité" : on ne peut "gagner" indéfiniment. L’Espagne a désormais plus de 20% de chômage, il y avait seulement 7,5% de chômeurs avant la crise. L’Irlande va être renflouée à hauteur de 85 milliards d’euros pour redresser son économie. Les anticipations nécessaires à court terme pour éviter la crise auraient eu un coût économique et social trop important et auraient débouché sur la perte d’élections. De plus, les secteurs concernés par cette importante croissance, sont devenus si importants économiquement, que les lobbies les défendant, empêchent toute réforme. On a constaté qu’Obama n’est pas Roosevelt et qu’il n’aura pas la possibilité de faire un new deal. On se doute que Nicolas Sarkozy n’aurait pas fait parti du Front populaire. Une croissance forte ne viendra plus résoudre nos problèmes. Il ne faut donc pas baisser les bras et il faut s’atteler à ne pas répéter les erreurs du passé. Il faut mettre en place une politique coordonnée, au moins à l’échelle du G20. Néanmoins, pour qu’elle soit applicable, elle doit être humble dans ses attentes et prendre en compte les difficultés des dirigeants à changer les équilibres internes à chaque pays. Elle doit établir des lignes directrices simples qui permettront à terme de retourner vers un équilibre stable à l’échelle mondiale. Pour cela, il faut que le G20 favorise la création dans tous les pays du monde d’une protection sociale, il faut qu’il crée un corridor pour les niveaux d’impôts sur le revenu, sur les sociétés et sur les biens, pour les pays riches, et un autre pour les pays en voie de développement. La solution doit être simple pour être applicable mondialement. D’autant plus que de nouveaux problèmes surgissent : les questions environnementales, le prix des matières premières... Aussi, le G20 doit taxer les échanges de matières premières afin d’alimenter un fonds à destination du développement énergétique propre des pays les plus pauvres. Finalement, il faut interdire les produits financiers que l’on ne maîtrise pas ou les limiter très fortement. Comment peut-on encore vendre des produits dérivés pour lesquels personne n’est en mesure d’évaluer les risques ? De plus, les autorités de contrôle et de régulation ont des limites très concrètes et on ne peut pas les doter indéfiniment. Les économistes ne se trompent pas lorsqu’ils souhaitent une économie mondiale équilibrée. Comme le souligne l’économiste François Bourguignon, il faut que les économies émergentes s’orientent plus vers leurs marchés et que les pays riches diminuent leurs dettes. Une croissance forte, semblable à celles connues antérieurement à la crise actuelle, semble peu probable. La compétition mondiale, pour qu’elle soit durable, devra seulement se faire sur la productivité et la qualité des produits et non sur une course aux salaires les plus bas. Le G20 doit dans cette perspective prendre des mesures simples et intelligibles, mais surtout facilement applicables. La France, durant sa présidence au G20, aura tout intérêt à résoudre le problème de gouvernance fiscale et budgétaire à l’intérieur de l’Union monétaire pour se présenter en position de force au sommet de Cannes les 3 et 4 novembre 2011 et défendre de telles mesures.

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