Crise de l'euro : comment les calculs électoralistes tuent l'Europe

La situation de la zone euro, seuls quelques responsables allemands feignent ne pas le savoir, est extrêmement grave. Le risque que la zone euro explose dans les semaines à venir croît de minute en minute, à mesure que la panique se répand sur les marchés et que les dirigeants européens multiplient les rencontres et les annonces non suivies d'effet.

La situation de la zone euro, seuls quelques responsables allemands feignent ne pas le savoir, est extrêmement grave. Le risque que la zone euro explose dans les semaines à venir croît de minute en minute, à mesure que la panique se répand sur les marchés et que les dirigeants européens multiplient les rencontres et les annonces non suivies d'effet.

La seule solution qui pourrait mettre un terme au cercle vicieux des anticipations des investisseurs, qui ne font qu'accroître les difficultés des pays endettés en augmentant les taux auxquels ils peuvent emprunter, est le recours à la BCE comme prêteur en dernier ressors. Les mesures actuellement débattues, qu'il s'agisse des eurobonds, des réformes des traités ou de la gouvernance de la zone euro, arriveront bien trop tard pour éviter ce qui paraît de jour en jour plus inéluctable. Or, le gouvernement allemand a refusé tout net toute intervention non conventionnelle de la BCE, au prétexte qu'elle créerait un aléas moral menant au laxisme fiscal et ouvrirait la porte à une inflation galopante. On peine pourtant à en voir les signes avant coureurs, alors même que notre économie menace de basculer à nouveau dans la récession et que le risque le plus imminent est celui de la spirale déflationiste, et contre lequel la BCE n'a aucun moyen de nous protéger. Nous sommes, du fait de l'intransigeance allemande, englués dans une impasse totalement absurde : la maison brûle, mais n'utilisons pas l'extincteur, car il ne faudrait pas risquer d'abîmer les meubles...

J'en suis convaincu, c'est dans les périodes de crise grave, ou lorsque des décisions impopulaires mais courageuses doivent être prises, que les hommes et femmes d'état se révèlent. Pensons à De Gaulle au lendemain de la défaite française. Pensons à Churchill. Ou, en des circonstances et sur un thème totalement différent, pensons à Mitterrand, imposant contre l'opinion publique l'abolition de la peine de mort...

Or, les rebondissements des dernières semaines le démontrent, nous n'avons pas aujourd'hui les hommes et les femmes d'état à la hauteur des enjeux colossaux auxquels notre économie est confrontée. Passons sur les échecs multiples de notre propre président, qui a depuis longtemps démontré son incapacité à traduire en actes les engagements pris à grands renforts de rhétorique inspirée. Les paradis fiscaux, la régulation du secteur bancaire, la relance de l'activité économique, les négociations du G20... Nous aurions été bien naïfs d'attendre d'un homme qui a toujours privilégié les intérêts des nantis et laissé des considérations électoralistes dicter sa politique dans tous les domaines qu'il nous préserve de l'explosion de la zone euro.

Mais Mme Merkel, autrefois louée pour son leadership et son sang-froid, que fait-elle? Une femme qui préfère céder aux franges les plus sectaires et irresponsables de sa propre majorité pour préserver ses chances d'être réélue en 2013, alors même que l'avenir de l'Europe est en jeu, est-elle une femme d'Etat? Une femme qui préfère imposer à ses voisins européens l'austérité la plus stricte, et les drames et les injustices qui lui sont associés, tout cela en raison de la peur de l'inflation qui est inscrite dans les gènes de tous les allemands depuis que l'hyperinflation allemande avait entraîné dans les années 1930 l'avènement d'Hitler, est-elle une femme d'Etat?

Regardons les choses en face : l'irresponsabilité des quelques gouvernants qui ont en main notre destin à tous est criminelle. Nous allons tout droit vers une catastrophe économique et financière sans précédent, alors même que nous détenons les moyens d'éviter cette conflagration.. tout cela par simple calcul politicien.

Nous sommes arrivés à un point de non-retour. Bientôt, nous ne pourrons plus éviter le pire. Il appartient désormais à nos dirigeants, et à Mme Merkel en particulier, de choisir entre leurs chances de réélection dans une Europe à feu et à sang, et la préservation de notre bien commun, cette construction formidable qui a préservé la paix depuis plus d'un demi siècle : l'Europe.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.