PLFSS 2012 et gestion de la crise : une droite «dure» et injuste

Les gesticulations désespérées du gouvernement sur l’équilibre des comptes sociaux en ont une fois encore apporté la preuve : la crédibilité n'est pas du côté de ceux qui la revendiquent!

Les gesticulations désespérées du gouvernement sur l’équilibre des comptes sociaux en ont une fois encore apporté la preuve : la crédibilité n'est pas du côté de ceux qui la revendiquent!

Si l’on en croit les porte-parole du Gouvernement, seul Nicolas Sarkozy aurait les reins assez solides pour sortir notre pays de la crise économique actuelle. Le procès en crédibilité de François Hollande a déjà commencé, intenté par ceux-là même qui ont réussi la prouesse de faire passer, entre 2002 et 2010, le déficit budgétaire de 47 à 149 Mds € et la dette publique de 59% à 82% du PIB (1 591 Mds €). Et qu'on ne nous oppose pas l'argument trop usé de la crise de 2008 et du plan de relance! Selon la Cour des comptes, elles n’expliquent qu’une part minoritaire du déficit de 2010 puisque sa composante structurelle représente 5 % du PIB.

Ce gouvernement rigoureux donne actuellement, à l’occasion de la discussion à l'Assemblée Nationale du projet de loi de financement pour la sécurité sociale pour 2012 une merveilleuse leçon de responsabilité et de crédibilité financière. La liste de leurs contorsions et revirements de cap est longue. Retenons-en seulement deux.

1. Crise oblige, le gouvernement veut afficher de nouvelles économies. Effort louable. Hélas, il n’est même pas capable de les défendre face à sa propre majorité au Parlement. Premier exemple: la réforme des indemnités journalières, qui devait rapporter 220 M€ à la branche maladie. Pour mémoire, un salarié arrêté percevait une indemnité égale à 50 % du « gain journalier » brut des trois derniers mois (soit 63,7 % du net). Avec la "magnifique avancée sociale" du gouvernement, l’indemnité serait désormais réduite de 3,7 % par rapport au système antérieur.

Sous la pression d'un député UMP, le Gouvernement est en train de reculer et de rétablir le taux de remplacement initial pour les indemnités journalières de longue durée. Un revirement qui n'est pas pour nous déplaire, puisque nous, socialistes, étions opposés à cette réforme injuste, dont auraient encore une fois pâti les plus démunis. Au regard des recettes attendues, la contribution sur les hauts revenus adoptée récemment rapportera 4 fois moins que cette mesure.

Est-il juste, au coeur d'une crise sans précédent, de demander aux malades de payer 4 fois plus que les plus riches de nos concitoyens? Mais comment un Gouvernement, qui se présente comme un parangon de vertu et d’orthodoxie budgétaire, qui s'arroge le monopole du courage et de la crédibilité tout en reprochant au candidat du Parti Socialiste de ne pas savoir tenir un cap, peut-il encore donner des leçons alors qu’il renonce, en période de crise grave, à des économies sous la pression de sa propre majorité ? Du courage et de l'autorité du gouvernement, il ne reste que l'apparence... Et encore!

Autre exemple: l’assujettissement à la CSG (au taux de 6,2%) de l'allocation du congé parental. Economies estimées : 140 M€. Mesure refusée net par Christian Jacob, chef de file des députés UMP. Adieu les 140 M€. Là encore, nous ne critiquons pas, au contraire, le bien-fondé cette intervention contre une réforme qui aurait également lésé les couches les plus défavorisées de la population. Ce qui nous chagrine, c’est seulement le spectacle d’un Gouvernement qui change d'avis au moindre obstacle, comme il l’a fait lorsque son idée de TVA sur les parcs d'attraction s’est attirée les foudres de Jean-Pierre Raffarin. Est-ce là ce qu’on appelle « tenir le cap » ? Est-ce là la cohérence que l’on attend d’un pouvoir exécutif responsable ? En refusant d'engager les mesures radicales que nous proposons, le gouvernement s'est lui même placé dans une impasse : le bricolage fiscal trouve rapidement ses limites lorsque les temps sont aussi durs qu'en la période actuelle...

2. Dans leurs tentatives désespérées de trouver de nouvelles économies, à une heure où l'Etat et la sécurité sociale sont en quasi faillite, les députés de la majorité ont trouvé LA recette miraculeuse : la lutte contre la fraude sociale. On nous avait déjà fait le coup il y a quelques mois avec le RSA. Et nous nous souvenons du résultat : beaucoup de bruit et des paroles extrêmement blessantes pour ceux qui sont dans la difficulté, pour... Rien ou presque! Il faut croire que le gouvernement n'a pas encore épuisé le mécanisme de la stigmatisation du profiteur, figure mythique entrée au panthéon de la "sarkozie" grâce à la droite populaire et au Front national. Qui sont ces fraudeurs, sinon nos concitoyens les plus démunis?

Un seul exemple: les mères célibataires, auxquelles la droite propose de cesser de verser le RSA « majoré » si elles ne prouvent pas qu'elles « ne mettent pas en commun des charges ou des ressources avec des tiers ». Si une mère célibataire touche une petite aide financière de ses parents, ou de son ex-conjoint, l'Etat ne lui versera plus rien, alors qu'aujourd'hui, il lui verse la différence entre ces aides et le montant du RSA. C'est aux plus modestes que l'on demande de financer les déficits abyssaux que le Gouvernement a creusés en octroyant des cadeaux aux riches? Quant aux économies annoncées, 5 Mds €, il est difficile d’y croire. La lutte contre la fraude ne rapportera jamais ces sommes,je défie le gouvernement de prouver le contraire...

Bref, cette droite aux abois est-elle "dure" ou "molle" ? Dure avec les faibles, sans doute. Mais lorsqu'il s'agit de fixer un cap, d'offrir une stratégie de redressement de notre pays... Elle n’a aujourd'hui plus aucune colonne vertébrale, n'offre aucune perspective, et est plus que jamais incapable de gérer la crise dans l’intérêt collectif des Français. Seule l’alternance en 2012 permettra de refonder un pacte républicain dans lequel éthique, justice sociale, solidarité, et responsabilité reprendront la place qu’elles ont perdue depuis 2007.

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