LA FENÊTRE

Il regardait la neige tomber par la fenêtre. Elle entrait littéralement par la fenêtre, sans tomber ailleurs que dedans. La porte d’entrée était fermée et le niveau de la neige, qui rentrait à l’horizontale, propulsée par le vent, montait ostensiblement. Curieusement, depuis le début de la chute de neige, la fenêtre s’était déplacée vers le haut ; à présent, elle touchait le plafond, qui était bien à trois mètres.

Il ne faisait qu’un mètre quatre vingt, un quatre vingt cinq sur la pointe des pieds, et il lui vint rapidement à l’idée qu’il allait mourir étouffé. Il envisagea d’empiler ses meubles et de se hisser dessus. Mais, soudain, une nuée de sauterelles entra avec la neige, affamées, et tous ses meubles furent dévorés. Curieusement, tout ce qui était en métal avait rouillé et s’était réduit en poussière auparavant.

- Un vrai cauchemar comme réalité ! - pensa-t-il.

Les sauterelles, une fois qu’elles eurent tout mangé, se posèrent, trop lourdes pour repartir. Elles furent rapidement recouvertes d’une chape blanche, linceul pour surgelés.

A présent, debout, il avait de la neige jusqu’au nombril. Il s’efforça de tasser la neige autour de lui, puis se hissa sur cette nappe blanche qui l’entourait. Il mesurait à présent, par rapport au plafond, deux mètres quatre vingt. Avec ses bras, il pouvait toucher le plafond, et c’est ce moment-ci que choisit la fenêtre pour se déplacer comme si elle craignait qu’il ne vint obturer son orifice. Elle se mit carrément à zigzaguer sur le plafond à une vitesse qui l’empêchait de venir l’obturer. Curieusement, elle évitait soigneusement l’endroit où il se trouvait, de peur qu’il ne la coinça en y dressant ses bras. C’était un peu comme le jeu du “casse-briques”, où l’on fait rebondir une balle pour détruire un mur, sauf que c’était lui-même la balle, et qu’à la place du mur de briques, il n’y avait qu’un petit espace de trente centimètres sur cinquante.

Petit à petit, la neige montait vers le toit. Arriva un moment où il ne pouvait plus se déplacer. Alors, la fenêtre se plaça juste au-dessus de lui et l’enterra, puis redescendit à sa place d’origine. De l’extérieur, on voyait, sur le mur de pierre, un grand carré blanc.

Les journaux relatèrent cet étrange accident comme “le plus incroyable phénomène du siècle”, émettant des hypothèses sur un cas unique d’apesanteur localisée.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.