Poésie

Où trouve-t-on la poésie de nos jours? Où est passée la septième compagnie? Mais il suffit d’ouvrir les yeux pour la retrouver, la belle dame oubliée, la belle dame du temps jadis. La publicité lui offre un des plus sûr abris. Mise au service de l’argent et du produit, la poésie crée le comportement, la poésie vante les mérites et la beauté du café XY. Les sentiments asservis à l’argent ont gardé leur merveilleuse humanité, leur merveilleuse poésie. Et pourquoi irait-on contre cela puisque cela va vers le mieux? Mais comme dit Coluche, “Plus blanc que blanc, qu’est-ce que c’est?”. La vérité, c’est que ça ne va pas vers le mieux, ça va vers le plus et donc, quelque part, on va vers le moins. Ni plus ni moins est une expression qui dit bien ce qu’elle veut dire: l’essentiel. C’est de l’arnaque, ni plus ni moins. Pourquoi? Parce qu’un café n’a jamais rendu quelqu’un heureux. Ce qu’il donnait, ce café, c’était un prétexte pour une réunion, pour un rite sacré, pour un instant de partage. Quelqu’un versait le liquide bouillant dans toutes les tasses et chacun buvait. Chacun buvait ce jus noir, qui en lisant le journal, qui en parlant d’actualité, qui, en cousant un tricot, et tous ensemble vivaient heureux car ils vivaient ensemble, car chacun faisait ce qu’il voulait et le partageait avec les autres.
Et la poésie, la si simple, si élémentaire poésie, c’était celle là: savoir vivre et aimer ensemble. À la fois unis et séparés. Et puis la publicité a repris tout ça. Les vendeurs ont réfléchi. Pour le bien de votre enfant. Pour le bien de la famille. Pour le bien de l’individu. Pour le bien de la ville. Pour le bien de la France. Et ils ont tout vendu pour le bien. Pourquoi s’en passer? Oui, pourquoi se passer de ces usines exportées où la main d’œuvre est sous payée, maltraitée? Où est-ce marqué que l’ouvrier a été payé 10 francs de l’heure. Où a-t-on pu lire qu’il était mal logé, mal nourri, mal considéré? Alors pourquoi ne pas s’en passer, de celui qu’on n’a jamais connu? Pourquoi ne pas le laisser bien exclus, dans son univers bien fermé? Pourquoi penser à lui comme à un copain, lui qui ne fait que travailler? Non, de toutes façons, l’ouvrier qui a réalisé ce produit l’a fait dans le luxe, le calme, et la volupté! Normal puisque c’est ainsi qu’est vendu le produit. XY, le produit qui rend heureux les gens qui le font. Non, XY, le produit qui rend heureux les gens qui le sont.
Qu’est-ce qui symbolise le mieux, en cette fin de siècle, notre société si bassement capitaliste, pourrie de fric jusqu’à la moelle, que la publicité? Et alors, la poésie, la vraie, celle que l’on dégage sous une épaisse couche de fric? Eh bien ce sont les sentiments, c’est ce qui reste une fois que l’on a enlevé ce qui gênait. C’est l’amour et toutes ses contradictions. Et l’amour, c’est aussi l’amitié. L’amitié du cœur, quand on ressent ce que l’autre pense, quand on se met à sa place. Quand on ressent des émotions, quand on se remet en question. La vie, c’est la poésie; il n’y a que la mort qui n’en soit pas. Une fois mort, essayez de ressentir des émotions! Alors, la poésie, sachez-le, c’est tout ce qui vit.

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