Un changement peut en cacher un autre

Le cahier des charges pour la nouvelle offre des CMPP de Nouvelle Aquitaine impose aux associations gestionnaires et aux professionnels l'écriture d'un plan d'actions pour se conformer à ses exigences. Malgré les nombreuses voix qui se sont élevées, il devra être rendu avant la fin mai. Se plier à cette écriture est un exercice particulier, qu'il y lieu de nommer.

                                                    UN CHANGEMENT PEUT EN CACHER UN AUTRE

 

                                                                                     POINT GODWIN

 

Et voilà, nous y sommes, nous atteignons le point Godwin, celui de la fin de non recevoir, le point noir de l’argumentation possible, le no man’s land de la relation, signe de l’échec des luttes, des rencontres : j’en arrive à penser que ce qui nous est imposé relèverait d’une logique comparable à celle des administrations nazies.
Il est venu le temps de finaliser le  "Plan d’Actions pour la nouvelle offre du CMPP" , en Nouvelle Aquitaine.
Et cela relève de l’impossible..

 

                                                                                  LE CAHIER DES CHARGES

En décembre 2019, l’agence régionale de santé de Nouvelle Aquitaine produit un « Cahier des Charges pour l’évolution de l’offre des CMPP » dont les conditions d’application sont extrêmement rapides : les gestionnaires disposent de 3 mois pour produire un « Plan d’Actions », 9 mois pour le finaliser.
Le contenu en est provocateur et menaçant, et l’intention affichée est de mettre les CMPP au service de plateformes dédiées au diagnostic et à la prise en charge des TND.
Comme chacun doit savoir, un TND est un trouble du neuro-développement. Les troubles du neuro-développement « se caractérisent par une perturbation du développement cognitif et/ou affectif, entraînant un important retentissement sur le fonctionnement adaptatif, scolaire, social et familial ».
Comme peu le savent en dehors des milieux concernés, un CMPP est un centre médico-psycho-pédagogique, dont la mission est d’accueillir, diagnostiquer, soigner, orienter des enfants présentant des difficultés psychologiques et d’adaptation variées, sur un mode ambulatoire et en partenariat avec les divers champs d’intervention autour de l’enfance en difficulté, à partir de la demande des familles ou des tuteurs légaux; il a aussi une mission de prévention.
Ce sont des structures appartenant au champ du médico-social, financées par la sécurité sociale, et gérées le plus souvent par des associations loi 1901 ou des collectivités territoriales. Elles sont le fruit de la longue histoire de l’aide à l’enfance, entre soutien pédagogique, pédopsychiatrie, psychanalyse , aide sociale, protection judiciaire ….

D’emblée, lire qu’il s’agit de l’évolution de « l’offre » renvoie à un langage commercial, qui sonne faux dans les usages et pratiques de ces structures : un CMPP est un lieu de soutien, d’écoute, où le temps passé et l’élaboration pluridisciplinaire sont des fondements dans l’action thérapeutique.
L’objectif affiché en préambule du cahier des charges est « la qualité du service rendu », et il est demandé aux « opérateurs médicosociaux » que deviennent les professionnels de délivrer des « prestations à visée inclusive. », sur fond de « coopération locale et de référence aux priorités nationales, connaissances scientifiques actualisées et recommandations de bonnes pratiques ». Ce qui pourrait au fond, si l’on veut rester positif, être considéré comme un simple changement de formulation, car le partenariat, la réflexion commune pour accompagner au mieux les enfants, la recherche théorique et scientifique, le souci de l’intégration ont toujours été au coeur des pratiques professionnelles.
Mais tout changement dans le langage a une visée et la provocation n’est pas là.

Elle se situe dans la disparition contrainte de toute référence à la psychanalyse, et l’éviction de toute pratique n’ayant pas pour but le diagnostic, l’accompagnement inclusif à la scolarité, ou la prévention des TND. A noter que la profession de pédopsychiatre y est quasiment annulée; en effet les directions médicales traditionnellement portées en CMPP par des pédopsychiatres sont nommément citées comme devant être confiées à des pédiatres ou neuro psychiatres. Tout juste doit-on exiger de l’un ou de l’autre des connaissances en psychiatrie infantile ou en pédiatrie. Le pédopsychiatre y apparait en fin de liste des médecins susceptibles d’exercer dans l’équipe pluridisciplinaire. Quant aux psychologues, ils sont en quelque sorte priés d’aller se rhabiller en neuropsychologues.

 

 

                                                                            ARGUMENTAIRE CRITIQUE

Si des associations de familles se sont réjouies de ce document et de ses promesses, de nombreuses voix se sont élevées pour critiquer le cahier des charges avec un argumentaire critique étayé qui se peut résumer par les points suivants :

1/sur le plan théorique

- une absence de fondement conceptuel à la séparation entre souffrance psychique et handicap psychique qui sous tend le cahier des charges : seul le handicap psychique lié aux TND serait pris en compte dans la nouvelle offre.
- la méconnaissance évidente d’autres avancées scientifiques et recherches dans le domaine de la prévention et des soins des troubles psychiatriques de l’enfant, avec pour corollaire la disqualification des formations théoriques multidimensionnelles, non congruentes avec la vision neuro-développementale promue
- la négation de la complexité des mécanismes à l’oeuvre dans les troubles et de la pluralité des facteurs étiologiques, pourtant scientifiquement reconnus, sous prétexte de preuves scientifiques et de facilitation et harmonisation des parcours de soins

2/ sur la forme

- l’absence de concertation avec les acteurs de terrain ni les gestionnaires
- la référence tronquée aux textes fondateurs toujours en vigueur (annexes 32)
- l’absence de référence à une étude de besoins sur la région
- la mise à l’écart des médecins dans le dialogue avec l’instance de tutelle, seuls les gestionnaires étant reconnus comme interlocuteurs
- une exigence de changement complet de fonctionnement de la structure dans des délais brefs au mépris de la qualité des fonctionnements en place et au risque de la santé au travail des professionnels.
- la négation de pratiques déjà en place, notamment le travail de soutien aux parents
- la menace explicite de fermeture en cas de non conformité suffisante dans les 9 mois.

 

3/sur le plan concret des pratiques

- l’exclusion des pathologies psychiatriques et souffrances psychiques d’origine non neurologique du champ d’intervention des CMPP
- la discrimination ainsi mise en place entre différentes pathologies et la disparition du libre choix des familles dans l’accès aux soins
- l’affichage d’une distinction arbitraire et non fondée scientifiquement entre troubles légers et troubles du neuro développement
- le renvoi de nombreux patients vers le secteur libéral et l’exclusion des plus précaires dans l’accès aux soins
- l’absence de toute mention concernant les enfants pris en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance, pourtant nombreux dans la patientèle des CMPP.
- l’attribution aux RASED (Réseaux d’Aide Spécialisée aux Élèves en Difficulté) de tâches thérapeutiques qui ne sont ni dans leurs missions ni dans leurs moyens
- l’instrumentalisation des recommandations de bonnes pratiques comme seules légitimes; le sens clinique et la liberté de prescription n’ayant plus de place, balayant un élément essentiel de la déontologie médicale, le praticien étant réduit à un exécutant, le patient n’ayant pas de libre choix.
- la confusion induite par la visée inclusive en tant que relevant d’une approche in situ (dans l’école) : l’espace thérapeutique et l’espace pédagogique confondus, les champs d’interventions indistincts, la confidentialité comme fondement nécessaire au soin disparait, la possible souffrance de l’enfant au sein de la structure scolaire est niée.
- l’inflation imposée des évaluations par bilans au détriment du temps dévolu à l’accompagnement thérapeutique

4/ sur le plan politique

- le cahier des charges s’organise sur des a-priori quant au fonctionnement des CMPP et s’appuie sans doute sur un lobbying actif de certaines associations et organismes de formation, avec la médiatisation parfois outrancière de débats para-scientifiques dans un sens univoque, et l’instrumentalisation de la souffrance des familles, dans le sens d’intérêts financiers divers.

 

               Malgré cet argumentaire conséquent et la mobilisation importante des professionnels, avec l’appui de syndicats, de la FDCMPP (Fédération Française des CMPP), de la SFPEADA (Société Française de Psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent et Disciplines Associées), l’API (Association des Psychiatres d’Intersecteurs), de la FFPP (Fédération Française des Psychologues et de Psychologie) , de la FOF, (Fédération des Orthophonistes de France) ,… malgré des courriers envoyés à la Présidence de la République, aux ministères, à différents élus, les collectifs n’ont pas obtenu l’abrogation du dit cahier. Leur lutte continue et reste à soutenir.
Covid 19 et confinement n’ont eu d’autre incidence que de donner lieu à un report à fin mai de la date limite de dépôt du « Plan d’Actions ».. Certaines associations bonnes élèves avaient déjà envoyé leur plan d’actions fin mars, d’autres même avaient anticipé et violemment imposé à leurs équipes des changements drastiques avec licenciements à l’appui.. d’autres enfin ont mobilisé leurs professionnels pour tenter une écriture à partir du terrain, et utilisent ce temps supplémentaire pour parfaire la rédaction… tout en exigeant de leurs équipes de faire allégeance dans leur écrit au discours porté par l’ARS.
L’ARS s’est d’ailleurs montrée insensible à la manifestation qui a eu lieu le 13 mars dernier devant ses portes et même offusquée de l’existence d’articles critiques dans la presse .

 

                                                                      MALAISE DANS LES ASSOCIATIONS

 

Dans tous les cas les associations gestionnaires, aux profils divers mais dont les projets relèvent tous de l’entraide, du soutien à autrui, de l’humanisme ou de la fraternité, sont prises dans une injonction paradoxale : le maintien du statu quo étant explicitement dénoncé par l’ARS, elles doivent imposer un changement et donc le vouloir, quelle que soit leur perception de l’argumentaire critique envers le cahier des charges.
Il y a là quelque chose de très troublant. Comment peuvent elles adhérer à un projet si peu acceptable démocratiquement et humainement parlant, alors même que ces associations ont une vocation de participation au débat démocratique et à l’élaboration des politiques sociales? Comment peuvent-elles se ranger à une politique si manifestement contraire à leur éthique?
Et d’où vient un tel aveuglement de la part d’organismes fondés par l’Etat et sensés permettre le meilleur soins à tous?

 

                                                                               PROGRÈS SCIENTIFIQUE

Le plus dérangeant est que cela ne fait pas vraiment de mystère. La montée en puissance du discours neuro-cognitif dans le domaine de l’enseignement comme dans celui du soin s’accompagne bien de résistances diverses, mais le mouvement est impérieux, il ne se peut freiner. il y a nécessité de se l’approprier. Il est porté comme étant celui du Progrès, et s’impose en tant que tel.
Les neurosciences qui étudient le système nerveux ont déjà largement pu transposer leurs modèles à bien des approches professionnelles en direction de l’enfance.
L’Education Nationale, mise en demeure d’accueillir tous les enfants porteurs de handicaps, dont les handicaps psychiques, s’est vue attribuer une mission de dépistage et d’orientation qui dépasse de loin sa mission pédagogique. Elle trouve dans les neurosciences des alliées précieuses pour cette mission inclusive et préventive.
Les MDPH soucieuses de distribuer équitablement l’argent public et de trouver des repérages fonctionnels pour leurs décisions d’attribution des compensations du handicap ont vu dans les approches neuro-scientifiques un outil rationnel. En effet les classifications internationales portent au plus haut niveau d’expertise la pratique du diagnostic selon des critères sérieusement objectifs, et les déficiences et incapacités associés s’y trouvent repérées efficacement. .
Les financeurs tutélaires peuvent être satisfaits des modalités d’évaluation et de repérage pour l’attribution des moyens.

Concrètement pourtant cette pratique de la classification diagnostique et du repérage des déficiences et incapacités s’accompagne d’une inflation impressionnante du temps consacré à cette fin. Les acteurs de terrains se voient contraints d’évaluer très régulièrement les enfants dans leurs compétences et défaillances, que ce soit en termes pédagogiques ou psychologiques, et ces évaluations sont redoublées en cas de difficultés par des testing spécifiques, dans divers domaines d’exploration (ergothérapie, orthoptie, psychomotricité, orthophonie, neuropsychologie).
Par la suite les MDPH réévaluent les dossiers déjà longuement rédigés par parents, enseignants et acteurs du soin ou du social pour en vérifier la validité.
Le coût financier des ces évaluations est extraordinaire. Le temps et les moyens dévolus au soin proprement dit et à l’enseignement lui même s’en trouvent réduits.
Les enfant eux, se voient attribuer des diagnostics divers, au nom de l’aide qu’ils sont en droit de recevoir, et qui n’en sont pas moins des formes d’identité imposées, parfois multiples.

 

                                                                                              LOGIQUES DE TRI

Il faut souligner combien les bonnes pratiques professionnelles telles que formulées par la HAS , en ce qui concerne les divers TND, TSA inclus, relèvent d’une logique de tri. Les formulations employées participent d’un langage militaire : dans la lutte contre les troubles TND, il existe en effet des structures de première ligne, de deuxième ligne et de troisième ligne. Les bonnes pratiques s’organisent selon des filières définies, en fonction de critères précis et chaque professionnel trouve sa place comme dans un corps d’armée, selon la ligne où il est placé et les outils de testing dont il dispose. L’enfant sera profilé de manière hyper précise et des arbres de décision permettront de l’orienter dans le soin comme dans le scolaire.
Les financements ne sont pas les mêmes selon les troubles en cause. Par exemple, phobie scolaire et troubles psychoaffectifs ne bénéficieront pas des mêmes moyens que les TND.
Le choix des parents et de l’enfant bien qu’affiché comme déterminant se limitera à ce que l’arbre de décision autorise.
Sur le plan thérapeutique, les logiques de tri ont déjà cours dans le sens d’une perte d’accès au soins utiles, en pédopsychiatrie : par exemple la carence de place en hôpital de jour amène déjà les professionnels à choisir les enfants qu’ils y admettront, en fonction par exemple de l’adhésion manifeste des familles au projet thérapeutique, alors même qu’un autre enfant qui justifierait d’une telle prise en charge se la verra refuser faute de parents assez compliants, et sans même la perspective d’un report à une date ultérieure.
De même, la plupart des CMPP s’étaient donné pour mission d’accueillir et d’orienter toute famille dont l’enfant présentait des difficultés d’adaptation. Le manque criant de moyens donne aujourd’hui lieu à des listes d’attentes préjudiciables et susceptibles de mettre en jeu des logiques de tri.
Le discours médical risque fort tenir lieu de caution à des choix qui relèveront pourtant de la discrimination.

 

                                                                                              UN DÉBAT FALSIFIÉ

Tout cela pourtant semble admis voire identifié à de bonnes pratiques, et l’on a limité le débat à une opposition neurosciences/psychanalyse. Le problème est qu’il n’y a pas d’opposition conceptuelle réelle entre les deux domaines, il y a seulement confusion dans les champs de connaissance.

Les neurosciences ont un terrain d’exercice donné, il s’agit d’étudier le système nerveux.
Elles ont créé des outils performants et du domaine de l’observable du vérifiable, et un marché compétitif s’est organisé autour d’elles. Les dysfonctionnements qu’elles étudient sont reliés aux structures qu’elles se sont donné pour objet de leur connaissance. Mais là où il y a confusion c’est lorsqu’il est énoncé qu’elles peuvent rendre compte à elles seules d’une causalité aux troubles étudiés. C’est la limite de leur terrain de recherche que de s’appliquer au fonctionnement du système nerveux. Elles ne peuvent approcher que les enchaînements logiques et de causalité rapportés à celui-ci. La causalité qu’elles découvrent est ainsi par définition inscrite dans le fonctionnement du système nerveux. Elles doivent faire appel à d’autres disciplines pour étayer ou infirmer la recherche d’autres hypothèses étiologiques.

La psychanalyse inscrit sa pratique dans la relation elle même et son objet d’étude - l’inconscient - est établi comme une fiction utile à l’observation de la relation et de ses transformations. Les causalités qu’elle met en évidence relèvent d’un protocole particulier, qui tire sa validité de l’expérience subjective.
Si elle a pu créer autour d’elle une forme de marché, celui ci a bien perdu de sa compétitivité ces dernières années.
Les hypothèses qu’elle peut formuler quant à la cause d’un trouble du développement de l’enfant sont assujetties à la position subjective de l’examinateur ce qui permet de les relativiser. Il est regrettable qu’au nom de cette relativité on puisse les invalider, car dans la connaissance de l’esprit humain la subjectivité est fondatrice, l’objectivité souvent illusoire voir aliénante.
Elle doit, tout autant que les neurosciences, faire appel à d’autres disciplines pour étayer ou infirmer la recherche d’hypothèses étiologiques.

Dans le débat passionnel qui a voué la psychanalyse aux gémonies, la question de l’autisme a pris une place exceptionnelle. En dire quelque chose est particulièrement difficile car la passion n’est pas éteinte . On ne parle plus de la même chose qu’il y a 30 ans, lorsque l’on parle d’autisme. S’il est communément oublié que ce terme a été forgé par contraction du vocable auto-érotisme, il est aujourd’hui communément affirmé que ce trouble procède d’une causalité neurologique. La plupart des pédopsychiatres ont eux mêmes reconnu que c’était une erreur de considérer que la mère était en cause dans la genèse du trouble autistique. La psychanalyse a été tenue pour responsable de cette faute grave. On ne compte pas les articles produits à ce sujet, l’autisme étant devenu cause nationale, et la litanie est de règle dans quelque article que ce soit, à savoir affirmer qu’il s’agit d’un trouble du neuro développement.
Il convient aussi de dire qu’une difficulté majeure dans l’approche thérapeutique de l’autisme est liée à la souffrance qui l’accompagne, et toute approche un tant soit peu efficace pour soulager cette souffrance, de l’enfant ou de son entourage, doit y avoir sa place.
Dire que la mère est en cause dans le trouble de l’enfant relève, d’un tout autre point de vue, d’un truisme : Un enfant n’existe pas sans mère, cette relation primordiale est à la base de ce qui construit l’enfant. La mère est « cause » de l’enfant lui même, même si pas à elle seule.
Ce qui est très différent de l’idée d’une faute attribuée à la mère : il s’agit seulement de se confronter à cette réalité qu’aucune mère ne saurait être sans défaut dans sa façon d’être mère, à moins d’être une déesse, et que de ces imperfections inévitables, associées ou non à d’autres facteurs, peuvent advenir des conséquences pour le développement d’un enfant Dans ce débat, il semble que la figure inconsciente de la mauvaise mère, qui participe du fonctionnement psychique inconscient de tout un chacun, ait tenu lieu de repoussoir, et favorisé un interdit de penser ce qu’il en serait des impasses possibles de la relation mère/enfant.

Rien ne dit de façon certaine dans le champ de la neuro pédiatrie d’où viendrait que le cerveau ne réponde pas normalement.
Pas plus que le champ de la psychanalyse ne peut expliquer à lui seul pourquoi cette relation mère enfant ne se serait pas installée comme il aurait fallu.
ll y a des hypothèses, liées à des observations. Des champs de corrélation statistiques.
Il y a des convictions chez toutes les mères, pour peu qu’elles se laissent interroger. Chez les pères aussi. De même chez les professionnels. Parfois chez les enfants eux mêmes.

 

Les recommandations de la HAS, et les arbres décisionnels dans le repérage précoce et le diagnostic des TSA, tout comme des TND en général, les tests spécifiques, sont fabriqués sur le principe d’observations standardisées qui tendent à défaire l’impact de la subjectivité de l’examinateur.
Il n’est pas tenu compte du fait que cette position même est un choix, qui n’est pas sans conséquence sur le comportement et les performances de l’enfant examiné.

Ce faux débat s’étend maintenant à tous les TND, avec le champ des DYS, des TDA/H, des Hauts Potentiels Intellectuels et des Déficiences Intellectuelles. Par un tour de passe passe sans précédent, au nom de la prévention et de la nécessité d’un diagnostic précoce des dits TND, on élimine les hypothèses psycho-dynamiques comme causalité possible des troubles en jeu, et on installe des pratiques cognitivo-comportementalistes et médicamenteuses, au sommet de leur approche thérapeutique, car elles seraient plus performantes pour améliorer le fonctionnement psychique.
Le tour de passe passe s’est joué aussi dans une transformation de la temporalité du soin : dans la perspective qui fut celle d’une certaine pédopsychiatrie française, le temps thérapeutique précédait le temps du diagnostic, l’écoute de l’intersubjectivité à l’oeuvre primait : ainsi l’approche thérapeutique autrefois s’engageait d’abord dans le relationnel et installait ses évaluations pluridisciplinaires dans un processus dynamique relationnel.
Pour qui ne s’en tient qu’aux neurosciences, l’inacceptable des pratiques d’alors est énoncé à cet endroit : il n’était pas dit aux parents le diagnostic en cause du trouble, et la thérapeutique adéquate ne pouvait être proposée, faute de diagnostic précis et du fait d’un refus idéologique des approches comportementales. Ce qui s’ajoute au crime de culpabilisation de la mère pour lequel est sacrifiée l’approche psycho-dynamique. S’il est exact de dire que cette position abusive a été le fait d’un certain nombre de praticiens, il est tout aussi vrai de dire que toute causalité d’ordre relationnel constitue probablement une menace pour qui ne peut reconnaître la part de mauvaise mère qu’il y a dans toute mère..

Pour le psychanalyste, l’approche thérapeutique comportementale est antinomique à celle qui vise à un dévoilement de l’inconscient, parce qu’elle vise avant tout la réduction du symptôme lorsque la psychanalyse en cherche le sens caché. Ce qui signifie qu’on ne peut faire l’une et l’autre dans le même mouvement,  mais ne signifie pas que l’une ait plus de valeur que l’autre. L’orientation vers l’une ou l’autre approche thérapeutique relève tant de l’indication du clinicien que du choix des familles.
Pour le clinicien rôdé au travail psycho-dynamique pluridisciplinaire dans l’approche des troubles du développement psychologique de l’enfant, neurologiques ou non, l’inacceptable se situe non seulement dans l’éviction à des fins politiques de sa pratique clinique et de la référence psychanalytique, mais aussi dans la fixation, la contrainte faite à l’enfant de se reconnaître dans un handicap, sous prétexte de l’aider, et avec la menace de l’abandonner dans un système scolaire inadapté à ses besoins si lui-même ou ses parents s’y refusent. Car l’expérience clinique est celle de la variabilité évolutive, de la transformation possible de l’enfant et de son expression symptomatique dans le processus relationnel thérapeutique. Et si l’énonciation d’un diagnostic peut soulager quand il nomme une souffrance ou une difficulté jusque là incompréhensible, elle peut à l’inverse enfermer, lorsqu’elle répond plus à la nécessité d’autrui qu’à l’interrogation de l’enfant relative à son vécu.

L’hypothèse de l’exclusivité de la causalité neuro-psychologique de l’autisme a pu avoir pour fonction — selon une perspective psychanalytique ô combien honnie par certains — le refoulement de la figure de la mauvaise mère.
L’énonciation d’une causalité neurologique pour un trouble concernant le psychisme peut avoir pour conséquence implicite la permanence supposée de l’impact du trouble au cours du développement. Ce qui va à l’encontre des récentes avancées en génétique et en … neuro psychologie… où l’on peut lire de plus en plus clairement l’importance des facteurs d’environnement dans l’expression d’un trouble.
D’où l’intérêt fondamental de l’association des champs de compétence, leur évidente complémentarité.
Alors que la plupart des cliniciens et chercheurs de tous champs de recherche dans les pathologies du développement mental de l’enfant semblent s’accorder sur l’intérêt d’une approche plurielle, l’ARS de Nouvelle Aquitaine tranche, en imposant la vision neuro-scientifique comme seule utile. Et les protestations multiples ne changent rien. Il faut produire ce plan d’actions pour la conformité au cahier des charges, et adhérer à cette vision réductrice sous peine de fermeture du CMPP. La perspective psycho-dynamique a pu offenser des mères, on lui tranche la tête. Tant pis pour la vérité, qui est dans la complexité.

 

                                                                                                      MORITURI

Il ne s’agit donc pas d’une transformation liée à l’évolution des connaissances, pas plus qu’au respect des familles. Il s’agit d’un acte politique dont la visée est beaucoup plus obscure qu’elle ne le donne à dire. Le changement de langage que nous avons évoqué plus haut est un changement notable : imposer un ordre pseudo scientifique, sur un mode injonctif proche d’un discours militaire.
Les instances construites dans l’après guerre pour venir en aide aux plus fragiles sont ainsi prises dans un ordre nouveau qui n’augure rien de bon : les MDPH pourraient bien devenir, malgré elles, des sites opérationnels dont l’objectif pourrait être non plus d’accompagner les personnes handicapées, mais bien de produire du handicap, cible de marchés offensifs. Le moyen en étant la prolongation et la sophistication de phases de diagnostic, avec la multiplication des évaluations au détriment du temps du soin, et l’interdiction de processus thérapeutiques au potentiel transformateur.
L’intérêt de l’enfant et de sa famille est ici bien loin alors même qu’on insiste à faire croire aux parents qu’ils détiennent in fine l’expertise des difficultés de leur enfant et des soins à lui apporter.

Le doute distillé dans les esprits quant à la validité des hypothèses psycho-dynamiques a servi de levier à une soumission de la plupart des gestionnaires, qui peut s’étendre aux professionnels eux mêmes, soumission à un discours monolithique et à un ordre qui ne dit pas son nom :
sous l’injonction du progrès et au nom de la reconnaissance légitimement due aux personnes neuro-atypiques, l’effacement de la connaissance, la discrimination des plus faibles, l’éviction de soins reconnus;
au prétexte de l’amélioration des parcours de soins, la complexité du travail d’accompagnement thérapeutique balayée, au profit d’une rationalisation de la souffrance psychique en la forme de handicaps psychiques et d’une gestion commerciale de ses conséquences.
En demandant aux associations gestionnaires de produire ce plan d’action pour la conformité au cahier des charges, l’ARS fait porter à celles ci et/ou aux acteurs de terrain la mise en oeuvre d’un changement inique, vecteur de régression sociale, sous la menace, et au mépris des valeurs qui les animent.
Mais comment abandonner son travail, les patients suivis, l’organisation patiemment mise en place des équipes?
Ecrire un plan d’actions, alors, défendre la pluralité oui ! et préserver notre éthique.
Mais cela ne suffit pas, il faut adhérer plus nettement nous dit-on, se montrer d’accord … Comment être d’accord avec ce qui nous méprise?
Les acteurs du soin sont ainsi dans les rets d’une organisation à laquelle il n’y a d’autre choix que de se soumettre, fut-ce au prix de leur propre annulation.

Ici se situe le point Godwin

Toute ressemblance avec les difficultés des soignants dans les structures hospitalières, en rapport ou non avec la crise Covid 19, serait purement fortuite.

Dr Pascale FAUVEAU
Pédopsychiatre

 

Sources :

 

http://coordination-defense-sante.org/wp-content/uploads/2017/03/Evolution-Cmpp_cdc_NA.pdf

http://sfpeada.fr/pedopsychiatrie-et-handicap/

https://www.dropbox.com/s/n4u6lw1plg3z62e/SFPEADA-Courrier-de-contestation-Psychiatrie-et-handicap%281%29.pdf.pdf?dl=0

http://www.psychologues-psychologie.net/index.php?option=com_content&view=article&id=573%3Acommunique-ffpp-cmpp&catid=15&Itemid=223

https://federation-des-orthophonistes-de-france.fr/wp-content/uploads/actu-CMPP-mars-2020.pdf

https://handicap.gouv.fr/IMG/pdf/disa-dicom_reperage_tnd_a5_papier_v13juin19.pdf

 

https://cgt-apajh33.org/lutte-cmpp-le-courrier-a-macron/

https://www.lepoint.fr/sante/manifeste-pour-une-pedopsychiatrie-revitalisee-20-04-2020-2372173_40.php

 

https://plus.lapresse.ca/screens/e68369fc-dad1-4e74-9c75-3a34955dbbef__7C___0.html?utm_medium=Facebook&utm_campaign=Internal+Share&utm_content=Screen

 

https://www.bastamag.net/Etat-ARS-demanteler-CMPP-centres-psychologiques-enfants-adolescents

https://www.politis.fr/blogs/2020/03/ethno-historiographie-de-lars-en-nouvelle-aquitaine-34407/?fbclid=IwAR2z3sxSh9xdp6kqeUKKOdVwijyr6boavIi4LhL9r7IcqFkZ5OMLEjxtx-w

https://www.autismes.info/quand-la-maison-brule

https://cause-autisme.fr/2016/12/05/pour-la-defense-de-la-pluralite-des-approches-la-cause-des-parents-et-la-voix-de-lautiste/

 

https://charliehebdo.fr/2020/03/societe/les-cmpp-en-grand-danger/

https://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/enfance-centres-medico-psycho-pedagogiques-region-sont-alerte-1794027.html

https://blogs.mediapart.fr/kaplan/blog/090320/le-monde-selon-lars-nouvelle-aquitaine-0?utm_source=facebook&utm_medium=social&utm_campaign=Sharing&xtor=CS3-66

https://blogs.mediapart.fr/dr-bb/blog/290320/resistances-et-complicites

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