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Billet de blog 22 avr. 2009

Le Docteur Binayak Sen craint pour sa vie

Le Docteur Binayak Sen toujours emprisonné en Inde sous une fausse accusation de militantisme pour la cause Naxalite, rébellion maoïste qui prend racine dans le combat des tribus du Chhattisgar, est malade du cœur.

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Binayak Sen dans le fourgon cellulaire, juste après son arrestation. © Tehelka - Binayak in a prison van

Le Docteur Binayak Sen toujours emprisonné en Inde sous une fausse accusation de militantisme pour la cause Naxalite, rébellion maoïste qui prend racine dans le combat des tribus du Chhattisgar, est malade du cœur.

Il doit être opéré à coeur ouvert, lui, le médecin au grand coeur -" Father Theresa" comme le surnomme son frangin - lauréat 2008 du prix Jonathan Mann award, qui récompense les grands médecins engagés dans une cause sociale (qu'il n'a pu recevoir en mains propres, emprisonné qu'il est depuis mai 2007), soutenu par de nombreux Prix Nobel mais dont l'estime n'a malheureusement pas le poids diplomatique et humanitaire souhaité.

Emprisonné sur une "erreur judiciaire" fabriquée de toute pièce, souffrant, Binayak est en réalité un prisonnier politique, soumis à une intolérable pression. La Police indienne lui refuse l'accès à des soins de qualité, nécessaires pour sa survie. On essaie de lui imposer cette délicate opération dans un des hôpitaux de Raipur, qu'il connaît pour ses déficiences. Binayak, inquiet, n'a aucune confiance en les médecins qui doivent l'opérer, choisis par les autorités. Il demande à être opéré à Vellore, où il a fait ses brillantes études, centre hospitalier réputé pour la qualité de sa recherche et de ses soins. Et surtout, lieu neutre.

La procédure légale de l'Etat le permet normalement à un prisonnier, en cas de grave problème de santé. Et pour une telle opération, il semble tout simplement humain d'être soigné par des équipes de confiance.

La crainte de l'accident médical - provoqué - ou du défaut de soin est ici très forte.

"Father Theresa" redoute aujourd'hui, et je redoute avec lui et les personnes mobilisées pour que sa santé soit considérée et qu'il soit traité avec l'humanité due à tout homme, que les autorités et la police indienne ne profitent de cette opération sensible pour se débarrasser d'une figure charismatique incontrolable, refusant le système d'intimidation imposée aux médecins soignant les populations tribales, les enfants, les femmes et les hommes sans leur demander leur appartenance à un mouvement politique.

Au-delà de la répression qui sévit dans cet Etat de l'Inde, et des lois anti-terroristes bien commodes pour réprimer toute forme d'empêcheur d'oppresser en rond, Binayak Sen doit pouvoir être opéré dans un lieu sûr, où l'éthique médicale et le souci des droits de la défense et simplement d'un être humain soient assurés.

Binayak Sen, engeôlé en dépit des témoignages qui l'innocentent quant à une participation active à la lutte naxalite - mais poursuivi pour avoir soigné un homme clé de ce mouvement, dans le respect de sa vocation de médecin, est aujourd'hui dans une impasse cruelle, si aucune mobilisation humanitaire et soucieuse de justice ne s'élève au niveau international.

Il a été approché récemment par un visiteur mandaté par la police afin de le forcer à accepter d'être opéré à l'hôpital local.

Aux méthodes d'incarcération sur de fausses allégations, de faux procès et d'intimidation, il semble bien que des tactiques plus perverses de pression voire de de liquidation pure et simple sur une occasion médicale soient en train se mettre en oeuvre.

Affiche Have a heart © 

La police indienne est réputée pour ce type de pratiques.

Le crime parfait...

Alors que la mise en production des dernières mises à jour de Mediapart m'occupe et me préoccupe de manière intensive, la pensée du sort de cet homme, Binayak, l'inquiètude de ses frères, m'amènent à écrire ce billet maladroit - qui relativise notre confort ou nos impatiences d'occidentaux un peu gâtés...

L'urgence de la situation est une urgence fondamentale. La mobilisation médiatique est ici la seule arme, pour opérer une dissuasion humanitaire en lieu et place de l'infamie sécuritaire.

Mise à jour du 23 avril 2009 : l'un des frères de Binayak, Gautam, m'apprend ce matin que la décision concernant le traitement médical de "Dada" (autre surnom familial du Dr Sen) risque d'être prise aujourd'hui ou demain par les juges locaux.

Le 27 avril, la demande de Binayak d'être soigné à Vellore sera cependant examinée par la Cour suprême.

Gautam conclut ses mots de ce matin en me disant : " From what I' ve heard about the judges, I don't rate his chances very high."

"D'après ce que nous avons entendu des juges, je ne pense pas qu'il ait de grandes chances".

Tum akele nahin ho !

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Pour en savoir plus : vous pouvez lire

Binayak Sen dans le fourgon cellulaire, juste après son arrestation. © Tehelka - Binayak in a prison van

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