La leçon de syriza et du 11 janvier.

On se demande ce qui pourrait rapprocher la prise du pouvoir par une gauche radicale en Grèce, et un mouvement citoyen, en France, qui contredit le terrorisme.

Nous aurions plusieurs niveaux de réflexion.

Le premier, Syriza, pour gouverner, marie la carpe et le lapin. S'il est impossible de déclencher l'union nationale, sur le rejet d'une politique qui a mis le pays à genoux, si ce n'est couché de tout son long, la gauche radicale a été capable d'écarter ses fondamentaux idéologiques pour agglomérer les volontés de s'affranchir de la domination des forces extérieures, et opposer un front assez puissant pour tenter de mener une politique qui serait adaptée.

Elle se tourne vers un adversaire de toujours, pour prendre l'ascendant sur le véritable ennemi du pays.

Le second, en France, a été la démonstration d'une capacité de mobilisation, qui s'appuie sur l'évidence d'un besoin de la population de reprendre la main sur sa destinée. Ici, elle n'a pas eu de difficulté à s'exprimer contre une violence inacceptable, mais au-delà, on sent désormais une volonté générale susceptible de se cristalliser sur un véritable intérêt commun.

On peut donc imaginer que le rejet clair et net, par une majorité populaire, à droite, de l'ump, et à gauche, du Ps, les deux partis institutionnels qui portent le projet européen néolibéral et protecteur des intérêts financiers, est riche de possibilités, afin de mettre en échec ce qui a abattu la Grèce ici, et veut demain traire les dernières réserves socio-économiques de la France, là.

La gauche radicale en France est concentrée dans des partis groupusculaires, mais son rassemblement fait un nombre qui devient prépondérant, largement s'il déborde sur les exclus du socialisme institutionnel. Il lui faut un pendant à droite, pour l'épauler, on sait que le centre n'existe plus, envahi de socio-démocrates et de libéraux, qui jouent le jeu de la machine en place triomphante.

Qui est adversaire du système bipolaire institutionnel qui maintient un statu-quo délétère, et capable de mobiliser électoralement?

Le FN.

Ici, nous aurions non pas le mariage de la carpe et du lapin, mais du crocodile et de l'éléphant.

Ils ne peuvent s'éliminer, mais par contre, ils peuvent se blesser.

Quant aux théories, on sait ce qu'elles auront d'irréconciliable.

Mais, il faut nuancer.

Le désastre économique et social, généré par la gouvernance néolibérale ump-ps est fatale, irrémédiable et programmé, essentiel et consubstantiel à l'esprit qui anime son système.

La gauche non institutionnelle est tout à fait consciente de la désespérance populaire, de l'impasse à laquelle elle se heurte, en face de la formidable puissance médiatique et financière de la machine néo-libérale, de l'extrême diversité des mécontentements, de la difficulté, voire l'impossibilité de les marier, sur un discours unique et cohérent.

En face, le Fn, bien loin d'être le monstre inamovible que l'on aurait raison de craindre, avoue des tendances à la fois diverses et éloignées, contradictoires, entre souverainistes républicains et fascistes, entre nationalistes réactionnaires et révoltés, uniquement rassemblés sur le rejet de l'establishment, mais si l'on creuse, nourri d'une seule aspiration, la destruction du modèle qui enterre en ce moment le pays.

On aurait donc un espace de discussion, qui va vite s'éclaircir dès lors que les volontés se rencontreraient.

On ne peut se libérer de la mainmise néolibérale sans se concentrer sur le véritable sujet, un projet qui soit facilement d'union nationale, telle qu'elle a été ressentie le 11 janvier, lors de la manifestation contre le terrorisme. Dans ce mouvement général, qui va forcer tout le monde a apporter sa pierre, le Fn, ou du moins, quelques individualités qu'il soutiendrait, ont une place.

Il faut cesser de combattre uniquement un adversaire qui n'est rien, en terme d'influence générale, comme l'a montré aussi le 11 janvier, sinon l'allié objectif de la vision de la gauche radicale, pour se concentrer sur le véritable objectif, abattre la machine à oppresser qui ne fait que se renforcer.

Cette folie alimentée par la médiacratie, d'un danger fasciste illusoire, pendant que le totalitarisme institutionnel, économique, médiatique et politique, ne cesse de s'ancrer dans les institutions européennes et donc nationales, fait grimper les enchères entre, non pas des forces, elles n'existent pas de manière organisée, mais des volontés, dans les deux camps des extrêmes opposés.

Et le néolibéralisme se renforce de la guerre de tranchées que se font les impuissants, qui auraient raison, sinon ensemble, au moins sur la convergence de la considération de la nécessité d'abattre le système en place.

On n'a pas d'autre voie pour se débarrasser du tyran néolibéral.

Il faut revoir à fond sa copie, sur le plan de la stratégie.

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