Quand on confie la santé à une banque

 Je vous écris depuis un centre de rééducation fonctionnelle. Ici, les pathologies sont diverses et graves pour la plupart. : je circule entre les grands brûlés qui osent sortir, les accidentés de la route, les victimes d'AVC, les alcooliques en sevrage, les parkinsoniens, et j'en oublie sans doute, pardon aux oubliés.

Depuis quelques années, le centre est géré par la "Fondation Caisse d'Epargne Solidarité".

Oui oui.

Etant fort sociable, je discute avec les patients qui patientent. Parmi eux, certains viennent ici tous les ans depuis quinze ou vingt ans, et une phrase est récurrente dans leur bouche : "On aurait jamais vu ça sous le docteur X" (l'ancien, le précédent, le vrai, celui d'avant le comptable actuel. J'ai mangé son nom, pardon à lui.)  

Et que voit-on ?

- Les portions alimentaires divisées par trois en quelques mois (le fournisseur est du reste Sodexo. Rien que du bonheur. La nourriture est certes équilibrée sur le papier, mais globalement infecte...) .

- Des patients systématiquements admis la veille des longs (ou courts) week-end : c'est toujours deux ou trois jours que la Sécu financera, jours pendant lesquels les patients n'auront aucun soin, si ce n'est la poursuite de leur traitement médicamenteux assortie d'une prise de sang.

- des kinés sous-payés et en nombre réduits. Maintenant, ils considèrent le centre comme une année de formation complémentaire, et dès qu'ils trouvent un poste ailleurs, ils partent.

- des distributeurs de sucreries un peu partout.

- une télévision dont la location est à un prix prohibitif (mais tout le monde s'abonne, sauf moi, et, miracle, ma voisine de chambre)

- la suppression de la navette qui permettait de faire quelques achats (trop chère sans doute) au village voisin (le centre est ravitaillé par les corbeaux, sinon).

Bref, le centre, encore présenté comme l'établissement public qu'il était il y a peu, est en réalité une entreprise qui roule. A la prochaine découverte... 

 

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