Jacques Dupin est mort mais il est vivant

Beaucoup en ont parlé ici mais j'ai peu vu de textes, alors je les ajoute. (ceux-ci, je les ai trouvés ici : je ne connais pas l'auteur du site, mais je ne pille pas. https://poesiemuziketc.wordpress.com/2012/11/05/jacques-dupin-poemes/)


"Telle douce"

Telle douce et entêtante
à ma porte
l’odeur des brebis

 

les mêmes mots vont
et reviennent, les autres
jamais, les mêmes

 

s’aiguisent se lacent
et se perdent

 

dans la chair
dans le drap du mort

 

j’étais dieu dans le feuillage

 

la membrure de l’ordinateur
a mis le phallus en croix

 

tel le souffle expulsé
du mufle d’un taurillon

 

tel l’effritement du pied
dans la mer


"Qui que quoi"

Qui que quoi dont d’où
la cantilène expulsée
atteindrait le point
où se peut écrire
sans penser

 

il casse une lettre
il ébruite trois
la lettre cassée s’endort

 

quoi relire quoi
merveille
à l’instant de l’air
déchiré

 

et recommence ou commence
à ouvrir la boucle, à éreinter
la monture

 

à piaffer de rire
dans la glu du marigot

 

 

"Le hautbois"

Le hautbois de la béquille
je le serre

 

exorcisé de la peur
un mot dé-
scellé du bloc

 

bonheur de vivre à l’affût
d’être touché par l’infime

 

la route une autre montagne
blesse le mot
prend fin se sacrifie

 

demeure intouchée
du ciel

 

"Le feu et la glace"

Le feu et la glace
les ossements

 

étonnés de luire
de rire et de renoncer

 

théâtre assassin

 

têtes de chapitres
sous le couperet

 

Un dernier graillon
les jours sont comptés

 

le pilon s’active
dans le mortier

 

la pensée pulvérisée
tourne en rond

 

rond de fagots rond
de brasier

 

"Avec quelques-uns"

Avec quelques-uns
ou personne
si je dois je le fais

 

je ne dois rien je le fais

 

l’encre devient invisible

 

l’espace de l’écriture
une cage électrifiée

 

qui soude persécuteur
et persécuté

 

"Le prisonnier"

Terre mal étreinte, terre aride,
Je partage avec toi l’eau glacée de la jarre,
L’air de la grille et le grabat.
Seul le chant insurgé
S’alourdit encore de tes gerbes,
Le chant qui est à soi-même sa faux.

 

Par une brèche dans le mur,
La rosée d’une seule branche
Nous rendra tout l’espace vivant,

 

Etoiles,
Si vous tirez à l’autre bout.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.