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Billet de blog 15 août 2013

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Paradoxes

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Quand vous êtes dans un centre de rééducation médicale, vous ne rêvez que d'en sortir, et quand vous en êtes sortis, vous rêvez presque d'y retourner. Un grand vide se fait en vous, la vie collective qui vous pesait tellement vous manque : on se laisse si rapidement (trois mois dans mon cas) conditionner, et, aussi, on a noué tant d'amitiés profondes (quatre, pour ma part : c'est beaucoup) et d'autres plus superficielles (innombrables).

C'est le premier paradoxe, que j'ai pu constater chez tous ceux avec qui j'étais plus ou moins liée.

Le second concerne les soins. Dans un centre de rééducation, on a des activités diverses indiquées dans un emploi du temps qui change d'une semaine à l'autre. Il ne concerne que le corps : rien pour vous réhabituer à une vie intellectuelle. Tous les amis ou connaissances que j'ai eu le bonheur de me faire étaient tous d'accord pour dire qu'entre leur traumatisme et leur traitement, ils avaient une mémoire défaillante. Je leur recommandais de lire des romans, ils me répondaient que j'avais raison mais qu'ils ne voulaient pas le faire. Ils n'avaient pas non plus envie, au début de leur séjour, de se rendre aux activités de soin, de la sophrologie à la kinésithérapie. Pourtant, ils le faisaient, et y prenaient goût très vite. D'où ma question : pourquoi rien de prévu pour l'esprit ? Soigner un corps en oubliant le cerveau a-t-il un sens ? Là-bas, pas de bibliothèque, cinq ordinateurs pour deux cents patients, aucun lieu propice à la concentration (du bruit et du passage partout, même pour ceux bénéficiant d'une chambre à un seul lit), au point que j'ai abandonné une formation par correspondance qui pourtant me passionnait. Quand prendra-t-on conscience, en milieu hospitalier de séjours de longue durée, que l'humain n'est pas qu'un corps ? Quand du cinéma, des livres, des médiathèques silencieuses ? Quand du papier et des stylos fournis d'office et gratuitement ?

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