L'impossible procès (du nucléaire) au "OFF" d'Avignon

 

 L'Impossible procès ( mise en scène et écrite par la compagnie Brut de Béton Production - Bruno Boussagol à la réalisation, Jean-Louis Debard à l'écriture) se joue actuellement au Grand Théâtre de Montfavet. L'intrigue repose sur les conséquences d'une catastrophe nucléaire imaginaire, entre souffrances et révoltes. Le spectacle dure une heure et demie, avec une seconde partie où viennent témoigner à la barre des personnes issues de la société civile au sujet de leur rapport au nucléaire.

Le premier jour, le lundi 15 juillet,  la première partie s'est jouée devant un public d'une centaine ou deux de spectateurs, et la seconde partie a retenu une cinquantaine de personnes intéressées notamment par l'une des intervenantes, professeur de philosophie, qui a raconté à quel point les écrits des élèves de Montélimar et de la région autour de Marcoule sont des écrits de la désespérance, avec des textes très nettement empreints de désillusion très lucide face au monde qui les attend : maladies, travail hypertechnologisé, société de très haute surveillance, esprit morbide, voire mortifère, des slogans et des développements des idées.

Le spectacle est remarquable par les dénonciations du procureur menant tambour battant cet impossible procès du nucléaire devant un président de séance un peu dépassé (au nom du peuple français, tout de même !...) par l'entière irresponsabilité des gouvernants retranchés sur le Secret défense. La fin est glaçante, quand le prévenu, un haut fonctionnaire de l'État, déclare sa certitude d'avoir raison au nom du dieu Science.

Une pointe de poésie avec une narratrice sensible et fragile à la fois, qui pourrait aussi bien être le chœur antique, la doxa populaire, jouée par la gracile Noémie Ladouce que prolongent les deux témoins, celui de AREVA (Marinette Minne) et la victime (Jean-Pierre Minne). Dans le rôle du procureur (procureuse ?) une Véronique Pilia dont le dynamisme ne mâche ni ses mots ni son énergie face à la lénifiante langue de bois des autorités. Enfin, le noir se fera sur les derniers mots du haut fonctionnaire dont le rire va glacer la salle avant que n'osent retentir les premiers applaudissements.

Il ne faut pas rater ces séances, qui dureront jusqu'au lundi 21 juillet. Réservez vos places !

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