"armer" les femmes ET "désarmer" les hommes

100 femmes tuées par leur conjoint; le décompte se poursuit, effroyable depuis son lancement par le collectif. Et combien avant? Et combien ne sont pas tuées mais survivent au quotidien sous la violence terrifiante? Et combien d'enfants sont victimes de la violence faite à leur mère? L'ouverture de ces décomptes est vertigineuse.

Une anecdote. On est au mois d'août, le présentateur du journal de 13 h d'une grande radio publique annonce qu'un homme a été arrêté au volant de sa voiture avec ses deux enfants assis sur la banquette  arrière et que les policiers ont découvert dans le coffre, le corps de sa femme assassinée. Le présentateur ajoute "les deux enfants vont bien"....

Comment ce type d'énoncé est-il encore possible? Se figure-t-on tout ce qu'il véhicule? Comment peut-on rationnellement, raisonnablement et émotionnellement annoncer que les deux enfants dont la mère a été assassinée par leur père "vont bien"?!

Le discours change, les représentations aussi, grâce au militantisme et au courage de toutes ces femmes victimes ou non de violences et qui les disent à haute voix pour les éradiquer. Mais le travail est immense. Quelques questions qui demandent des débats et des réponses :

Où commence la violence? A la première menace? A la première atteinte? Aux premiers mots qui dévalorisent? cherchent à défaire? à nier ?...?

Comment sensibiliser les femmes à ce qui est violence?

Comment sensibiliser l'entourage (famille, voisins, institutionnels) pour qu'ils puissent agir? prévenir? intervenir?

Comment "armer" les femmes pour que non seulement elles puissent résister mais surtout s'extraire des violences?

Que fait-on pour les enfants dont la mère subit la violence du père? Comment les protéger? Comment les réparer?

D'où vient la violence de ces hommes? Il faut se poser cette question et en trouver les réponses si l'on veut que les lignes bougent. Car il ne suffit pas "d'armer les femmes", il faut aussi "désarmer les hommes". Comment les désarme-t-on?

 

Les décomptes rigoureusement tenus nous amènent au cœur de la violence intime, celle qui s'exprime dans la famille. Mais la possibilité de cette violence intime renvoie au fonctionnement de notre société où la place des femmes dans l'infériorité est globalement acceptée. Le chantier est immense et ne sera pas épuisé par un séminaire gouvernemental.

Tout ce qui va dans le sens du dire est déjà une avancée importante. La mise au jour de cette violence est une première étape essentielle. Elle permet aux victimes de se reconnaitre, de ne plus se sentir seules, isolées. Il est nécessaire de développer les outils de prise en charge thérapeutique, sociale, qui permettent de réparer, reconstruire et véritablement montrer les chemins de la liberté apaisée.

 

 

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