de l'histoire, des femmes, du présent, des femmes, de l'invisibilité, des femmes

Une recherche personnelle, l'offre d'abonnement à Rétronews, une balade dans les kilomètres d'archives de journaux mises ainsi en ligne par la BNF et le constat implacable et renouvelé que la société française baigne dans un machisme bien ancien.

Une recherche personnelle m'a amené à fréquenter le site Rétronews (auquel nous avons un accès offert pendant 3 mois via l'abonnement à Médiapart).

L'objet premier était de récolter des informations sur un grand-père qui avait été journaliste. Le site rétronews, fort bien fait, permet d'accéder à une quantité astronomique d'articles de presse parus depuis 3 siècles. Un moteur de recherche assez fin permet de faire une recherche par mots clés, type de journal, région...

J'ai donc inscrit le nom de ce grand-père en mot-clef et me suis retrouvée avec plus de 600 références. Le site permet une consultation rapide, puisque, chaque fois, le mot-clé recherché est surligné dans la page du journal concerné. Par ce biais, j'ai pu accéder à des informations sur ce grand-père, sur son propre père, sur son oncle, nommément désignés. Des avis de décès, des avis de mariages, principalement permettent ainsi de reconstituer une partie d'une lignée dont j'ignorais tout. Dans ces textes, les figures masculines sont toujours désignées à la fois par leur nom et par leur prénom. Ainsi, un individu trouve son identité restituée. Pour ce qui concerne les femmes (et il y en a nécessairement si l'on parle de lignée....), elles sont systématiquement non prénommées, et désignées en tant que "veuve de" Monsieur, ou "épouse de" Monsieur, ou "fille de" Monsieur. Elles n'apparaissent que derrière leur, mari défunt, ou mari, ou père et si prénom il y a c'est toujours celui de l'homme qui la définit. Une position toujours relative qui n'a pas d'existence en elle-même.

Tout ceci est finalement connu. Et l'on se souvient qu'il n'y a pas si longtemps, la femme mariée n'avait pas accès à un compte bancaire séparé ce qui donnait donc ces formules "Madame prénom-de-l'homme, nom-de-l'homme". C'est en 1965, que les femmes accèdent au droit de pouvoir détenir un compte bancaire personnel et exercer une activité professionnelle sans l'autorisation de leur mari.

Mais en mesurer les conséquences est un chemin sans fin...

Nos années présentes sont le théâtre de mobilisations intenses, de déplacements des lignes qui permettent de (re )mettre en lumière, non seulement les logiques de domination de genre, les phénomènes de violences qui y sont associés mais aussi les parcours, portraits de figures de femmes porteuses de modèles sociaux émancipateurs. Des femmes qui travaillent dans différentes sphères de la société et qui s'y font une place.

Mais le présent est aussi fait des récits du passé. Et les archives ainsi mises en ligne (ce qui en soi est un plus) sont les témoins bien bavards des sociétés du passé installées dans les logiques masculines, de pouvoir, de visibilité, d'existence masculine avec ses pendants de logiques non féminines, d'exclusion du pouvoir, d'invisibilité, de non -existence sociale des femmes.

Il y a quelques années, l'écrivaine irlandaise, Nuala O' Faolain, dans son très beau roman "l'histoire de Chicago May", avait posé ce problème de restituer l'histoire d'une femme, pauvre immigrée irlandaise, à partir de l'absence de documents d'archive. Son livre, passionnant, était la reconstruction à partir de bribes, et du talent de l'autrice. 

Comment parvenir à écrire le récit du passé avec les acquis et outils du présent pour ne pas reproduire les logiques de domination?

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