une interview fondamentale

L'interview réalisée par E. Plenel et M. Turchi d'Adèle Haenel est exemplaire. Elle a laissé le temps de la parole, des silences, des hésitations, des troubles, de l'émotion. Manifestement, l'objectif ne résidait pas dans les mots dits, et cette prise de parole a permis de dire les maux infligés par la violence masculine qui ne se reconnait pas en tant que telle.

Un grand merci au nom de toutes (et tous) à Adèle Haenel d'avoir eu le courage de franchir le pas, de l'image, de l'énonciation publique, de la mise en mots de ce traumatisme, un grand merci à Médiapart d'avoir donné le temps nécessaire.

La parole d'Adèle Haenel est essentielle pour elle, pour dire les faits, dire ce qu'ils constituent, des traumatisme, des victimes.

Une fois la violence subie, on fait quoi?

Le témoignage d'Adèle Haenel nous démontre qu'on commence par écraser, se taire et redoubler par là l'oppression. La voir nous démontre le courage qu'il a fallu pour rompre ce double silence. Celui qui est imposé sur le moment, celui qui s'impose dans les années qui suivent. Beaucoup d'émotions, de place à faire au corps qui a été meurtri, floué et qui s'est construit une carapace emprisonnante. Et là Adèle Haenel, elle fait sauter la carapace et son corps en mouvement parle, dit dans un autre langage les maux.

Et après, on fait quoi? Adèle Haenel plusieurs fois s'est déclarée victime (à défaut d'avoir pu l'être par un système judiciaire construit sur les bases du patriarcat et qui fonctionne sur les mêmes codes) car elle l'est et cette étape de désignation est primordiale.

Des consultations spécialisées ont été mises en place (le site de l'association https://www.memoiretraumatique.org/ les recense) dans quelques hôpitaux en nombre bien insuffisants et elles doivent être développées. Elles permettent la prise en charge individuelle du traumatisme et de ses conséquences.

Mais la réponse ne peut s'arrêter là. Des stages spécifiques ont été mis en place pour les personnes responsables d'accidents de la route (et plus particulièrement avec consommation d'alcool) qui visent à prendre en charge les responsables de ces violences routières.

A quand la prise en charge spécifique des personnes responsables de ces violences sexuelles?

Et le débat public doit se nourrir de réflexions collectives sur la violence des hommes (elle n'est pas la seule mais en l'occurrence elle est majoritaire), son origine, ses conséquences. Une question à brûle pourpoint....ça fait quoi d'être violeur? (A ce sujet et sur d'autres connexes, le podcast "les couilles sur la table" https://www.binge.audio/category/les-couilles-sur-la-table/  avec notamment les interviews de Virginie Despentes).

Le temps des sinistres comptages est dépassé;

Toutes et tous à la manifestation du 23 novembre

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