pour une psychiatrie humaine

Pour une psychiatrie, où chacun, soignant et soigné, soit reconnu et traité dans son humanité.

Parler de soins psychiatriques c'est s'inscrire dans le temps long, insaisissable dans des comptes de gestion annuels si chers aux comptables qui aimeraient faire croire que toute réalité est saisissable dans des évolutions annuelles.

Dans le cas qui m'est personnel, il a été question de dizaines d'années : toutes les années de non prise en charge, de souffrance psychique et de drames non détectés par une médecine généraliste non formée; la dizaine d'années qu 'il a fallu pour qu'un protocole de soins accepté puisse être mis en place. Pendant ce temps, les souffrances, les hospitalisations sous contraintes régulières, les camisoles chimiques imposées ( diagnostic troubles bipolaires ou psychose maniaco-dépressive selon la terminologie suivie)....l'humain là dedans était loin derrière des rideaux de contraintes...puis, enfin, au bout de tant d'années, une prise en charge enfin acceptée : ça veut dire un traitement médicamenteux mais surtout une relation de soins nouée avec un/une psychiatre, des infirmiers formés dans des lieux de proximité. La proximité, essentielle, pour permettre la réactivité nécessaire dans la prise en charge de personnes qui, même avec des traitements médicamenteux, restent des personnes fragiles. La prise en charge psychiatrique a besoin de temps, de paroles, de confiance. Sans ces éléments, ce n'est pas une prise en charge c'est une camisole. La proximité elle existe au sein des CMP, (centre médico-psychologique) structures de quartier de prise en charge où les soignés savent qu'ils peuvent passer, être entendus, accueillis. Ces structures sont à développer, à aider car c'est là que la véritable relation de soin et d'aide sociale peut se mettre en place pour venir réellement en aide aux personnes en souffrance qui en ont besoin.

Et ces personnes en souffrance, quand elles sont prises en charge permettent de lever la souffrance de tout l'entourage, famille, voisins, collègues..... Mais tout ceci est insaisissable dans les statistiques chères aux administrateurs d'hôpitaux ou de ministères....Il faut changer de loupe; changer de regard et faire confiance aux témoignages des malades, des proches, et des soignants.

 

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