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Billet de blog 29 janv. 2016

Ubérisation : symptôme d'une société en quête de sens ?

Juste les réflexions d'une citoyenne suite à la lecture du papier sur le sujet et du re-visionnage de la vidéo associée. Elles sont issues de mon vécu d'agricultrice en vente directe et confrontée au divers modes de commercialisation  : marchés et foires, magasin de producteurs, AMAP, Ruche qui dit oui.

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La Ruche qui dit oui, pour commencer par ce système de plateforme de vente par internet avec livraison en point local. Sur le site on peut lire : « La Ruche qui dit oui, n'agit pas comme un intermédiaire, mais comme un prestataire de service ». Quand un acteur dans un système commercial ponctionne 16,7 % sur les ventes réalisées grâce aux produits d'autres acteurs, n'est-ce pas un intermédiaire ?? Alors, certes, les clients sont souvent inconscients de cela, car ils n'y sont pas directement confrontés. La plateforme informatique ne faisant que leur rendre le service de commander en 3 clics des produits locaux (rémunéré 8,35 % des ventes) et un-e responsable de la ruche locale (rémunéré-e avec les 8,35 % restant) assurant la logistique qui leur permet de venir réceptionner leurs produits. Mais le producteur, lui, en est bien conscient puisque les charges sont assises sur les ventes de ses produits.

Cette inexactitude dans les termes est source de malentendus, a minima. En effet, réalisant des marchés dans la ville où je participais à une ruche, je me trouvais confrontée à la même question de la part des clients des 2 lieux :

- «Mais pourquoi vos produits sont plus chers à la Ruche que sur le marché ? »

- « C'est très simple : j'ai plus de frais à la Ruche que sur le marché : donc les prix s'en ressentent »

- « Mais dans une AMAP, il n'y a pas de frais »

- « C'est exact, mais la Ruche n'est pas une AMAP. Dans une AMAP, le fonctionnement, la logistique, l'organisation et la gestion reposent sur le bénévolat des consom'acteurs et des producteurs (en remerciement, c'est la moindre des choses), qui y pratiquent donc un prix plancher. La présence des producteurs y est obligatoire, vu que l'une des valeurs est de créer plus d'échanges entre producteurs et consommateurs. Ce qui n'est pas le cas dans une Ruche, même si on vous dit « c'est comme une AMAP » ».

Où l'on voit encore que la pédagogie par simplisme est source de confusion, a minima. Je vais donc récapituler mes pratiques de l'époque pour illustrer le propos :

- Vente à la ferme : prix plancher : on est sur place et bon, on ne va pas tenir compte de son temps passé à la vente.

- Vente sur les marchés et les foires : Prix plancher, plus un savant calcul tenant compte des frais de déplacement, des frais de place, du temps de présence sur le marché.

- Vente en AMAP : prix plancher, pour les raisons explicités plus haut

- Vente en magasin de producteurs (mutualisation d'un outil de vente entre plusieurs producteurs) : prix plancher + un pourcentage lié aux frais liés au magasin (loyer ou remboursement d'emprunt, eau, électricité, impôts, chauffage…) et au temps de présence au magasin (présence obligatoire des producteurs à la vente) : c'est la marge magasin. Comme il y a mutualisation, la marge magasin était moindre que celle de la Ruche.

- Vente à la Ruche : prix plancher plus les 16,7 % de prélèvement de fonctionnement (malgré la pression du responsable pour faire baisser les prix, j'ai tenu bon par principe). Sachant que j'y ai fait peu de présence, vu que la plupart des clients passaient prendre leurs commandes en coup de vent...j'ai donc pris l'habitude de faire mes livraisons en express, laissant le responsable gérer les livraisons et réceptions. Ambiance totalement différente de l'AMAP, mais après tout, chacun-e voit midi à sa porte, et je peux comprendre que l'on veuille manger local à moindre temps. Seulement le service se paye, et il serait plus rigoureux de le présenter de la sorte.

Et comment je calculais le prix plancher ? Ben, en fonction de ce que pratiquaient mes collègues ! Depuis l'instauration de la PAC, l'agriculture ne calcule plus de prix de revient ou de vente : c'est le marché qui s'en occupe ! Après, on s'aligne plus ou moins, en fonction de ses pratiques, de sa clientèle, des frais annexes de vente, des volumes...etc. Rester proche des prix du marché (en gros des prix pratiqués par l'industrie agro-alimentaire), en augmentant plus ou moins, afin de tenter de dépasser le prix de revient. Je dis tenter, parce que dans les charges, les agriculteurs comptent rarement leur temps de travail. Là, les prix affichés seraient rédhibitoires ! Ce qui signifie que depuis l'instauration de la PAC, il y a un certain décalage entre le travail fourni et le prix des produits. Ajoutons à cela l'avènement de la société de consommation, et il n'y a plus à s'étonner que le lien entre acheter une pomme et rémunérer un travail disparaisse. La pomme, elle sort de nulle part...du marché mondial, des camions réfrigérés... J'irais même jusqu'à dire que celle des ordinateurs devient moins virtuelle que celles des arbres !

Cette déconnection entre le travail, ce qu'il produit, sa valeur sociale et l'indexation de cette valeur sur la monnaie en cours connaît un paroxysme dans l'ubérisation : l'utilisation de technologie connectée pour être encore plus déconnecté (hors sol) du lien travail-société. Normal, non ? Tout y pousse.

Il y a un seul gros avantage : cette déconnection touchant de plus en plus de secteurs, donc de personnes, et devenant de plus en plus éééééénorme….finira peut-être par nous donner envie d'unir nos efforts, réflexions, idées, expériences pour reposer tout à plat. 

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