Le sommeil de la raison engendre des monstres

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 Le titre de cette gravure de Goya, illustre à merveille la perte de sens et de raison que traverse notre société française déchirée par l'affaire  Dieudonné.

La violence exacerbée qui se déchaine sur les réseaux sociaux montre l'ampleur du malaise dans la France en ce début de XXIème siècle. Les leçons de l'Histoire et de ses pires tragédies ne font plus ni sens, ni socle commun pour la communauté citoyenne. Le web sert de défouloir anonyme à toutes les pulsions les plus abjectes, comme le furent les lettres de dénonciation durant la collaboration vichyste. L'expression de haine raciste ou antisémite n'est hélas pas nouvelle, mais c'est son ampleur qui surprend, démultipliée par la puissance de diffusion d'internet.

Ce qui frappe aussi, c'est qu'elle provient indifféremment de tous milieux et pas seulement de ses dépositaires historiques d'extrême-droite ou d'incultes ignorant le sens des mots et de l'Histoire, c'est à dire le LumpenProlétariat moderne.

L'abject bouffon Dieudonné catalyse ces publics avec une stratégie de communication-provocation particulièrement efficace et donc difficile à contrer dans le contexte de crise et de discrédit des pouvoirs.

Un Jean-Marie Le Pen porte en lui même ses propres limites qui l'empêche d'atteindre certains de nos concitoyens : politicien professionnel et permanent, milliardiaire, tortionnaire en Algérie, catholique radical ....

Dieudonné, lui est un ORNI (Objet Raciste Non Indentifiable) qui ne rentre pas dans les catégories politiques habituelles lui permettant ainsi de ratisser large sans à avoir à s'assumer comme leader politique. La forme est déroutante pour notre République mais pas le fond de son discours qui n'est que la reprise de la théorie du complot judéo-maconnique du Protocole des sages de Sion remasterisé après le 11 septembre 2001 et diffusé virtuellement et massivement par tous les sites conspirationnistes.  

Le gouvernement, comme l'opposition, ne savent pas comment sortir du piège et alimentent par défaut de pédagogie et surtout de crédit cette spirale infernale.

Embourbés par la corruption de part et d'autre, se protégeant honteusement comme dans l'affaire Dassault, incapable de résister à la dérèglementatation financière et à la crise imposée par l'ordre néolibéral, les partis de gouvernement sont ni audibles, ni crédibles pour remettre la République sur ses rails.

Si la fermeté est essentielle face à la haine de l'autre et à la négation de la mémoire historique, elle ne résout en rien la fièvre qui couve profondément et durablement dans ce pays. L'affaire Dieudonné n'est qu'une sombre illustration des effets du désespoir ambiant face à une société en perpétuelle désagrégation sociale, économique et donc humaine.

La peur et  la haine de l'autre ont besoin de ce terreau. La haine de race n'est pas la version moderne de la lutte des classes, mais au contraire, la meilleure façon de se tromper de combat et d'adversaire politique.

Dieudonné n'est que l'idiot utile du capitalisme néolibéral. Les loups de Wall-Street qui n'ont ni religion, ni origine, ni pays, et surtout ni conscience savent que le système néolibéral en raison de sa cruauté doit donner aux petits loups des peuples des raisons de s'entredéchirer afin de ne pas se poser les vraies questions sur ce monde incapable de faire vivre dignement les hommes qui le composent.

L'obscurantisme, les intégrismes, le racisme et l'antisémitisme et même le hooliganisme sont des formes efficaces du contrôle et du conservatisme social. 

Se croire victime d'un gigantesque complot mondial pemet de ne pas comprendre la complexité du monde néolibéral et surtout garanti de ne jamais vouloir le changer. Dans les périodes de crise, le système a besoin d'un Dieudonné ou d'un Beppe Grillo dont ils sont les meilleurs alliés pour que les affaires continuent de tourner malgré les désastres humains et écologiques engendrés.

La gauche par son incapacité à proposer une alternative réelle et à la mettre en oeuvre porte une responsabilité immense de cette ambiance pestidentielle.

Difficile après Cahuzac, de rappeler des vérités même historiques lorsque le mensonge se cache au sommet de l'Etat.

Difficile après Florange, de croire à une volonté de résistance et de changement.

Il reste à espérer enfin une prise conscience et une action citoyenne face à la fièvre qui monte, pour changer durablement l'ordre qui se met en place. Sinon Marine le Pen saura transformer en tempête les vents semés par son ami Dieudonné. Son tournant social, c'est à dire son retour aux sources du fascisme est là pour servir de receptacle aux égarés si divers et nombreux de la quenelle.

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