Logement social de Danielle Simonnet : un passe-droit légal qui pose question

Depuis l'article du Parisien du 26 octobre 2017, la polémique enfle sur la présence d'élus dans des logements gérés par la Régie Immobilière de la Ville de Paris. Le cas de Danielle Simonnet est emblématique, non pas comme la presse s'en fait l'écho de la légalité de ces situations mais des conditions d'attribution de ces logements à la discrétion des maires d'arrondissements de Paris.

poing-droit-au-logement

 

La presse qui se fait l'écho de la question posée par le logement RIVP occupé par Danielle Simonnet pose le problème de façon tronquée en se demandant s'il est légal ou moral lorsqu'on est élu, de vivre dans un logement construit et financé par de l'argent public permettant un loyer minoré de 30 à 40% par rapport au parc privé. La véritable question est le mode d'attribution opaque de ces logements.

Le problème n'est pas l'occupation ce type de logement mais le système d’attribution opaque et express

Syndrome Canal Plus ? Dans les années 90 où fleurissaient les décodeurs pirates pour contourner l’abonnement à la jeune chaine cryptée, on racontait que certains pirates oubliaient leur statut et se plaignaient au service client de la chaine quand ils ne la recevaient plus… Danielle Simonnet semble atteinte de ce syndrome pourtant ancien ? Son exemple est éclairant à cet égard mais il faut reconnaitre qu'elle n'est que l'une des nombreux élus ou des collaborateurs proches qui ont bénéficié ou continuent de bénéficier de logements du fameux contingent à la "discrétion" des maires d'arrondissements de la capitale. 

Ce contingent qui représente environ 20% des logements notamment RIVP, permet aux maires des arrondissements de pouvoir les attribuer sans passer par la longue liste d'attente de près de 150 000 parisiens dont l'attente moyenne est de 10 ans....Ce système opaque et clientéliste qui date des années Chirac puis Tiberi n'a pas été remis en cause par Bertrand Delanoë mais a été fortement limité par Anne Hidalgo et Ian Brossat son adjoint au logement qui souhaitent aujourd'hui reprendre la main sur ces attributions aussi discrètes que problématiques. 

On retrouve à Paris, ce qui a existé ou existe toujours dans nombre de villes de province : un système clientéliste d'attribution des logements sociaux ou assimilés qui est vécu à juste titre comme une injustice par ceux qui attendent des années avant une première proposition. Nombre de municipalités communistes ou RPR notamment, ont longtemps logé prioritairement des militants ou des sympathisants de leur parti avant d'examiner des demandes "apolitiques"....Ce fut aussi un moyen de posséder des bataillons de relais politiques dans les quartiers et de gonfler des adhérents fidèles qui sauront renvoyer l'ascenseur lors de campagnes électorales à venir.

A Paris aussi, sous Chirac et Tiberi, la ville RPR s'est longtemps renforcée sur un mode industriel par ces attributions à des compagnons fidèles, notamment dans les plus beaux quartiers comme le célèbre Vème arrondissement des époux Tiberi.

L'arrivée de Bertrand Delanoë en 2001, si elle a introduit un peu plus de transparence dans les attributions faites par l'Hôtel de Ville, n'a pas mis fin au système opaque du contingent des mairies d'arrondissements.

Les nouveaux maires PS d'arrondissements ont été tentés pour certains de poursuivre les pratiques qu'ils dénonçaient de la part des anciens maires locaux de droite. Les effectifs des sections socialistes ont alors gonflé par l'arrivée de certains nouveaux adhérents plus motivés par un contact direct avec le Maire pour un éventuel logement social que par l'échange politique. Dans un PS parisien très clivé par les rivalités de courants internes, s'assurer une bonne assise locale avec des fidèles logés devenait un gage de stabilité pour certains nouveaux édiles.

Danielle Simonnet était, et reste avant tout une militante de conviction, muée par une réelle conviction de gauche. Mais lorsqu'elle quitte son logement privé en 1999, elle se laisse tenter par cette voie royale et rapide qui permet d'obtenir en quelques semaines un logement social sans passer par ces longues années d'attente. Rien d’illégal mais c’est un peu comme si une cliente d’un supermarché s’insurgeait du manque de caisses et profitait en parallèle d’une caisse spéciale lui permettant de doubler l’ensemble des files d’attentes…

Danielle Simonnet participe depuis 1995, date de son arrivée dans le XXème arrondissement, à la construction du courant de gauche du PS, la Gauche socialiste localement en opposition avec le très droitier maire PS Michel Charzat connu pour habiter les beaux quartiers du XVIème arrondissement....Non élue et jeune fonctionnaire de 29 ans, elle n'a pas conscience d'obtenir un passe-droit face aux citoyens qui attendent désespérément une réponse de logement suite à leur dossiers déposés, mais comme nombre d'élus ou de militants PS locaux ainsi logés, elle se simplifie la vie en s'épargnant une recherche compliquée et onéreuse pour une fonctionnaire débutante et que l'on consacre ses soirées à militer, notamment pour le logement social !

Faire comme d'autres, devient une norme militante à cette époque. Rien d'illégal à passer devant les autres, si cela est permis par ce contingent de logement RIVP. Ce 1er logement, contrairement au PLI "libre “évoqué dans la presse, sera bien un PLA à loyer modéré et non libre comme en 2003...Les mises en garde de certains de ses camarades de la Gauche socialiste n'y feront rien car se loger est effectivement vital surtout à Paris...

Le retour de l'ascenseur ou le prix politique d'un logement RIVP 

Toujours au PS, Danielle Simonnet défend avec fougue des convictions vraiment de gauche au sein de la section socialiste locale et fait progresser avec d'autres militants le courant de la Gauche socialiste incarné nationalement par Julien Dray et Jean-Luc Mélenchon notamment.

Quand se profilent les élections municipales de 2001, Michel Charzat cherche à conserver son siège de Maire du XXème arrondissement et donc à composer une liste socialiste équilibrée entre les courants tout en faisant la part la plus belle à ses soutiens locaux. La Gauche socialiste qui représente la 2ème force interne du PS après la majorité incarnée par Michel Charzat, peut prétendre à être représentée dignement sur la liste PS avec notamment un Conseiller de Paris et plusieurs Conseillers d'arrondissement. Fin tacticien, Michel Charzat saura alors rappeler à Danielle Simonnet qu'elle a pu compter sur lui pour son logement. Danielle Simonnet négociera seule et pour elle même un simple poste de Conseiller d'arrondissement pour elle même, ainsi qu'un 2ème en fin de liste. Elle détruit ainsi le collectif militant de la Gauche socialiste local qui ne se remettra pas de cette trahison pour son propre profit.

Si cette affaire lointaine et très locale peut apparaitre très anecdotique aujourd'hui, elle révèle la face sombre d'un socialisme municipal parisien face à la gestion des moyens puissants d'une ville comme Paris. Dans les pays du nord de l’Europe, les élus et les responsables politiques ne bénéficient d’aucun privilège et restent sous le contrôle strict des électeurs. Le moindre écart est durement sanctionné. Nous en sommes loin et la défiance citoyenne face à ses représentants politiques a hélas de beaux jours devant elle avec ce type de mœurs. Elle est surtout cocasse quand on entend la ligne de défense de Danielle Simonnet qui ose indiquer qu'elle ne déménagera pas aujourd'hui au nom de la lutte contre la spéculation… ayant visiblement oublié ses errements moraux passés dans le PS parisien….

Devenue porte parole de la France Insoumise, il est stupéfiant de relire son programme sur le logement social qu'elle portait en 2014 lors des élections municipales. https://www.daniellesimonnet.fr/wp-content/uploads/2014/01/FdG-Paris-2014-Programme-Logement.pdf?x44140

Cibler uniquement Danielle Simonnet ou les élus de la France insoumise de Paris (ex PS) est à l’évidence une campagne malhonnête, tant sont nombreux ceux qui ont usé de ces passe-droits pour entrer dans un logement RIVP, mais entendre qu'elle refuse de chercher un logement dans le privé alors que les loyers sont aujourd'hui encadrés à Paris et qu'elle gagne 4000€ en tant que Conseillère de Paris (élue sous l'étiquette PS) est choquant pour les citoyens quand on connait les conditions d'attributions de ces logements, notamment à cette période. 

Triste pour les électeurs et les militants de la France insoumise d'être ainsi représentés quand on a soi-même oublié toute éthique politique à un moment de sa vie militante pour son unique intérêt.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.