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Billet de blog 5 avr. 2020

Derrière l'Urgence sanitaire, l'Urgence d'une vigilance démocratique

Derrière l'urgence sanitaire, l'urgence démocratique

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Il faut avoir bien perdu sa fierté, sa dignité, sa confiance en soi pour accepter d’être pucé comme un animal ! VIVE GEOCOVID, notre nouvel ordre mondial …

Il y a quelques semaines à peine, le « Coronavirus » semblait loin, là-bas, en Chine. Puis, inexorablement, il s’est approché de l’Europe, en passant par l’Orient. Nous étions témoins indirects de scènes stupéfiantes de contrôle des aller et venues avec, sans cesse le message paradoxal du caractère essentiellement non mortel du virus, sauf concernant des personnes fragilisées. Ce qui, vu de loin, pouvait être considéré comme lié à un état totalitaire. Et c’est venu.

L’obligation de rester chez soi, du jour au lendemain, que l’on vive seul, malade, ou, à l’inverse trop nombreux dans un appartement. L’ami, l’amant, le parent éloignés, déchirement.

Et c’est venu, la possibilité de ne se déplacer que sur justifications et dans un cadre bien défini. A l’appui de tout cela, tous les jours, en continu, le nombre de cas détectés, le nombre de morts ; des appels de médecins pour prévenir de l’impossibilité d’accueillir tous les malades par suite des complications respiratoires etc… Ce ne sont plus les manques de moyens de l’hôpital, dénoncés en crescendo depuis des années en France qui en sont la cause, mais le nombre de malades. Notons que la carte mondiale non seulement de l’état de délabrement sanitaire des hôpitaux publics mais aussi des difficultés d’un Etat, conflits sociaux, enjeu de conservation du pouvoir, peut être corrélée au degré des mesures extraordinaires de surveillance des déplacements par les pays possédant par ailleurs la technologie nécessaire et, du reste, la pratique de contrôles de populations : Chine, Israël, Russie etc …

Le fait de le mettre en œuvre sans quasiment de prévenance, en sus de provoquer un désarroi voire une détresse psychologique, participe de la solennité de la mise en scène. Par simple arrêté ou décret gouvernemental, la liberté d’entreprendre, d’aller et venir, des Droitssocles de notre fonctionnement constitutionnel sont annihilés. Entendons nous bien : c’est de la brutalité dans le temps de ces mesures qu’il s’agit ici. Se surajoute pour nous le malaise de l’injonction de la collectivité dont nous faisons nous-mêmes partie. Avec la nécessité d’admettre, sans débat, sans critique :

pourquoi, comment se fait-il que des pays en pointe se soient-ils laissé submerger ainsi ? Quelle mise en regard des autres maux qui blessent ou tuent plus sans que cela n’ait entraîné des mesures impératives et pour quelles raisons ? Quelles sont nos valeurs fondamentales dans nos sociétés et quels buts ont-t-il été, dans cette affaire, réellement poursuivis et protégés ? En quelques heures, nous ne regardons plus le voisin de la même façon et comme un suspect de transmission d’une maladie. La personne est ramenée dans ses droits à l’échelon individuel, laissé seul face à l’ETAT mais sa responsabilité, elle, est mise au niveau du collectif de la Nation.

Pour intérioriser une telle frayeur insufflée, distillée à coups de messages, d’ordres, de pénalités, la personne devient le véhicule premier de la soumission collective. Ce ne sont ni les baisses drastiques des moyens financiers aux hôpitaux publics, la kyrielle de fermetures forcées d’établissements ou un manque d’anticipation gouvernementale en termes d’organisation, de prévention voulue ou non qui sont ici en cause, mais TOI, MOI. A l’évidence, la voie de la coupure sociale que nous rechignions à suivre pour préférer une classe, des professeurs qui nous transmettent bien plus qu’un savoir mais leur manière d’être, avec leurs défauts aussi mais qui fait qu’ils existent, montrant ainsi à toutes les générations que la vie vivante est multiforme, eh bien, grâce à un virus, nous ne pouvons qu’accepter des cours virtuels pour nos enfants. Au lieu du collectif de travail, tellement compliqué à gérer à coups de modes de management et
d’instances représentatives du personnel déjà diminuées avec le CSE en France, nous n’avons plus à nous décider pour le télétravail : le virus l’a fait pour nous. Avec les établissements bancaires qui fonctionnent au ralenti, les annonces gouvernementales par messagerie etc… il nous faut plus que jamais devenir CONNECTES. Qui dit connecté, dit TRACE. La définition même de relations sociales se modifie avec l’apprentissage de l’autre vu comme ennemi intérieur et les solidarités, les sacrifices admis, eux-aussi, tant qu’ils ne sont pas colorés de résistance.

Oui, la solidarité, la créativité dont font montre tant de personnes sont mises en exergue tant qu’elles contribuent à montrer les conséquences sociales, sanitaires qui justifieraient des formes de gouvernance drastiques. Pour ces élans merveilleux de générosité, cette inventivité, cette capacité d’adaptation dont font preuve des commerçants, de simples citoyens, le corps médical, mais aussi pour tous ceux devenus en grande difficulté financière, affective …, pour les malades : c’est leur rendre hommage que d’affirmer qu’il ne saurait être toléré une utilisation de la situation vers une dérive de contrôle de la population.

Quoi de mieux qu’un ennemi commun pour resserrer les rangs autour d’un leader. Les chefs d’état de tous ces pays l’expérimentent comme d’autres avant eux.

La résistance s’effectue par le contrepouvoir intellectuel et de réflexion de médecins, qu’il s’agisse du professeur RAOULT à Marseille, des docteurs Sauveur MERLINGHI, Eric SIMONI en Corse alertant sur la généralisation de la possibilité pour les médecins d’accélérer des fins de vie alors qu’on leur refuse la possibilité de guérir avec la chloroquine, ( Corse Matin du 2/04/2020 ), de leurs confrères, par la préservation fondamentale de la liberté de la presse mais aussi au niveau de notre propre capacité de penser, de réagir.

Le virus ne s’attaque pas à l’intelligence, au contraire visiblement.

Mais c’est là, maintenant, que nous allons savoir dans quel type de pays nous sommes. Et c’est là, très bientôt, que nous allons savoir qui nous sommes.

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