PATRICE RAGNI

Abonné·e de Mediapart

6 Billets

0 Édition

Billet de blog 7 février 2020

PATRICE RAGNI

Abonné·e de Mediapart

demande en mariage

une demande en mariage originale en 1973 qui dure en 2020 après des péripéties politiques et autres nombreuses et variées

PATRICE RAGNI

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Eté 1965, j’ai 15 ans, je ne le sais pas encore mais ce sont mes dernières grandes vacances familiales.

Mon père, cheminot, gagne de quoi payer le loyer du HLM et assurer la subsistance d’une famille de trois enfants avec l’aide de ma mère ouvrière. Le HLM flambant neuf quand nous nous y sommes installés en 1960, est alimenté en eau chaude, il y a une salle de bains avec une baignoire sabot et même un petit coin avec une cuvette WC.

Le luxe par rapport à la cité SNCF où nous avions vécu dix ans à quatre puis à cinq dans trois pièces au premier étage d’une maison sans eau chaude, sans salle de bains, avec des WC à la turque, au froid, au rez de chaussée, une incitation forte à la constipation.

Le grand luxe par rapport à la cité ouvrière de mon grand- père sidérurgiste, avec les WC dans une cabane au fond du jardin.

Mon père est chef de train donc quand il est de service tôt le matin il est libre l’après- midi et quand il est de service l’après -midi ou le soir il est libre le matin. Parfois il est libre toute la journée quand un trajet lointain l’a maintenu pendant deux jours, trop loin pour faire l’aller et le retour en vingt- quatre heures.

Les syndicats ont obtenu de la SNCF ce repos compensateur pour cette contrainte de « roulants » en service la nuit, les weekends ou les jours fériés.

Les maîtres des forges ont refusé eux à mon grand -père jusqu’en 1906 tout jour de congé hebdomadaire, jusqu’en 1936 tout congé payé annuel, jusqu’en 1956 la troisième semaine de congés payés, jusqu’en 1965 la quatrième semaine. Leurs ouvriers et employés, de surcroît, partent en retraite à 65 ans, sans régime spécial malgré la pénibilité, la dangerosité de certaines professions.

Les sidérurgistes, une très large majorité de la population de LONGWY, la cité du fer en 1965, sont soumis au rythme des « trois- huit » imposés par les hauts fourneaux qui fonctionnent en feux continus, eux aussi jour et nuit, tous les jours de l’année.

Les « trente glorieuses » ont été une période de paix et de prospérité pour les rescapés de deux guerres mondiales et de plusieurs guerres coloniales, ainsi que pour les baby-boomers trop jeunes pour être concernés par ces conflits. Le développement technologique a réduit la pénibilité de certaines tâches dans l’agriculture et l’industrie dès les années 50. L’électro- ménager a été progressivement accessible à un grand nombre de familles. Pour la télévision et la voiture les ménages de la France d'en bas, y compris avec deux salaires comme mes parents, ont dû faire preuve de plus de patience et attendre la fin des années 60.

Les privilèges d’hier, que les révolutions devaient abolir entre maîtres et esclaves puis entre nobles seigneurs et pauvres serfs, entre royalistes bien nés et républicains du commun des mortels, puis entre colonisateurs et colonisés, puis entre prolétaires et bourgeois, se sont transformés en fracture sociale d’aujourd’hui.

Les citadins premiers de cordée des beaux quartiers mondialisés ignorent les gilets jaunes des territoires périphériques.

L'exode massif des ruraux vers les mines, les usines puis les emplois de service qui réclament une main d’oeuvre abondante a vidé les villages, exterminé les petites communes. La logique libérale capitaliste a réduit drastiquement les effectifs de la classe ouvrière durement frappée par le chômage massif, mais aussi ceux de la paysannerie, condamnant les agriculteurs à la misère voire au suicide.

L'ère du productivisme (Serge Audier) efface les mémoires historiques et géographiques régionales, allant jusqu'à rebaptiser CHAMBOIS et tant d'autres communautés qui meurent sans un mot d'éloge funèbre quand elles ne sont pas le lieu de naissance d'un Michel ONFRAY.   

Les blocs de grands ensembles sortent de terre dans les années 60 et poussent en hauteur jusque dans les petites villes comme LONGWY pour accueillir le petit peuple que les générations successives d’immigrés grossissent chaque année. Les HLM sont plus confortables que les corons ; des lycées mixtes ouvrent leurs portes aux générations nombreuses de baby -boomers, garçons et à plus en plus de filles. Une minorité d'enfants d'ouvriers échappent aux écoles ménagères et aux centres d'apprentissage des USINES et accèdent comme moi à l'Université à la fin des années 60.

Les congés payés ont opéré une rupture dans les mentalités introduisant l'idée que le travail ne devait plus saturer totalement les emplois du temps de la vie et qu’une période de repos pouvait être consacrée à autre chose que la restauration de la force de travail.

Partir en vacances, se divertir et pas seulement lors de fêtes et processions religieuses, faire apparaître sous les pavés la plage, inventer une nouvelle société, changer la vie, sont des aspirations que les slogans politiques vont exploiter. 

La retraite à 60 ans est une revendication majeure très partagée car beaucoup de métiers pénibles, dangereux, épuisent les sexagénaires qui parviennent à 65 ans sans dommage liés aux coups de "grisou" et autres nombreux accidents du travail. Les seniors du troisième âge meurent pauvres en 1965 sans profiter longtemps de la solidarité inter générationnelle des cotisations retraite de leurs enfants et petits- enfants.

Il faudra attendre les années 82/2000 pour voir le temps de travail diminuer à nouveau (retraite à 60 ans, cinquième semaine de congés,39H puis 35 heures par semaine)

Jeremy RIFKIN n'a pas encore écrit en 1965 son best-seller sur la fin du travail et l'idée d'un partage du travail, voire d'une réduction à

32 heures du temps de travail hebdomadaire, ne fait pas encore partie des programmes des candidats à la présidentielle. Pas plus que l'idée d'un revenu minimum universel pourtant envisagé par Thomas PAINE dès la fin du XVIII ième siècle.

 Cependant une civilisation des loisirs se met en place dans les années 60. Elle ne réduit pas les écarts entre les classes sociales laborieuses du métro-boulot-dodo et celles qui peuvent partir en vacances et fréquenter les musées, les théâtres et les restaurants étoilés. Mais un ascenseur social fonctionne au profit d'une classe moyenne issue du petit peuple.

Je fais partie en 1965 de ce petit peuple mais je possède un double avantage : un père cheminot et une mère italienne, immigrée en France depuis son mariage, permettent à ma famille de partir en vacances tous les ans et parfois deux fois par an. Le transport en train est gratuit y compris en ITALIE et l’hébergement peu onéreux, chez les frères et sœurs de ma mère à MILAN et ROME ou dans les Marches proches de la côte Adriatique.

La différence de niveau de vie dans les années 50/60 entre les deux pays met les hôtels restaurants, « pensione di famiglia », mais aussi les vêtements et chaussures italian style, voire les bijoux en or à portée du budget familial.   

Quand il est libre de ses obligations SNCF, mon père exerce un second emploi à temps partiel payé au smig (qui deviendra le smic en 1970) dans  une entreprise de déménagement. Ma mère elle n’a pas de repos compensateur. Mon père étant en permanence soit dans un train soit dans un camion de déménagement, elle doit assumer seule l’entretien de la maison et la charge de trois enfants, tout en contribuant aussi au revenu familial.

Couturière jour et nuit un temps, puis vendeuse de fruits et légumes sur les marchés au petit matin, elle a ensuite choisi de distribuer les journaux au porte à porte avec mon père. Pour cela il faut, à cinq heures du matin, aller chercher en vélomoteur au dépôt le stock de journaux et magazines à distribuer à pied, dans les boîtes aux lettres d’un des quartiers de la ville. La neige, la pluie, les températures lorraines sur le plateau du PAYS HAUT que le réchauffement climatique n'a pas encore modifiées, peuvent compliquer et faire durer la tournée. Mes parents font le job à deux ; ma mère est de retour pour préparer le petit déjeuner pendant que mon père termine seul.

Ma mère comme les ouvrières illettrées que méprise un président de la République n'a pas les moyens de se faire aider par une femme de ménage comme les femmes médecins, mais elle élève ses enfants sans les confier à une grand -mère comme la mère d'un président de la République.

Quand mon père est de service dans un train, c’est à moi l’aîné de participer pour aider ma mère, surtout le weekend et pendant les vacances scolaires et parfois avant d’aller au collège Il m’arrive aussi d’aller livrer à un des tailleurs patrons de ma mère les pantalons qu’elle coud inlassablement. Ce tailleur a une boutique à METZ. Il paye ma mère 12 francs par pantalon et je découvre, avant d’avoir lu MARX, au prix du pantalon affiché dans la vitrine, l’illustration du concept de plus-value.

Fils de cheminot je ne payais pas le train Longwy Metz et ma mère me laissait une partie des 24 ou 36 francs de son salaire en récompense de la livraison de deux ou trois pantalons, pour payer le bus domicile-gare et m’acheter dans une des pâtisseries du centre -ville de METZ de quoi patienter jusqu’à l’heure du train du retour. Habillé d’un costume taillé sur mesure par un cousin salarié du tailleur messin puis cousu par ma mère, avec des chaussures et une chemise achetées bon marché pendant les vacances italiennes, je jouissais de l’intérêt des élégantes clientes pour ce grand garçon inconnu qui venait tout seul s’acheter son quatre heures….

C’était bien plus agréable que la tournée des journaux d'autant qu'en marchant à pied pour économiser le prix du bus ou en rognant quelques sous sur la dépense des gâteaux, je me faisais un peu d’argent de poche.

Une fois par mois je m’en faisais plus lors de la tournée, non pour distribuer la presse, mais pour encaisser un mois de livraisons quotidiennes. Et là encore j’apprenais que la générosité des pourboires était indépendante de la fortune des clients qui arrondissaient plus ou moins la somme due sans me demander de rendre la monnaie. 

 L’été, la tournée, une fois dépassé le réveil en plein rêves, est un moment agréable à vivre. Conduire la charrette peut être un jeu quand mes petites sœurs sont de la partie : le ciel est clair et la fraîcheur nocturne s’estompe vite. Pour ne pas ralentir le rythme, nous installons la benjamine dans la charrette, lourde au départ du poids des deux titres des quotidiens régionaux, de la presse parisienne, des revues et magazines à distribuer Mais en fin de tournée la charrette se vide, elle roule sans effort ou presque sur les trottoirs qu’il est facile de descendre et monter en accélérant pour faire sursauter le corps poids plume de Brigitte la passagère, au large dans son habitacle avec les seuls exemplaires invendus.  

C’est au cours de cet été 1965 que j’ai appris que la FIFA avait choisi LONDRES pour la WORLD CUP de l’été suivant.

Je cherchais une idée pour ne plus partir en vacances en Italie ou sur une plage bretonne ou méditerranéenne, pour ne plus partir nulle part avec mes parents car à 15 ans le moment me semblait venu de découvrir d’autres horizons, et un en particulier, situé sur l’autre versant de la sexuation humaine. Comment oser aller à la rencontre de ce continent dit noir, inconnu, intimidant, sous le regard permanent, la surveillance de parents en congés payés, libérés de toute autre obligation professionnelle ou domestique ?

Je n'ai pas été aidé par une prof de théâtre :  je n'ai jamais été séduit ni essayé de séduire une prof mère de trois enfants, quand j'étais lycéen. Je n'étais pas assez intelligent pour envisager un tel exploit. Je n'ai jamais hésité entre le théâtre, la philosophie, la finance et la politique, seul le sport m'intéressait, au contraire d’un président qui n'a ni le corps ni le coffre vocal d'un prof EPS, habitué à crier des consignes d'un bout à l'autre d'un gymnase ou d'un stade.

Donc je suis sexuellement, intellectuellement, physiquement dans l'impossibilité de voter MACRON, y compris après avoir entendu ses pseudo excuses à ma mère et ses collègues ouvrières, sans un mot pour les gilets jaunes éborgnés, membres arrachés, emprisonnés, verbalisés, pour avoir osé manifester.

Même s'il était aussi intelligent que VAUQUIEZ et les autres majors de Normale SUP, où par deux fois il a échoué à entrer, je ne voterais pas MACRON car, de petites phrases en grandes décisions, il cible les faibles et favorise les puissants qui sans même traverser la rue ont autour de leur berceau les bonnes fées ou dans leurs carnets d'adresses des paradis fiscaux qui maintiennent et accroissent leurs privilèges.

Je pouvais quitter un restaurant sans régler la note quand j'étais jeune et sans le sou, mais dès que j'ai eu de quoi payer j'ai ajouté un pourboire pour le serveur au montant de l'addition ; j'ai toujours été incapable de trahir un partenaire surtout celui qui m'aurait sorti de l'anonymat et mis le pied à l'étrier.

Je ne plains pas cependant l'arroseur arrosé prédécesseur de MACRON. Un ex secrétaire de parti qui pendant onze ans a dirigé un panier de crabes ou un troupeau d’éléphants, en faisant croire lui aussi que son ennemi c'était la finance. Suicides de conseiller présidentiel ou de premier ministre, détournements d’argent public, affaires à répétition ( MNEF / ELF/ CAHUZAC ) viol de femme de chambre,  les hollandais sont les  dignes héritiers des mitterrandiens. Le père d’une Mazarine longtemps interdite de prononcer   le mot papa  en public  a su dresser l’un contre l’autre des Fabius et Jospin aux dents longues, mettre à distance un Delors ou un Rocard avec la complicité d’un Tapie, jouer de la  manipulation florentine d’un LE PEN ou d’un Harlem Désir pour  réduire l’électorat communiste, diviser la droite, abuser les bons sentiments d’un peuple  déboussolé par la complexité du croisement  des préoccupations sociales et identitaires .

Je ne plains pas un père de famille qui présente à la télévision sa maîtresse comme la femme de sa vie, avant de partir en scooter vers une autre actrice de son roman sentimental.

Jamais je n'ai menti à huit finalistes en leur faisant croire qu'il y avait quatre places sur un podium donc reprocher à des millions de jeunes français de ne pas viser une place de milliardaire est pour moi une tromperie pire que celle de la disparition de la lutte des classes.

Mais j’arrive à comprendre que des électeurs soient bernés car avant le tournant de la rigueur en 1983 j’ai voté PS ; pourtant le général de GAULLE à l’ORTF, Jean Paul Sartre au lycée, m’avaient averti répétant qu’entre les gaullistes et les communistes il n’y avait RIEN. Et mon grand-père et mon père quand ils évoquaient les socialistes avaient des mots bien plus durs, social –traître étant le moins injurieux.

Comment partir seul l’an prochain à 16 ans à la conquête du sexe opposé puisque pas une prof du lycée ne hantait mes nuits ou n'était sensible à mon charme ?

  La solution des camps d’adolescents n’était pas une option à ma convenance.

J’avais trop vu de petits colons sur les plages de PESARO RIMINI BRIGNOGAN ou du CAP AGDE avec des temps de baignade chronométrés, entre la fin de la sieste obligatoire et le retour pour la douche avant le dîner, par petits groupes, dans un espace restreint, cerné de bouées.

Les siestes, ma sœur cadette Lorette et moi savions les raccourcir en avançant les aiguilles de l'horloge située au-dessus d'un meuble-armoire à pharmacie sur lequel il suffisait de grimper à l'insu de notre mère. Mais la fois où nous avons raté la manoeuvre et dans notre dégringolade emporté un flacon de mercurochrome, nous avons eu droit à la main leste de la moth's, notre mère, dès qu'elle a compris que le rouge qui nous tachait n'était pas du sang.

J’avais besoin de la plage entière pour trouver des coquillages rares tôt le matin et de vagues toute la journée pour me faire peur, sans coup de sifflet pour réduire mon espace et mon temps de baignade.

La bonne solution était le séjour linguistique hébergé dans une famille. Londonienne de préférence, puisque la FRANCE disputerait les trois matches de poule à WEMBLEY.

Je savais que Mr POINSOT le prof d’anglais proposait aux parents de ses meilleurs élèves d’envoyer leur progéniture en stage linguistique. Dès la rentrée scolaire de septembre je concentrais toute mon énergie sur une seule matière et je devins le meilleur élève de         Mr POINSOT qui convainquit mes parents de m’envoyer à Hastings      ( Sussex) pendant la durée de la coupe du monde . Il obtint même une réduction des frais en excluant le transport aller- retour de la somme à acquitter, puisque je pouvais y aller gratis en train, avec seulement la traversée en Hovercraft à ma charge. Un argument qui acheva de décider mes parents. Dégâts collatéraux de cet investissement exclusif sur l’anglais et le football, mes notes dans les autres matières me valurent un redoublement de la classe de première et une orientation en filière littéraire puisque mon projet était le professorat d’EPS.

Ma mère qui n'avait pas fait d'études surveillait de très près mes résultats scolaires. En primaire j'avais le droit de ne pas être TOUJOURS le premier de la classe puisque j'étais ami avec BERNARD le fils de la directrice de l'école et d'un commandant des douanes ; ma mère encourageait fortement cette camaraderie et me laissait peu d'autre liberté pour sortir jouer dans la rue avec les enfants du voisinage de la cité ouvrière, écoliers moins brillants.

Premier ou second c'était possible et j'avais alors droit à des compliments, des récompenses, voire à des visites surprises de ma mère à la sortie de l'école m'attendant avec mes gâteaux préférés. Mais je n'avais pas le droit d'être troisième, donc la fois où cela m'est arrivé je n'ai pas osé rentrer chez moi, craignant la réaction maternelle ; je me suis caché ......dans une grande poubelle dans le jardin où ma mère folle d'inquiétude a fini par me découvrir.

Cela me valut une double peine, pour les notes et pour ne pas être rentré à l'heure. Je n'ai plus jamais dépassé la seconde place du classement car ma mère après cette alerte se mit en tête de me faire prendre des cours particuliers. Ils firent effet puisqu' en classe de sixième avec Bernard nous avons décroché le prix d'excellence réservé aux élèves trois fois félicités par le conseil de classes.

En classe de cinquième j'obtins encore deux fois sur trois les félicitations puis à partir de la quatrième je suis rentré dans le rang des élèves moyens qui passaient de classe en classe avec ou sans le tableau d'honneur, sans redoublement, sans orientation vers le centre d'apprentissage de l'USINE ou le lycée technique qui délivraient à tour de bras les CAP et BEP réclamés par les employeurs d'adolescents, qui à 14 ans puis 16 ans, faisaient leur entrée dans la vie active. Un progrès puisque jusque 1922 les " mousses" de moins de 14 ans travaillaient en usine et après 1922 la loi autorisait encore les commerçants et les agriculteurs à employer des enfants. Les ascenseurs " interdits aux animaux et aux mousses" des usines sidérurgiques devenues des musées  gardent aujourd’hui encore les traces écrites de ces avertissements placardés dans toutes les cabines .Des mineurs de fond de la génération de mon grand-père ont débuté avec des camarades de travail plus anciens recrutés  dès l'âge de 10 ans voire 8 ans ( la loi de 1874 limitait sans l'interdire  l'emploi des moins de 12 ans, celle de 1892 fixait à 60 heures par semaine le temps de travail maximum des adolescents de 16 ans)   

La durée du travail diminue mais les arguments économiques pour s’y opposer restent inchangés depuis 1874. Les gains de productivité doivent aller à la conquête des marchés et aux dividendes des propriétaires et ou actionnaires, pas aux travailleurs qui libérés de leur asservissement pourraient s’instruire des conditions de leur exploitation et remettre en cause « le travailler plus pour gagner plus », ou l’obsolescence programmée et la frénésie consumériste.

En classe de seconde en 1965, à 15 ans, j'ai perdu ma place de titulaire dans l'équipe de foot du club local donc je me suis éloigné de mes ex co-équipiers, et dans le même temps, en entrant au lycée, j'ai du peu à peu renoncer à des fréquentations nées au collège d'ex camarades qui au centre d'apprentissage, au lycée technique ou dans la vie active, évoluaient vers des univers socio-culturels distincts de ceux des candidats au baccalauréat et à l'Université.

Cette période sans gratification, ni sportive ni scolaire, me fragilisa narcissiquement au point qu'en 1966 quand le conseil de classe de première décida mon redoublement et mon orientation vers un bac B littéraire, moins valorisé que le bac C scientifique, j'aurais pu sombrer dans une crise d'originalité juvénile post-pubertaire et céder aux comportements fréquents de camarades lycéens, sans autre projet que la consommation de tabac, d'alcool, lors des sorties du samedi soir.

Grâce à la FIFA et aux encouragements de mes profs EPS qui m'ont révélé mes qualités de sprinter et incité à prendre une licence dans un club d'athlétisme, j'ai retrouvé assez de confiance en moi pour courir vite, obtenir de très bonnes notes en anglais et décider d'assister à la coupe du monde en prenant le train tout seul pour mes premières vacances d'été sans mes parents, à HASTINGS. 

Cet été 1966 fut plus qu’à la hauteur de mes espérances, mis à part l’élimination de la France au premier tour après trois matches face au MEXIQUE, à l’URUGUAY et l’ANGLETERRE, futur vainqueur. J’assistais fasciné à ces trois rencontres dans un WEMBLEY sans hooligans mais enflammé par les fans et supporters anglais, dans des tribunes colorées sud-américaines. Un spectacle inouï pour moi qui ne connaissais que le stade de SEDAN et n’avais en mémoire qu’un seul match international « France Italie » dans le vieux stade de Colombes.

Ces trois matches imposaient des aller-retour en auto stop HASTINGS LONDRES. Départ après les cours du matin obligatoires, retour dans la nuit. Ils auraient suffi à faire de l’été 66 un été réussi mais outre l’auto stop et le football de haut niveau, je fis une autre découverte. Mr POINSOT n’était pas le seul correspondant de l’organisme qui gérait les séjours linguistiques à HASTINGS ; un autre prof d’anglais, suédois, envoyait lui aussi ses bons élèves à HASTINGS et parmi eux des lycéennes bien plus blondes que les françaises et plus accessibles que les petites anglaises, souvent « girl friend » de teddy boys prêts à la bagarre si un latin lover frenchy s’approchait trop d’elles.

L’été 1967 je n’ai pas hésité longtemps. Je savais faire de l’auto stop, j'en avais refait pour retourner à Londres à Pâques avec un copain qui payait le train. En juillet j’ai repris le train seul, gratis pour HASTINGS, jusqu'au 11  BLACKLANDS DRIVE où habitait STELLA WOODHEAD ma logeuse de 1966. Elle m’a hébergé à un tarif amputé de la part prise par les organisateurs de séjours linguistiques, et m'a trouvé un travail le matin dans une ferme où je binais des betteraves, en lieu et place des cours compris dans le programme des stages. L’après-midi, avec Pierre Chabreyron le toulousain, était réservé au football dans les parcs municipaux et le soir au club WITCH DOCTOR nous étions à la disposition généreuse des Suédoises grâce au salaire du matin dans les champs.

L’été 1968, je venais d’obtenir mon bac, les cendres de MAI brûlaient encore, tout semblait possible : je savais dans quel pays vivaient des paquets de jolies blondes, j’avais recueilli des adresses précises à TRARYD ou JONKOPING, je me suis mis en route pour la Suède, en auto stop encore puisque Jacky un lycéen camarade de classe, payait le train.   

En été 1969 je n’ai pas eu besoin de me déplacer hors frontières. Marie, une des Suédoises de HASTINGS en vacances en FRANCE m’avait donné rendez-vous à NICE. A la rentrée de septembre je suis tombé fin con amoureux d’une jeune auxiliaire EPS dont le fiancé habitait Toulouse ; j’ai tenté toute l’année universitaire de la faire renoncer à son mariage, sans y parvenir, en insistant pourtant jusqu’à la gare d’AUSTERLITZ où je l’avais accompagnée sur le quai en espérant que le train ne partirait pas, puisque tous les ans depuis ma naissance (et c'est le cas encore en 2020) la SNCF se mettait en grève.

Les feux à l’arrière du dernier wagon finirent pas disparaître dans l’obscurité mais ils restèrent longtemps allumés dans ma mémoire pour me brûler le cœur.

L’été 1970, 13 000 kms de stop aux USA avec 90 $ en poche me permirent de mettre à distance ma déconvenue sentimentale.

Eté 1971.De nombreuses Belges Allemandes Néerlandaises transitaient en juillet août par le Luxembourg et la Lorraine. Les garçons belges avaient, ont, un humour festif ravageur apprécié de leurs copines qui connaissaient et déjouaient les plans drague des Français frontaliers. Les Luxembourgeoises étaient inaccessibles sans voiture de luxe et tenue de soirée. Les Allemandes étaient sensibles aux déclarations poétiques dont ne s’embarrassaient pas leurs amis buveurs de bière donc je connais encore par coeur aujourd'hui des strophes de DIE KAPELLE de ludwig UHLAND.

Les Allemandes étant plus proches de la MOSELLE que du nord de la Meurthe et Moselle, nous les Longoviciens nous rabattions sur les Hollandaises qu’un petit cadeau, une simple fleur, suffisait à stopper sur la route des vacances, car leurs boy friends étaient réputés pour leur radinerie.

A l’aller il était difficile de les retenir en Lorraine mais au retour, les accompagner sur les plages de la mer du NORD m’a permis de découvrir Scheveningen. 

Eté 72 je viens de battre à 22 ans le record de lorraine du 400 mètres et de me qualifier pour la première fois pour les vrais championnats de France. Ceux des seniors réservés aux meilleurs quarter milers du pays. Cela retarde mon départ en vacances en auto stop en GRECE avec une nuit du 5 Août à la belle étoile, dans les bois de TRIESTE qui soudain s’embrasent.

SEPTEMBRE NOIR vient de dynamiter l’oléoduc. Un échauffement avant le carnage, un mois après le 4 septembre à Munich, des athlètes olympiques Israéliens.

L’été 73, début juillet je suis admis au CAPEPS. J'ai 23 ans, c’est mon dernier été d’étudiant. Je me suis promis en été 1972 un ultime grand voyage aventureux en solo avant ma première rentrée scolaire de prof. J'ai changé mes plans en rencontrant Karolle dans une boom d’étudiants de sa cité Universitaire MONBOIS en octobre 72. Je mets un terme à d’autres relations éphémères ou durables dont une nécessitant de longs déplacements France Hollande. Même LIEGE à mi- chemin est un lieu de rendez-vous problématique dans un calendrier universitaire, professionnel et athlétique très chargé.

Au printemps un accident de préservatif me contraint à un voyage en Allemagne non programmé. En France POMPIDOU et la banque ROTSCHILD se sont débarrassés du vieux DE GAULLE mais sans accorder la majorité à moins de 21 ans et sans donner à SIMONE VEIL un poste de ministre pour lui permettre de dépénaliser l’IVG : je ne peux pas, je ne veux pas, partir seul et pour la première fois de ma vie, je pars "accompagné".

Direction ATHENES et l’île d’IOS visitée en 72

La voiture appartient à JEAN MARIE un camarade de promotion, play boy blond handballeur, avec lequel je fais duo et parfois trio quand avec le décathlonien MICHEL nous décidons d’aller réveillonner à LONDRES puisqu' une cousine américaine m'a fait savoir qu’elle y sera avec toute sa classe de lycéennes.

KAROLLE 19 ans est mineure, il lui faut une autorisation parentale pour franchir les frontières mais avant je dois convaincre sa mère de la laisser partir en voiture avec deux sportifs de 23 ans, et surtout sa grand-mère qui se méfie de mon regard ténébreux donc louche. Elle a en mémoire les immigrés ritals dragueurs de sa jeunesse. Des historiens disent que deux millions d'immigrés italiens sur les trois qui avaient franchi les Alpes, parfois à pied comme mon grand- père, pour trouver du travail en France, ont été renvoyés chez eux pour des raisons économiques, mais aussi parce qu'ils exerçaient un attrait trop fort sur les Françaises. Une seule phrase de la grand-mère Suzanne casse ma baraque quand elle dit à sa fille quelle honte ce serait pour Karolle de servir de serpillière à un baratineur cheveux frisés et manteau en lapin de mon espèce. Je sais aussi trouver des formules. Une lettre pleine d’engagements vertueux et de phrases trop longues, sans ponctuation, à la mère de Karolle, fait passer à l’orange puis au vert le feu rouge de la grand-mère. 

Nous voilà partis. A trois dans la voiture de Jean Marie.

Le début du voyage est sans problème, nous franchissons les frontières (italienne, autrichienne, tchécoslovaque, bulgare, turque) mais la situation devient complexe chaque fois que nous devons partager une seule chambre voire un seul lit, à trois. Je prends place ente Jean Marie et Karolle. Pas question pour moi de partager Karolle. Pas question pour elle de jouer les valseuses, un rôle que Miou Miou n'a pas encore tourné.

Quand nous passons nos journées à rouler tout va bien mais quand nous décidons de nous poser pour visiter une ville ou profiter d'une plage, JEAN MARIE ne trouve pas toujours une copine de circonstance pour pallier l’absence de la sienne qui est restée en Lorraine. Surtout en TURQUIE où en 1973 la liberté sexuelle et même le simple flirt sont loin des usages français.

J'en fais l’expérience à la terrasse d'un bar où Karolle et moi nous faisons des mamours ; le serveur vient une première fois détacher nos corps collés l'un à l'autre en nous offrant des consommations que nous n'avions pas commandées. Désaltérés, nous reprenons nos câlineries et cette fois le serveur nous vire.

Deux issues possibles :

1/ rejoindre un club de vacances avec des touristes étrangères.

2/ mettre un terme au voyage et rentrer plus tôt que prévu.

La première solution est trop onéreuse, la seconde gâche les vacances donc je fais une troisième proposition.

JEAN MARIE pourrait rentrer seul immédiatement ; KAROLLE et moi poursuivrions à deux sans voiture jusqu’ à épuisement de nos ressources.

Si JEAN MARIE nous débarque à ATHENES nous avons de quoi payer le bateau pour IOS et en vivant chez l’habitant sur l’île grecque nous pouvons tenir deux semaines ; ce  délai suffira pour obtenir de nos familles un complément d'argent en poste restante à ATHENES afin de rentrer en avion. Au pire je me dis qu'avec une jolie blonde, 2500  kms en stop c'est possible puisque j’ai fait l’aller- retour, 5000 kms, seul l’an dernier; mais je tais cette dernière hypothèse car le stop ne fait pas partie du contrat accepté pour obtenir le feu vert de la mère de Karolle.

Jean marie est OK mais pas Karolle. Notre budget vacances, surtout le sien d’étudiante boursière, ne supportera pas selon elle le surcoût du voyage retour sans voiture.... Si nous trouvons deux places pour PARIS, forcément chères, à la dernière minute en AOUT, dans des avions surbookés.

J’abats mon dernier joker officiel car je dois en taire d’autres trop hors la loi pour Karolle qui n’a pas comme moi, de parenté mafieuse dans son pédigrée. Un de mes cousins est mort jeune, abattu à la mitraillette à Paris.

Je peux rentrer en stop et toi en avion et partager avec toi le coût d'un seul vol retour. Mes salaires de pion des mois de juillet et août sont tombés ou vont tomber sur mon compte en banque.

Non pas question que je rentre seule, nous devons faire le voyage retour ensemble, me répond Karolle qui reste ferme. 

J'ai beau lui raconter que, un jour en faisant du stop au Danemark j'ai trouvé une voiture qui m'a ramené directement à LONGWY, que un autre jour je me suis réveillé dans une auberge de jeunesse à LONDRES dépouillé pendant la nuit de tout mon argent et que j'ai pu rentrer en stop sans un penny en poche, que à 20 ans j'ai débarqué à KENNEDY AIRPORT avec 90 $, et que cela m'a suffi pour tenir cinq semaines et parcourir 13  000 kms....KAROLLE résiste . C'est folie de vouloir poursuivre le voyage à deux sans voiture.

Rentrer avec JEAN MARIE, elle à STENAY moi à LONGWY, chez nos parents respectifs ? Attendre la rentrée pour courir la rejoindre dans sa chambre universitaire interdite au garçons après 22H ? Sauter par la fenêtre du premier étage pour sortir avant 10H du matin, horaire d’accès des garçons, afin d’aller en cours sans être vu par le concierge ?  Faire 200 kms sur les départementales meusiennes pour aller la chercher et la ramener dans sa famille après une soirée en boîte en Belgique ou au Luxembourg ?

C'est hors de question quand je peux l'avoir pour moi seul, tous les jours et surtout toutes les nuits si je parviens à la convaincre de prolonger les vacances à deux.

Chaque jour qui passe bronze son corps de couleurs dorées, objet de mon désir, et renforce mes convictions. Je dois trouver une idée pour qu'elle cède et reste avec moi en GRECE. En octobre je vais entrer au Bataillon de Joinville ; elle sera seule toute la semaine à Nancy. Résisterons-nous à cette séparation ? Je n'aurai que les weekends pour la voir et ils seront raccourcis par les aller- retour en train Fontainebleau- Longwy et les compétitions. Il restera peu de temps libre pour faire de nouvelles rencontres d'autant que KAROLLE a fait monter ma barre d'exigences.

Elle a la blondeur de son nom de famille polonais. Les yeux et la silhouette des Suédoises et des Hollandaises mais elle se maquille bien mieux qu'elles et ses tenues vestimentaires achèvent de composer un irrésistible tableau. Jambes dessinées par un pantalon moulant bleu à pois blancs, zippé par une fermeture éclair qui court le long de la courbe du bas de son dos, la plus courte mini- jupe des autres minettes me fait mois d’effet. Elle parle bien mieux le français que les étrangères et mieux aussi que mes copines Françaises dont aucune avant elle n'a fréquenté la classe préparatoire khâgneuse du lycée Poincaré à NANCY. Je ne cesse de lui répéter qu'elle a du goût sans comprendre moi-même ce que cette formule signifie mais dont je ne vais pas tarder à vérifier la pertinence. Avec les années elle va s'autoriser à libérer sa créativité artistique.

Et puis comme le chante NOUGARO, je découvre que, si les atouts de séduction de KAROLLE en position verticale, dès le premier jour m'avaient attiré, en position horizontale, ce sont des as et des jokers que je tire à chaque partie.

Jusqu'alors au jeu de l'amour et du hasard, la victoire dépendait des rencontres du destin qu'il fallait provoquer et parfois perdre car le samedi soir les plus jolies étaient souvent accompagnées, ou exigeaient des jours voire des semaines de patience. Parfois il fallait même accepter de ne pas tenter sa chance quand le casting ne correspondait pas aux critères de sélection pour solliciter une inscription sur un carnet de bal.

Pour Karolle j'avais dû insister plus d'un mois mais depuis mon 23° anniversaire où elle s'était donnée en cadeau, je n'avais plus à livrer bataille, plus perdu une seule occasion, ni le samedi soir, ni les autres jours; autant avant elle j'avais envie de sortir et prolonger la sortie , autant avec Karolle j'étais pressé de rentrer.

Mais comment répondre à ses justes interrogations sur le surcoût et les difficultés de prolonger à deux sans voiture ce voyage programmé à trois avec le chauffeur- propriétaire du véhicule ?

Aucun de mes arguments rationnels ne faisait le poids mais j'avais commencé à lire FREUD donc je savais que la dimension de l'inconscient pouvait contenir une part de vérité, et faire effet : un mot d'esprit, un lapsus, une proposition aberrante, folle, contraire à toutes les convictions défendues précédemment.

Voilà ce que je devais verbaliser.

Karolle tu dois me laisser une chance de trouver une solution pour te ramener à Stenay et si j'y parviens, tu dois accepter de m'épouser.

Les mots étaient venus sur mes lèvres sans passer par mon cerveau formaté au discours post soixante-huitard politiquement correct.

La libération sexuelle, en retard dans les petites villes sans université diminuait cependant partout le nombre des mariages des jeunes gens de ma génération et je n'étais pas le dernier à soutenir publiquement l'idée que c'était folie de se consacrer à une seule fille alors qu'il y en avait tant à séduire, conquérir, sinon consommer.

Mais au fond de moi je savais bien que depuis des mois Karolle avait éliminé la concurrence et c'était bien moi qui avais décidé de l'emmener en vacances, en contradiction avec toutes mes habitudes antérieures.

Cette demande en mariage singulière, inattendue, paradoxale j'en étais l'auteur mais peut-être était-ce un stratagème mensonger pour profiter plus longuement de la présence de Karolle ?

Comment savoir si une décision est bonne ou mauvaise ? Sur le stade c'est la victoire ou la défaite qui dans l'après coup valident ou invalident un choix.

Avant l'issue de la course l'incertitude est totale, elle est même glorieuse. Il faut oser partir vite dans le premier 200 m sans savoir si la dernière ligne droite lactique du 400 mètres sera jouissive ou infernale.

La réponse de Karolle sera mon juge de paix et validera ou invalidera ma demande.

Je n'ai pas cherché à apprendre par coeur des phrases poétiques, ni attendu des circonstances idéales pour lui faire ma déclaration. Je n'ai même pas théâtralisé mon énonciation avec des accents de sincérité venus de mon cerveau ou de mon coeur.

J'avais appris dès mes premières formations d'entraîneur en France que le cerveau et le coeur étaient des atouts pour performer mais à San Jose State University, dès l'âge de 20 ans, Bud Winter, le meilleur coach sprint mondial qui collaborait avec le sexologue Bruce Ogilvie m'avait fait apercevoir qu'un autre organe était le siège du désir, et des ambitions, que le désir était l'atout majeur de ses athlètes, champions olympiques et recordmen du monde.

Le désir devenait décisif quand on passait de la théorie à la pratique ou bien de l'entraînement à la compétition : l'intelligence, le mental pouvaient optimiser le rendement du muscle cardiaque, des quadriceps et des ischio-jambiers, certes, mais les vainqueurs en sexualisant leur pratique donnaient à leur investissement une dimension existentielle qui in fine faisait souvent la différence .

Je devais donc sexualiser mon discours, faire entendre mon désir, avec des argument inattendus, existentiels, à côté de ceux tendres et intelligents que me dictaient mon coeur et mon cerveau.

 Je lui ai demandé de laisser une place à l'incertitude puisque aucune demande en mariage ne garantit l'avenir d'une relation.

A t-elle dit oui à la demande en mariage ou à la proposition de poursuivre les vacances à deux ? je n'ai pas cherché à le savoir.

Le lendemain JEAN MARIE nous a déposés au PIREE et il est rentré seul avec la consigne d'informer nos parents de nous envoyer de l'argent en poste restante ; j'ai vidé mon sac à dos dans le coffre de sa voiture, ne conservant que quelques vêtements d'été afin de laisser toute la place à la garde-robe de Karolle en lui demandant cependant de faire une sélection et d'abandonner le superflu, excepté sa beauty case.

Sans lui dire qu’être trop chargés réduit les chances des auto-stoppeurs et qu’un seul sac pour deux augmenterait nos capacités à arrêter des voitures.  Sans lui dire qu'une fille avec à la main sa beauty case en cuir rouge est plus sexy qu'avec sur le dos un sac qui alourdit sa silhouette.

Au port nous avons trouvé deux aller-retour pour IOS, départ le soir même. Avant d'embarquer nous avons envoyé une lettre en France pour un envoi de mandat en poste restante. En attendant le départ j'ai emmené Karolle dans un beau restaurant de LA PLAKA. A la fin du repas j'ai demandé au serveur si je devais le régler ou aller à la caisse ; il m'a laissé le choix. Je suis allé à la caisse en profitant d'un moment où plusieurs clients faisaient la queue pour payer.

Karolle et le serveur m'ont vu passer un moment à la caisse, ils n'ont pas vu que je n'ai fait qu’attendre mon tour entouré d'autres clients J'ai choisi de quitter la caisse sans payer à un moment où le caissier était affairé, j'ai récupéré KAROLLE à notre table et nous sommes sortis nous noyer dans la foule.

Ce repas volé m'est -il resté sur l'estomac ? Ou bien est-ce le mal de mer qui a entravé ma digestion ? Durant la traversée j'ai été pris de vomissements et j'ai demandé à Karolle la boîte à pharmacie qui contenait des médicaments qui pourraient m'être utiles.

La boîte à pharmacie est dans le coffre de la voiture de Jean Marie, tu m'as demandé de nous alléger du superflu, je m'en suis débarrassé, mais j'ai conservé des médicaments, je vais voir s'ils peuvent te soigner.

J'ai attendu qu'elle soit de retour avec des comprimés contre le mal de mer, taxé à des passagers, pour lui dire que dans le double fond de la boîte à pharmacie j'avais caché tout l'argent français et italien de nos vacances, afin de diminuer les risques d'êtres victimes de pickpockets ; nous n'avions plus que les drachmes grecques, divisées en deux sommes, que nous portions sur nous, dans des ceintures dissimulées sous nos vêtements, toujours pour minimiser les risques de vol.

Une rapide addition du contenu de nos deux portefeuilles aboutit au constat que nous ne pouvions pas financer une location à IOS et, sans cet argent français et italien, le mandat en poste restante ne suffirait pas à financer le retour. Mon plan pour ramener KAROLLE à Stenay battait de l'aile et avec lui le bonus de la demande en mariage. Mais bientôt la traversée s'achèverait ; sur la terre ferme je ne serais plus malade et je trouverais une idée quand le soleil grec, le décor naturel enchanteur de IOS allait rendre KAROLLE encore plus lumineuse.

Son bronzage découperait sa silhouette exquise sur les murs blancs des maisons ; je l'imaginais déjà en Vénus sortant nue des flots cristallins d'une des nombreuses criques désertes que je comptais lui faire découvrir. Ou bien émergeant d’un coquillage boticellien en Aphrodite déesse de la beauté et de l’amour, m'élevant au rang d'un Adonis.  

 Certes, ce serait un problème sur une petite île de manger au restaurant sans payer, mais la perspective de vivre d'amour et d'eau fraîche avec elle était déjà du bonheur et je savais, pour y avoir séjourné l'été précédent, que se nourrir à IOS ne coûtait pas une fortune ; toute l'alimentation était très bon marché et nous avions assez de drachmes pour tenir une semaine ......A condition d'être logés gratis. 

Sur le port les habitants disposant d'une simple chambre ou d'un appartement attendaient l'arrivée des bateaux de touristes ; comme nous ne pourrions pas nous offrir le restaurant j'optais pour un appartement avec une cuisine et d'entrée je fis croire au propriétaire que nous étions là pour deux semaines.    J'avais donc une semaine entière pour trouver un moyen de rentrer à ATHENES sans payer la location, sans me faire arrêter sur le port par la police alertée par mon propriétaire qui comme beaucoup assistait aux arrivées pour recruter des clients et pouvait prolonger parfois sa présence afin de contrôler les départs.

Le jour du départ, après une semaine voluptueuse sans autre incident qu'une piqûre d'oursin que KAROLLE a réglé en allant emprunter de quoi me soigner à Michel DRUCKER, en vacances dans une villa proche de notre location, j'ai demandé à un couple de touristes français de faire semblant de venir nous saluer avant de partir. Ils se sont chargés de mon sac empli de nos effets personnels comme s'il s'agissait d'un de leurs propres sacs ; ils m'ont salué et sont descendus vers le port, Karolle les accompagnant avec à la main sa seule beauty case.

Je suis resté dans l'appartement à deviser un temps avec le propriétaire. Quelques livres et objets dans la salle de bains et la cuisine lui donnaient le change sur l'illusion que nous étions là pour une semaine encore. Quand le propriétaire est rentré chez lui j'ai attendu que la sirène du bateau retentisse pour annoncer le départ et j'ai rassemblé rapidement les objets de toilette de la salle de bains. J'ai quitté les lieux discrètement puis dégringolé au rythme d'un coureur de 400 m national le chemin jusqu'au port. Karolle avait informé l'employé chargé d'écarter la passerelle d'accès qu'un retardataire allait arriver ; le bateau s'est ébranlé dès que j'ai mis le pied sur le pont. 

Je n'ai pas eu le mal de mer au retour mais Karolle est restée inquiète jusqu'au PIREE. Et si notre propriétaire avait constaté notre fuite, alerté la police, nous pourrions être arrêtés à l'arrivée du bateau ? J'avais envisagé ce scénario peu probable avec un mensonge pour la police ; nous étions de retour à ATHENES afin de récupérer le mandat en poste restante pour régler notre dette et financer la seconde semaine.

Aucun policier, seul le mandat nous attendait à ATHENES. Le montant de l'envoi était insuffisant pour nous offrir deux vols vers la France mais il couvrait des nuitées d'hôtel voire des repas quand les conditions ne seraient pas réunies pour partir à la cloche de bois.

A l'aéroport je fis cependant deux jours de suite la queue aux comptoirs de toutes les compagnies. Pas une n'offrait de places pour Paris ou Bruxelles à un tarif à notre portée. Le surbooking ne permettant même pas d'embarquer tous les passagers munis d 'un billet. Les quelques sièges offerts à la vente étaient en classe-  business ou bien il fallait patienter jusqu'à un lundi mardi mercredi fin Août début Septembre, pour deux tarifs en classe éco grevant la totalité de notre budget, nous condamnant à jeuner et dormir sous les ponts. Je m’apprêtais à relancer KAROLLE sur l'idée de rentrer seule en avion ou bien en stop avec moi quand j'entendis un dernier appel de ALITALIA pour deux passagers en retard sur un vol pour ROME.

J’ai supplié l'hôtesse de nous faire bénéficier de ces deux places si les retardataires n'arrivaient pas. Quelques heures plus tard nous étions via acqua bullicante chez HUGO, un de mes oncles, romain.

Quand il a été mis au courant de l'enjeu de ma demande en mariage à questa bella ragazza, il nous a offert sa chambre matrimoniale alors que nous n'étions pas mariés, pas majeure pour Karolle. Toute la famille devait se mobiliser pour m'aider, y compris en prenant des libertés avec les principes religieux ou légaux qui interdisent les femmes mineures à un homme majeur ou qui réservent les chambres matrimoniales aux couples mariés.

HUGO avait deux soeurs à MILAN, mes tantes LA  PEPPA et LA PARIS ; il leur téléphona que nous arriverions en fin de semaine, un de ses amis  nous transporterait gratis en voiture sans avoir à faire du stop. 

De MILAN à la Meuse il ne restait plus que 600  kms; nous n'avions  pas épuisé la totalité du  mandat puisque depuis le départ d'Athènes, hormis le vol pour ROME tout avait été gratuit, hébergement, repas, sorties, sans entorse à la loi. J'avais marqué des points. Karolle découvrait que les couleurs, les saveurs et les sonorités italiennes avaient un charme particulier et l'hospitalité familiale dont elle bénéficiait sans être de la famille jouait en ma faveur. Mais deux billets de train Milan Longuyon restaient une dépense hors de portée pour nous donc Karolle a accepté de traverser les ALPES et la Suisse en auto stop, jusqu'à une cabine téléphonique entre Verdun et Stenay, dans l'obscurité froide d'une nuit meusienne, où sa mère est venue nous récupérer., grelottants dans nos tenues de vacanciers.

Le mariage fut célébré un samedi un an plus tard, le lendemain de ma libération anticipée par le Bataillon de Joinville, afin que le lundi je sois présent pour la rentrée scolaire.

Dès le mardi je me suis demandé comment si jeunes, Karolle avait 20 ans moi 24, nous avions pu prendre une décision qui nous engageait pour le reste de notre vie ?

Pendant combien de temps me ferait-elle cet effet ? je suis incapable encore de répondre à cette question que je me pose depuis 1974  tant je la trouve encore désirable en sexygénaire aujourd'hui.

Que se passerait -il quand un jour ou l'autre je finirais par courir moins vite, et ne plus avoir ma photo dans la page des sports du journal ?

J'avais certes programmé un voyage de noces aux USA et au Mexique pour l’été 75 et avec le POINT MULHOUSE, dont nous sommes devenus des correspondants, j'avais en réserve des tas de projets de voyages au bout du monde pour prolonger ce premier séjour en GRECE, et donner à penser à KAROLLE que la vie avec moi serait un long voyage plein d'aventures ensoleillées. Mais est-ce que cela suffirait à compenser la longue liste de weekends que les jeunes épouses de sportifs passent seules ?

Et si à la longue elle se lassait de tous ces déplacements incertains, dont un accident de jeep dans le désert du KALAHARI, des nuits d'hôtel interrompues par des militaires boliviens surgissant dans notre chambre à la PAZ, armes à la main,  des cafards  dans le guest house de Mrs Colaco à NEW DEHLI , des scorpions à l’auberge de jeunesse de RIO ,  des émeutes entre muslims et cingaleses vidant la plage à Ceylan, et autres nuits blanches sans abri à DJAKARTA  KATMANDOU  ou TATAOUINE  sans oublier les pannes de bateau  ou de bus nous immobilisant sans secours sur le NIL ou sur une piste à travers la cordillière des ANDES....

Que se passerait- il quand elle découvrirait que ma passion pour la compétition, loin de faiblir avec la fin de ma carrière sportive, dévorerait encore davantage mon emploi du temps et saturerait mes pensées et préoccupations d'entraîneur ?  Un destin programmé de longue date puisque j'ai commencé à entraîner très tôt avant même la fin de mes études. Un destin peu compatible dans mon esprit avec la disponibilité exigée par la fonction paternelle que je n'ai acceptée qu'à 35 ans pour une fille unique ?    

 Combien de temps supporterait elle mes idées folles, car après celle de laisser rentrer JEAN MARIE sans nous, il y en eut d'autres et pas seulement dans le choix de destinations africaines, asiatiques, sud- américaines, de vacances jamais de tout repos.

Ma trajectoire professionnelle, mes engagements successifs, syndicaux, politiques, associatifs, sont marqués de ruptures et conflits consécutifs à des décisions improbables. La dernière il y a deux ans seulement quand pour soutenir un collègue injustement licencié, qui a gagné son procès aux prud'hommes, je me suis retrouvé exclu du club, interdit de stade par la Ville de METZ, à 68 ans.

A 27 ans déjà, à peine élu conseiller municipal à LONGWY j'ai fait scission dans mon club formateur pour en créer un concurrent fonctionnant selon mes convictions.

A 28 ans l'idée me vient de contracter un emprunt immobilier à rembourser pendant 40 ans, sans savoir que c'est pour me lancer à 42 ans, quatorze ans plus tard, dans le projet fou d'acquérir et rénover l’hôtel particulier au centre -ville d'un baron ex maire de METZ.

A la mairie de LONGWY je ne tarde pas non plus à m'opposer à mes collègues élus communistes qui obéissant aux consignes centralo- démocratiques de leur parti, ont ouvert leur liste au peuple de gauche, non encarté, et m'ont fait une place dans leur conseil municipal. Les élus socialistes minoritaires qui eux aussi m'avaient sollicité, en vain, ne trouvent pas plus grâce à mes sorties                         " gauchistes" qui aboutissent à une autre décision insensée.  

Une candidature aux législatives plus tard, soldée par un score inférieur à 1%, je bascule dans la trentaine avec cette décision folle supplémentaire de faire de la politique sans appartenance  à aucun parti, soutenu par un attelage incongru ( le PSU l'OCI et les Amis de la Terre ) 

Après les pavés étudiants balancés aux CRS, c'est avec d'autres projectiles volés à l'Usine que au milieu des sidérurgistes aux abois, j'arrose les compagnies de gardes mobiles qui veulent nous déloger du relais télé que nous occupons illégalement au bois de CHA ou qui tentent de récupérer l'émetteur de la radio libre CFDT SOS  EMPLOI  que  nous cachons dans un vestiaire du stade de la PLAINE de Jeux .

Le PCF et la CGT envoient à LONGWY un beau studio et un journaliste professionnels (Marcel TRILLAT) pour prendre le relais de RADIO SOS EMPLOI et animer LORRAINE COEUR D'ACIER (RDC)

L'expérience libère les paroles dont la mienne qui alimentent le conflit idéologique, quand par exemple à la mort de JEAN PAUL SARTRE, Marcel ouvre largement l'antenne à ceux qui pensent comme moi mais n'ont pu m'accompagner à PARIS pour l'enterrement du philosophe.

Comme en 1968 le PCF panique et c'est la fin de RDC alors que la gauche arrive au pouvoir et va légaliser les radios libres.

RADIO ARIA créée après la disparition de RADIO COEUR D'ACIER en 1981 nous octroie un créneau régulier pour commenter l'actualité sportive , y compris scolaire dans une émission ACIDE LACTIQUE que j'anime chaque semaine en tant que délégué UNSS (sport scolaire) .

A 35 ans, la paternité ne met pas fin à des décisions atypiques que je prends avec et sans hésitations de "girouette", le premier des surnoms que Karolle a très tôt choisi pour stigmatiser mes travers, carences éducatives ou enfermements doctrinaux selon ses diagnostics.

Sans parler de mon urgence du temps et autres symptômes névrotiques auxquels je suis et reste attaché.

Un an après la naissance de ma fille unique je quitte l'Education Nationale, mon poste et mon emploi du temps de prof, avec quatre mois de vacances, pour deux années d'études et de recherches non- stop à PARIS. Je laisse seules les deux amours de ma vie du lundi au vendredi à Mercy le bas (54) et je pars à PARIS et en stage en Californie cinq semaines au milieu desquelles Karolle vient me rejoindre quelques jours à LOS ANGELES.

Après ces deux années pour obtenir le diplôme de l'Insep et le BEES 3, je rentre en Lorraine avec deux nouvelles idées singulières qui font polémique.

Créer un club transfrontalier européen d'athlétisme et faire entrer FREUD au CREPS de LORRAINE, à la ligue lorraine puis à fédération française d'athlétisme, mes postes successifs.

Les débuts sont difficiles. Même l'ami JEAN JACQUES BEHM qui deviendra un de mes fidèles soutiens commente sévèrement mes efforts par un éditorial intitulé " spécialistes du divan s'abstenir" et du côté du projet européen cela patine aussi. 

Pourtant Edith Cresson, ministre des affaires européennes et ses homologues belges et luxembourgeois, soutiennent plusieurs années un challenge que j'organise avec la complicité des journaux frontaliers. La presse couvre bien l'initiative et les remises des prix annuels donnent lieu à des articles communs de chaque côté des trois frontières, mais les obstacles nationaux ne permettent pas d'aboutir et au début des années 90 je dois jeter l'éponge du club qui disparaît dès que j'en abandonne la présidence.

FREUD lui devra attendre encore plus longtemps ; c'est à la fin des années 90 que RICHARD DESCOUX et JEAN CLAUDE VOLLMER qui suivent depuis 1988 mes efforts en colloques et groupes de parole avec le GREPAS (groupe de recherches et études psychanalytiques sur les activités sportives) dont j'assume la présidence à partir de 1998, m'appellent dans leur direction technique nationale. Ma mission est de former et accompagner athlètes et entraîneurs dans les domaines de la préparation mentale et surtout dans celui du suivi-accompagnement psychologique, deux dimensions ignorées parfois, confondues souvent de la performance.

Le « zéro médaille » aux JO de Sydney 2000 balaie notre direction technique et je suis une des premières cibles du nouveau DTN.  Il est vrai que dès sa nomination je ne le ménage pas dans mes commentaires sur ses rigidités psychologiques que je relie à des déterminations familiales refoulées. Il tente de me renvoyer à l'Education Nationale. J'appelle le syndicat à la rescousse., Le Ministère qui a déjà dû intervenir à la suite de trois conflits avec mon administration de tutelle, deux au collège lors du PLAN SOISSON en 1978 puis lors de mon départ de l’Education Nationale en 1986, un avec un Directeur de CREPS en 1998, trouve une fois encore une solution amiable, qui convient à toutes les parties.

Je reste rivé au stade depuis près d’un demi-siècle en retrouvant des responsabilités régionales qui ne me rendent pas plus disponible pour la vie familiale.

La retraite en 2011 ne diminue que mes engagements professionnels ,pas mes engagements associatifs et ne met pas fin à mes initiatives provocatrices.

En 2012 j’organise avec les JOINVILLAIS un colloque à METZ pour réhabiliter Pierre de Coubertin. Son arrière petit neveu JACQUES de NAVACELLE de COUBERTIN et son biographe Daniel BERMOND se déplacent. J ’envoie les ACTES du Colloque au MINISTERE des sports à ANNE HIDALGO et je les dépose dans la boîte aux lettres de Aurélie FILIPETTI qui habite à 500 m de chez moi.

Le rénovateur des JO est mort après 20 ans d’exil en SUISSE anonyme et miséreux ; son œuvre pédagogique reste ignorée car ses adversaires politiques royalistes et républicains puis capitalistes et socialistes .Ils l’ont enfermé dans une caricature anachronique de raciste, colonialiste, misogyne  partisan d’un «  essentiel c’est de participer »  phrase  dont il n’est pas l’auteur et qui est totalement contraire à son esprit de compétiteur , respectueux de l’adversaire mais tendu vers la performance au risque de l’excès

Nos efforts restent vains. Seuls les services de la MAIRIE DE PARIS me font une réponse de courtoisie sociale. Le nom de COUBERTIN reste écarté de tous les dossiers de candidature aux JO.

 Le général de GAULLE à ce jour est le seul président ayant contacté la famille Coubertin pour lui rendre justice. Sans parvenir lui non plus à ramener le baron au PANTHEON.

 Après cet essai non transformé je me mobilise pour un autre projet toujours avec les JOINVILLAIS. 

A la fin de la carrière de Imaad HALLAY, un sprinter que j’ai coaché de décembre 2003 à mai 2013, nous nous penchons sur notre relation entraîneur entraîné qui a oscillé entre complicités au moment de ses meilleures performances ( champion de France du 200 m et relayeur champion d’EUROPE  4X100) et  conflits voire rupture quand en 2012 il a changé de coach pour une saison.

Je travaille sur ce thème depuis des années au plan théorique ; en 1990 j’ai soutenu un mémoire universitaire dans le cadre d’un DEA STAPS sur « la relation entraîneur entraîné, une demande d’amour à transférer à la technique » et depuis 1988 au sein du GREPAS ( un  groupe de recherche et études psychanalytiques sur les activités sportives ) j’ai participé puis animé des groupes de parole pour athlètes et entraîneurs.  

J’ai donc été le témoin et ou l’adresse de plaintes de harcèlements sexuels, de forçages physiques et emprises psychologiques exercés par les entraîneurs sur leurs athlètes sans réaction des institutions sportives. Ces déviances étant parfois combinées à des disponibilités expertes et des dévouements généreux de longue durée que les entraîneurs accordent à leurs entraînés, elles sont difficiles à exprimer, à être entendues.

Alerté par ces études et ce travail et accompagné depuis toujours par des psychologues, des psychanalystes j’ai aperçu que je n’échappais pas moi-même à certains de ces travers quand des blessures, des lassitudes, des contre-performances venaient me dire en actes ce que les athlètes ne savent ou peuvent pas dire à leurs entraîneurs.

Avec IMAAD et les psychologues, psychanalystes qui supervisaient notre dyade nous avons accumulé des centaines d’échanges écrits, une méthode d’entraînement qui très tôt a caractérisé mon coaching. Cela nous a permis après sa carrière de revenir sur les moments forts de notre relation avec des souvenirs que nos mémoires sélectives différencient parfois. Les supports des écrits datés eux ne sont pas transformés par le temps.

Nous avons témoigné de nos complicités et conflits dans des interventions publiques dont un Colloque TROPHEE JANUS que j’ai organisé avec les JOINVILLAIS en 2015 après des révélations par la presse de comportements brutaux, physiquement ou psychiquement, voire inappropriés selon l’élément de langage utilisé désormais pour qualifier les violences sexuelles.

Imaad et moi sommes à nouveau sollicités par le MINISTERE des sports à PARIS le 21/2/2020  

 A 70 ans je suis toujours addict à la controverse car c’est clair, il y a une omerta du monde sportif, sur ces questions embarrassantes ; la  vie  politique  me passionne aussi  toujours .Scotché devant mon écran TV pour suivre les chaînes infos en sus des  retransmissions d'évènements sportifs.

Ces deux univers demeurent étrangers à Karolle qui regarde comme des gamineries mes participations aux manifesations des gilets jaunes ou des grévistes.

Nous ne lisons ni les mêmes livres ni les mêmes magazines ; je ne supporte pas les films de science-fiction qu'elle apprécie, elle a horreur des rediffusions de succès que je revois volontiers.

Je ne sais pas planter un clou, ni mettre en action un lave -linge alors que des journalistes l'ont qualifiée d'ALICE au pays des merveilles en découvrant sa capacité à faire du beau avec du pauvre, comme elle aime le dire et le faire. 

Je suis à l'aise hors du domicile dont j'occupe surtout un petit bureau encombré, mal rangé .Elle passe des heures à imaginer et modifier les décors singuliers, originaux, inspirés, de toutes les autres pièces de nos lieux de vie, qu'elle a de la peine à quitter, anticipant  que, quel que soit le lieu du voyage , à peine arrivé, je ne prendrai ni le temps de regarder , ni à fortiori celui de voir , tout entier projeté vers l’étape suivante.

Je raille son adhésion à un groupe adepte de spiritualité et ses participations à des stages de formation sur l'énergie cosmique ; elle pointe le mauvais usage que je fais pour moi même de mon intérêt pour la psychanalyse.

Cette liste de nos écarts idéologiques et culturels n'est pas exhaustive. Ils polluent bien des épisodes anodins de notre vie quotidienne en famille ou entre amis.

Pourtant en septembre 2019 nous avons fêté le 45° anniversaire d'un pacte conclu sans garantie. Sans jamais songer à le rompre alors que les procédures de divorce se sont simplifiées. Des explications conscientes ou inconscientes nous permettent donc de faire couple ? 

Une au minimum de ces explications nous réunit en pleine conscience du cadeau que nous devons à la providence. Elle a un nom qui rime avec USINE pour me séduire et possède une dimension féerique qui atteste qu'elle est bien la fille de sa mère.

Mélusine, dès son apparition a produit à elle seule deux parents qui pendant des années ont retardé cette responsabilité, de fabriquer à deux une fille unique.

Cela suffit- il à valider une demande en mariage ?

Tout ou presque fait énigme dans notre relation. Comment pourquoi Karolle réussit elle à supporter tout ce qui dans mon comportement la contrarie ? Pourquoi alors que notre fille a quitté le nid depuis des années poursuit -elle son labeur de cuisinière pour moi seul puisque de son côté elle surveille son alimentation. Je rentre à des heures que les entraînements, les compétitions, les réunions rendent variables après avoir dîné ou non. Je ne réclame rien mais elle a toujours prévu de quoi me régaler.     

Combien de temps acceptera t-elle encore "ce sacerdoce " pour reprendre une formule employée très tôt par une de nos connaissances, témoin de notre quotidien?  

Avec les années je lui découvre de nouveaux vrais talents sans cesser de verbaliser de fausses et éternelles récriminations.

Elle accorde de son côté de moins en moins de circonstances atténuantes à une girouette, toujours orientée dans le sens contraire au vent .et cédant trop souvent à des compulsions de répétition démoniaques.

Pourquoi dit-elle que  je suis aussi en même temps son ange ?     

Nos espaces psychiques distincts seraient- ils des moments ou des lieux de respiration qui oxygènent nos corps à corps d’amour ?

L'incertitude est totale, inchangée depuis cette demande en mariage, lors de ce premier voyage en Grèce.

Elle est en adéquation avec la glorieuse incertitude du sport qui alimente un stress permanent mais sain puisqu’ après une compétition, quel que soit le résultat, il y en a une autre, donc le compétiteur ne peut pas être longtemps dupe :  la victoire et la défaite sont AUSSI deux dimensions structurelles de l’acte compétitif et non SEULEMENT la conséquence de l’impuissance du ou des vaincus.

D’autres actes de la vie obéissent ils à cette logique paradoxale ?

 Les écarts qui me séparent de Karolle sont-ils précisément les raisons d’une demande en mariage et des liens qui nous unissent ?

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.