Karl POPPER : La réfutabilité (falsifiabilité) scientifique.

Karl POPPER nous éclaire sur les trois conditions, toutes chronologiquement nécessaires mais insuffisantes pour qu'une théorie, de quelque corpus que ce soit, puisse être qualifiée de : "scientifique", et puisse donc prétendre, plus largement (...), être dotée de théories dont la portée objective est démontrable par des preuves valides.

Karl R. POPPER. Karl R. POPPER.

Karl Popper nous invite à distinguer une réfutabilité scientifique, d'une réfutabilité plus commune, puisque tout être humain utilise des énoncés réfutables, dans la vie courante, et en dehors de tout cadre scientifique.

Par exemple, si Sigmund Freud a pu prétendre "réfuter" certaines de ses assertions, il ne peut avoir été "plus poppérien que Popper", étant donné qu'il affirma lui-même dès les premières pages de son "Introduction à la psychanalyse" que : 

« La conversation qui constitue le traitement psychanalytique ne supporte pas d'auditeurs ; elle ne se prête pas à la démonstration. On peut naturellement, au cours d'une leçon de psychiatrie, présenter aux élèves un neurasthénique ou un hystérique qui exprimera ses plaintes et racontera ses symptômes. Mais ce sera tout. Quant aux renseignements dont l'analyste a besoin, le malade ne les donnera que s'il éprouve pour le médecin une affinité de sentiment particulière ; il se taira, dès qu'il s'apercevra de la présence ne serait-ce que d'un seul témoin indifférent. C'est que ces renseignements se rapportent à ce qu'il y ce qu’il y a de plus intime dans la vie psychique du malade, à tout ce qu'il doit, en tant que personne sociale autonome, cacher aux autres et, enfin, à tout ce qu'il ne veut pas avouer à lui-même, en tant que personne ayant conscience de son unité.

Vous ne pouvez donc pas assister en auditeurs à un traitement psychanalytique. Vous pouvez seulement en entendre parler et, au sens le plus rigoureux du mot, vous ne pourrez connaître la psychanalyse que par ouï- dire. Le fait de ne pouvoir obtenir que des renseignements, pour ainsi dire, de seconde main, vous crée des conditions inaccoutumées pour la formation d'un jugement. Tout dépend en grande partie du degré de confiance que vous inspire celui qui vous renseigne. »  (In : Sigmund Freud. « Introduction à la psychanalyse ». Editions, Petite Bibliothèque Payot, Paris, 1981, page : 8).

Un cadre de réfutabilité authentiquement scientifique suppose, selon Karl Popper, les trois conditions décrites plus bas, (la réfutabilité logique, la réfutabilité empirique, et la réfutabilité méthodologique). Si l'une d'entre elles est manquante, l'on ne peut revendiquer de réfutabilité scientifique.

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Examen des affirmations précédentes de Sigmund Freud.

Par conséquent, affirmer que :

· "le traitement psychanalytique ne supporte pas d'auditeurs" ; (ce qui est inadmissible par rapport aux prétentions scientifiques de Sigmund Freud)

· que la psychanalyse "(...) ne se prête pas à la démonstration" ; (c'est également incompatible avec une démarche scientifique).

· que le recueil des informations dépend de facteurs subjectifs et même affectifs par rapport à l'investigateur ; (la démarche scientifique est certes, toujours en butte avec ce problème, mais, au lieu de le négocier au profit de possibles résultats qui en seraient issus, elle doit, au contraire, constamment combattre l'intrusion de toute forme de subjectivisme, avec les moyens dont elle dispose, et en particulier la critique épistémologique).

· que la présence de tout témoin indépendant est particulièrement contre indiquée ; (ceci est identique au fait de refuser la présence d'auditeurs au cours de la cure analytique, et c'est bien sûr, inadmissible si l'on veut valider une démarche scientifique).

· qu'il n'est pas possible d'assister en tant qu'auditeur à un traitement psychanalytique ; donc que toute possibilité de contrôle intersubjectif est impossible, rendant du même coup inenvisageable l'aspect méthodologique de la réfutabilité scientifique ;

· que l'on ne pourra connaître la psychanalyse que par "ouï-dire", donc que l'administration et l'accord sur les preuves possibles reposent uniquement sur un déterminant psychologique, (et non logique et indépendant) liant le chercheur et le récepteur de l'information...(inutile de préciser que cette dernière affirmation enfonce le clou : le charlatanisme de Sigmund Freud ne fait plus aucun doute).

...Tous ces éléments revendiqués sans équivoque par Sigmund Freud, écartent donc de la manière la plus claire la psychanalyse et les procédés de prétendues réfutations qu’il aurait mis en oeuvre, de toute scientificité réelle : ils vident ses "réfutations" de toute scientificité.

Si, de surcroît, ce ne devait être que le "degré de confiance que vous inspire celui qui vous renseigne" qui devait décider de la valeur d'une réfutation et des méthodes qui y ont conduit, (comme le prétend Sigmund Freud), alors, la méthode scientifique ne pourrait plus relever que d'un culte de la personnalité individuelle au lieu de dépendre de la collégiale et pacifique controverse des idées.

La Science s'apparenterait à un univers clos, à une idéologie totalisante ou totalitaire, au lieu d'un univers à visage humain parce qu'ouvert en permanence à l'exercice de l'indépendance d'esprit et du rationalisme critique d'autres êtres humains, tous en nature faillibles ; et, se sachant comme tels, ne trouvant d'autre salut dans la recherche de la Vérité que celui consistant à unir leurs efforts au lieu de s'isoler et de justifier d'une "science privée".

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La réfutabilité. (Notre contribution à l'article de Wikipédia. fr, intitulé "la réfutabilité").

Réfuter une théorie consiste à démontrer qu'elle est fausse, parce qu'elle contient des erreurs, (par exemple, certaines de ses affirmations ne correspondent pas aux faits), ou parce qu'elle est moins apte qu'une autre théorie concurrente à décrire certains faits (incomplétude) : une théorie peut dire plus de choses sur les faits qu'une théorie concurrente sur un objet de recherche commun, et en apporter la preuve par l'intermédiaire de tests plus sévères qu'elle aura subis avec succès. 

Autrement dit, réfuter une théorie a pour but de démontrer ses limites par rapport à une autre sur sa capacité à correspondre aux faits : il n'est possible d'identifier les limites du contenu empirique d'une théorie, c'est-à-dire, tout son contenu descriptif sur des faits, que sur sa possibilité à être réfutée par des tests.

De cette manière, une théorie qui en réfute une autre devient son "cas limite", ou comme l'écrivit Popper, la théorie d'Einstein est devenue un "cas limite" de la théorie de Newton.

La réfutabilité n'a de sens que par rapport à la recherche de la vérité (absolue), laquelle n'est approchable que par un niveau de vérité relatif : la corroboration ou la réfutation. En effet, s'il est "vrai" qu'une théorie est fausse à l'issue de tests, cette "vérité" ne peut être certaine ; et s'il est "vrai" qu'une théorie correspond à certains faits, ce ne peut être qu'une approximation plus ou moins précise de la vérité, (précision toujours relative aux tests), la certitude demeurant toujours logiquement hors d'atteinte dans les sciences de la Nature.

En somme, la méthode qui peut être inférée de la réfutabilité a pour objectif d'étudier le degré de correspondance avec les faits de certaines théories : dans un domaine authentiquement scientifique, aucune théorie universelle ne devrait, en principe, pouvoir échapper à ce type d'étude.

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Aucune réfutation scientifique ne peut demeurer "privée", c'est l'indication démontrée avec des arguments logiques par Karl Popper.

Aucun scientifique n'est un héroïque "Robinson Crusoé", (auquel s'identifia Sigmund Freud, entre autre), qui soit en mesure d'édifier "sa" science sur son île déserte, ou dans son "superbe isolement". Car la vraie science ne peut rester confinée dans le monde subjectif d'un seul individu, (le "Monde 2", comme le proposait Karl Popper), et le scientifique est obligé de soumettre ses conjectures (issues, en partie de son "Monde 2") à la critique encadrée de ses pairs, (et répondant à des critères reconnus), pour qu'elles soient jugées dignes de figurer dans le "Monde 3", le monde de la connaissance objective (K. Popper), lequel exprime des lois tentant de décrire toujours mieux les phénomènes du "Monde 1", (le monde des objets de la Nature, en ce qu'ils sont en partie connus ou supposés potentiellement approchables par des conjectures).

Aucune science ne doit dépendre de légendes construites à partir de la probité intellectuelle supposée d'un seul "découvreur" (ou même d'un groupe, aussi nombreux soit-il, tant que les méthodes de recherche n'ont pu être évaluées et validées selon des critères dont l'objectivité est préalablement et elle aussi validée et reconnue), donc sur la base de sa réputation à effectuer des recherches avec efficacité et honnêteté, laquelle n'aurait obtenu d'assentiment que par l'intermédiaire de sa seule "bonne parole".

Dans la vraie science, la réputation des scientifiques est logiquement en jeu à chaque fois qu'ils revendiquent de nouvelles avancées dans la connaissance objective sur leur objet de recherche. Elle n'a pas à être protégée par une brume de légendes, de mensonges, de désinformation, et encore moins par des insultes ou des procédés de "psychiatrisation" ou de "pathologisation" de tous ceux qui auraient l'audace et la clairvoyance de la mettre en doute.

En effet, l'on ne voit vraiment pas pourquoi l'ensemble d'une société moderne dont le bien-être dépend à ce point des progrès de la Science, pourrait prendre le risque tout à fait démesuré autant qu'absurde, finalement, de ne compter que sur la "confiance" aveugle qu'il faudrait avoir dans les scientifiques, et, a fortiori dans un seul d'entre eux, qui en plus, s'arrogerait le droit de justifier d'échapper à tout contrôle ?!.. Sous le prétexte pour le moins hallucinant, sinon grotesque, en somme, qu'il aurait encore justifié par lui-même, (...), que "sa" science "s'autorise d'elle-même", comme d'ailleurs tous ceux qui en cautionnant de telles méthodes de "découvertes", s'autoriseraient aussi d'eux-mêmes pour en tirer des usages pratiques et pour en user ensuite comme bon leur semble ! Ce serait comme si, avec une chance inouïe, (et tout à fait improbable), un scientifique avait découvert seul la fission atomique, qu'il avait ensuite réussit, avec quelques "copains" à en produire une application pratique, et puis, l'avait mise en oeuvre, de son propre chef, en "s'autorisant de lui-même"...

Avec un procédé analogue aussi éloigné de la méthode scientifique, Sigmund Freud a pourtant bien cru, lui aussi, avoir “inventé la poudre”. Et pour nous le faire croire, il fit usage de doses massives, non seulement de cocaïne pour son usage personnel, mais aussi de “poudre aux yeux”, via tous les mensonges, toutes les légendes et autres stratégies de désinformation qui égrènent l’histoire de la psychanalyse, laquelle n’est qu’une autre “poudre de perlinpin” vendue par des charlatans à des gogos.

Mais, dans tout cela, l'on pourrait se tromper, en pensant que ce qui fonde aussi "La logique de la découverte scientifique", ce sont des considérations d'ordre moral. Or, il n'en est rien. Ce qui fonde cette logique, ces règles du jeu, c'est encore la logique. Et voilà que l'on pressent quelques imbéciles pour nous rétorquer que "La logique de la découverte scientifique" de Karl Popper, ne fait, elle aussi, que "s'autoriser d'elle-même". Seulement la réponse de Popper fut la suivante : s'il s'avérait qu'aucun élément pris dans l'histoire des sciences n'était susceptible d'étayer ses indications épistémologiques, il serait prêt à les abandonner. Or, les exemples qu'il fournit, notamment dans "Le réalisme et la science", une vingtaine d'exemples célèbres d'expériences cruciales de falsifications scientifiques, ne sont que des arbres qui cachent la forêt.

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Le projet scientifique, l'usage du langage, et les théories.

Toute créature humaine, si elle veut communiquer avec une autre, est obligée d'utiliser un langage. Tout commence par un projet de description, quel que soit ce qui motive la nature de ce projet, une activité scientifique ou non. Ceci implique donc évidemment qu'aucune science ne peut rester muette.

Dès que le discours scientifique choisit d'assumer sa destinée, (être divulgué et partagé), comment pourrait-il éviter d'être soumis au doute d'autres hommes, à leur toujours possible incrédulité, puis à leur envie tout aussi irrépressible de demander des preuves ?

Comment se fait-il qu'avant même que la science moderne n’ait vu le jour, les hommes  aient  toujours ressenti l'impérieux besoin de demander des preuves aux savants, et encore plus envie d'en contester les méthodes d'administration ? Nous oserons une tentative de réponse : c'est parce que les hommes ont toujours besoin de sécurité, (et les dogmes n'en offrent que l'illusion..),  et c'est aussi parce que seule la Vérité peut fonder l'individu. Sans parler du fait qu'ils ont horreur de constater que l'on a pu flouer leurs croyances.

Même dans les sociétés tribales, le sorcier doit présenter des  preuves de ses pouvoirs. Mais tout le problème vient de ce que les gens entendent par ce mot : "preuve",  et ce qu'ils admettent comme étant bien une preuve, tout autant que la méthode pour y parvenir et qui ne peut jamais en être dissociée.

Ainsi, pour prouver l'existence de quelque chose, soit il faut être sorcier et duper son auditoire sur la nature de ce que doit être une preuve et la méthode pour la construire, mais dans ce cas-là le sorcier court toujours le risque qu'un « esprit fort » demande à ce qu'il s'éloigne le plus possible de toute manipulation éventuelle qu'il pourrait exercer sur ce qu'il entend prouver aux yeux de tous ; soit il faut risquer une mise à l'épreuve qui soit contrôlable par d'autres que soi. C'est le meilleur moyen de convaincre autrui que ce l'on propose est "vrai", si celui qui conteste, malgré tous les efforts de réfutation qu'il a pu imaginer avec d'autres, (et indépendamment de soi), n'est pas parvenu à démontrer que ce que l'on proposait était "faux"...

La "voie de la science" exige donc un "droit de regard"  des autres hommes. Et ils exigent, pour leur sécurité tout autant que pour la confiance qu'ils ont en leurs croyances et la préservation de leur liberté, que celui qui prétend "faire science" et détenir un savoir universel pour éclairer tous les individus, ne puisse les priver de ce droit, ni même en influencer, manipuler, désinformer, ou plus simplement duper  ou empêcher le "regard"..

En somme, dès qu'il y a une décision à trancher sur ce qui doit être tenu pour "vrai" ou "faux", c'est à celui qui prétend détenir la "vérité" de convenir que ce qui doit être "tranché" doit l'être avec une épée commune, que tout le monde pourrait essayer à l'envi, et non lui seul, avec la sienne...

Par conséquent, dans une science authentique, la "charge de la preuve" doit toujours être partagée, et jamais dévolue uniquement à l'initiateur d'une découverte.

Albert Einstein : "sans le langage, la condition humaine se découvre pitoyable".

Puisque tout individu qui souhaite accéder à la compréhension de ce qui l'environne ou de lui-même doit en passer par une activité de description,  (puisqu'il est donc obligé de formuler des énoncés descriptifs), l'on ne voit vraiment pas du tout comment un langage quelconque pourrait se passer de l'usage  de noms communs et d'adjectifs, donc de termes universels,  pour conjecturer, et exprimer des projets de description, via des hypothèses. 

Or, comme le démontre Karl Popper dans "La logique de la découverte scientifique", les termes universels ne peuvent être constitués, parce qu'ils désignent, ils "étiquettent" une classe universelle  à laquelle appartiennent certains éléments, lesquels possèdent tous les mêmes caractéristiques. 

Ainsi, le terme "atome", implique la classe universelle suivante : "tous  les atomes", ce qui implique l'énoncé universel suivant : "tous les atomes possèdent les propriétés, ou les éléments x, y, z, etc."  Le terme "verre", "tous les verres", le terme "eau", "toute l'eau". Ces énoncés ne sont pas imitables dans le temps. 

Donc, tous les noms communs dénotent des choses qui "présentent un certain comportement régulier (quasi légal)"  (K. Popper), et ne "ne peuvent être réduits à des classes d'expériences" (K. Popper). Cela veut dire que ce ne peut être un certain nombre d'expériences singulières qui soient en mesure de donner une information complète dans le temps (infini) de ce qu'est un atome, un verre, ou de l'eau. (Voir. Karl Popper. "La logique de la découverte scientifique". Editions Payot, Paris, 1973, 62 - 63 ; 93 - 94). Donc, personne ne peut prétendre connaître "toute l'eau", (ou toute autre chose), en ayant seulement vu de l'eau, par exemple des milliers de fois.

Partant de là, il est donc rigoureusement impossible d'éviter d'avoir recours à des énoncés universels au sens strict, (dont dépendent tous les termes universels), pour formuler linguistiquement un hypothèse universelle, un projet de description, et enfin, une théorie scientifique qui ait la prétention, non seulement à l'objectivité mais aussi à l'intemporalité.

Puisqu'il est impossible qu'il en soit autrement, (comme le démontre Karl Popper), alors, il est tout aussi impossible d'éviter de s'intéresser, de prime abord, à la valeur descriptive potentielle de tout énoncé universel au sens strict qui prétende accéder à l'objectivité scientifique. Et ensuite, il est encore plus impossible d'éviter d'imaginer des "épreuves de vérité" que l'on pourrait faire subir à de tels énoncés. La logique de la découverte scientifique de Popper démontre, comme on le sait, que la seule et unique voie, nous soulignons, en passe toujours, par une ou plusieurs tentatives de réfutations. Mais des réfutations d'un certain genre : elles doivent dépendre de trois niveaux ou conditions de réfutabilité, la réfutabilité méthodologique étant un aboutissement puisqu'elle seule peut garantir l'objectivité et l'intemporalité d'une théorie scientifique.

Que l'on soit psychanalyste, psychologue, sociologue, anthropologue, chimiste, physicien, biologiste, etc., tout le monde est donc bien obligé d'utiliser le langage pour formuler un projet de description de tout objet de la Nature, (nature humaine comprise, cela va de soi). Peu importe le fond du projet scientifique, et même si ce projet de description n'est destiné que pour soi-même ou à un tiers qui n'aurait d'autre soucis que de décrire ce qui l'entoure immédiatement, ou bien lui-même.

Tous ceux qui veulent projeter de "faire science" en passent par là : le langage, donc, la théorie.

C'est la théorie qui est première et non l'observation (que ce soit dans un cadre scientifique ou non),  puisqu'il ne peut jamais y avoir d'observation qui soit "pure des faits", c'est-à-dire qui ne soit systématiquement dépendante d'un préjugé théorique a priori (K. Popper).

Par conséquent, l'une des premières questions fondamentales posée par l'épistémologie concerne la théorie qu'un scientifique ou une communauté d'hommes de science souhaite faire valoir : que vaut-elle ? En corollaire :  comment pourrions-nous en être renseignés ? Est-elle susceptible de subir des épreuves de vérité qui soient reproductibles et contrôlables de manière intersubjective et indépendante ? Quelles sont les méthodes utilisées ? Pourquoi admettre ces méthodes comme valides et aussi objectives que possible, et selon quels arguments, quels critères de scientificité ? Quels sont les résultats ? Pourquoi les admettre comme scientifiques et selon quels critères admis ? Pourquoi admettre tels ou tels autres critères de scientificité ? Est-ce parce qu'ils tentent d'éliminer le plus possible tout subjectivisme, (et tout psychologisme), menaçant le projet d'objectivité et d'intemporalité des théories mises à l'épreuve ou pour d'autres motifs ? Etc.,

En conclusion, La logique de la découverte scientifique, en se fondant sur une logique valide et démontrée ainsi que sur la philosophie de la connaissance, devient, elle aussi intemporelle, et, comme le soutient aussi Karl Popper, a-historique : elle pourrait fort bien se passer d’exemples pris dans l’histoire, puisqu’aucun être humain n’a jamais pu, ni ne pourra jamais se passer du langage pour décrire un seul fait de la Nature et communiquer sa description à un pair.

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La psychanalyse et la logique de la science.

La psychanalyse, elle, ne peut avoir le même statut qu’une Logique de la découverte scientifique, même si ses objets d’étude demeurent, sur le fond, pour le moins abstraits. Elle ne peut décréter, sans preuve aucune, que ses théories prétendant s’appliquer au réel, le peuvent effectivement sur la seule base de la cohérence interne que pourraient revêtir ses énoncés. Parce que la psychanalyse s’intéresse notamment à tout ce qui peut motiver la production d’un langage ou d’un acte, et ce, de manière inconsciente. Son objet fait donc partie du monde de la Nature, alors que celui de l’épistémologie du monde de la méthode. Et les hommes, pour autant que nous le sachions, ne sont jamais obligés de suivre une méthode, aussi « logique » et impartiale qu’elle puisse être, bien au contraire, ils sont toujours en proie à leur subjectivité, mais le seul moyen, le seul « garde fou » dont ils disposent pour espérer remettre le mouvement de leur pensée créatrice sur un chemin un peu plus  assuré et systématique, reste encore ... la logique, et non la seule confiance dans leurs croyances subjectives qu'ils croiraient étayées sur des sensations, des impressions, ou des "sense data".

Il reste donc toujours à la psychanalyse à tenter l'impossible : prouver qu'elle peut, elle aussi, permettre aux hommes de guider toujours mieux leurs pensées créatrices dans un but scientifique. Pour l'instant, elle n'en est même pas à l'ombre du commencement d'un tel projet. Au niveau de la psychanalyse, l'étude scientifique de la subjectivité humaine n'a pas encore commencé, et elle n'est pas prête de commencer.

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Aucune science ne peut s'émanciper d'un quid juris qui lui serait indépendant.

Une Science, ne peut jamais se "coopter" elle-même, "s'autoriser d'elle-même", et s'évaluer avec ses propres préceptes ou théories, pas plus qu'elle ne peut prétendre se défendre ou répondre à des critiques avec ses propres préceptes, théories ou autres préjugés. Un chat ne peut prouver qu'il est un "chat" par ses seuls miaulements. Une roue de bicyclette ne peut tourner toute seule, etc., etc., etc., C'est pourtant évident.

Ce que nous voulons dire c'est qu'une situation "tautologique", (ou quasi-tautologique), ne peut pas être une situation valide d'administration d'une quelconque preuve indépendante. On ne répond pas à une personne qui demande : "qu'est-ce qui prouve que c'est un chat ?", par : "et bien parce que c'est un chat". Par ailleurs, un chat ne peut savoir lui-même qu'il en est un sur le simple fait qu'il s'est entendu miauler. Il faut que d'autres chats lui apprennent qu'il n'y a que les chats qui peuvent miauler, (donc à l'exclusion (...)  de toute autre créature qu'ils connaissent). La référence extérieure, qui n'appartient pas en propre aux chats, est toujours logiquement requise.

Ceci a comme conséquence, qu'apprendre revient aussi à comprendre, et comprendre implique le fait de pouvoir expliquer, donc classifier.

Cependant, pour qu'une théorie soit explicative, il faut qu'elle puisse exclure certains faits, selon l'avis indiscutable de Spinoza, qui rejoint ici, Karl Popper. Ensuite, il en découle que les résultats concrets de l'activité scientifique sont des classifications universelles  de plus en plus précises et riches en contenu des phénomènes qu'elle décrit et explique.  Et l'on ne peut évidemment rien classifier sans exclure ce qui n'appartient pas à une classification. De cela, il découle enfin que si une classification universelle quelconque prétend être descriptive autant qu'explicative, elle ne peut qu'être au moins logiquement réfutable...

Mais voici maintenant ce que nous en dit Renée Bouveresse, (en plus du caractère circulaire de la plupart des justifications d'interprétations psychanalytiques, et le fait qu'elles tendent à devenir à elles-mêmes leur propre fondement) :

"Pour qu'une explication soit satisfaisante, une condition essentielle est requise : l’explicans  doit être fondamentalement indépendant de l'explicandum, c'est-à-dire qu'il doit être testable indépendamment de lui. Une explication circulaire, du type "la mer est agitée parce que Neptune est de mauvaise humeur, ce qui se prouve par le fait que chaque fois que Neptune est de mauvaise humeur il agite la mer", est évidemment une mauvaise explication, comme le sont aussi les explications ad hoc, qui n'ont en leur faveur que le phénomène à expliquer, et auxquelles Popper reproche aux psychanalystes de recourir trop souvent". (In : Renée Bouveresse. "Karl Popper et la science d'aujourd'hui. Colloque de Cerisy". Editions Aubier, Paris, 1989. "Une quête sans fin : le statut scientifique de la psychanalyse" par Renée Bouveresse. Page : 349).

Il ne peut donc exister de Science qui engendre sa propre épistémologie, son propre "quid juris". Car il n'est pas recevable d'être en même temps "juge et partie", ni dans le domaine juridique, ni même dans celui de la Science, ou dans tout autre domaine. Par conséquent, il ne peut exister d'épistémologie propre à la psychanalyse, ni aucune autre science, quelle qu'elle soit. Et la psychanalyse, (ou tout autre système théorique), ne peut revendiquer être l'épistémologie de quoique ce soit, sans se plier, d'abord, à ce qui est extérieur à elle et qui ne lui appartient pas en propre : des critères épistémologiques qui soient aussi indépendants et objectifs que possible. Autrement dit, des critères fondés de préférence sur la logique, et non sur une quelconque forme de psychologie ou même d'autres sciences.

Il nous semble que Karl Popper ait particulièrement bien démontré le caractère universel de "La logique de la découverte scientifique" qu'il proposa en 1934. Avec des arguments logiques, bien entendu, mais aussi avec ceux issus plus largement de la philosophie de la connaissance, parce qu'il argumente également sur le fait que l'épistémologie et l'étude des problèmes relatifs à la méthode scientifique n'en sont que des cas particuliers.

Sur la base des arguments développés par Popper, nous sommes en droit d'affirmer que la méthode scientifique est donc fondamentalement identique pour toutes les sciences, et même pour tout projet de fonder une nouvelle science, selon la logique, ou les règles du jeu de la science, démontrées par Popper. Comme il le soutient encore  dans beaucoup de ses ouvrages, comme par exemple dans "Misère de l'historicisme", il y a certes, des différences entre les différents corps scientifiques, mais la méthode ne peut pas être fondamentalement différente, toujours pour les mêmes raisons logiques.

Ainsi, il n'est pas valide de rejeter l'épistémologie de Karl Popper en argumentant sur le fait qu'elle serait soi- disant spécialement adaptée ou "inspirée" uniquement des sciences dites, (à tort), "exactes". Car, si l'on a bien compris ce que propose et démontre Karl Popper, aucune science authentique ne peut jamais atteindre une quelconque exactitude. Toutes les sciences sont faillibles. Toutes.

Or, il faut répéter que Sigmund Freud, a dès les débuts de l'histoire de la psychanalyse, résolument tourné le dos à une authentique démarche scientifique, non seulement en affirmant, sans aucune preuve possible, la possibilité d'un déterminisme psychique inconscient prima faciae absolu, mais encore en justifiant de s'isoler et de répudier par avance toute possibilité de contrôle indépendant.

Voilà pourquoi Sigmund Freud ne fut certainement pas ce "poppérien" avant la lettre que certain(e)s tentent de nous décrire, ou même nous imposer. Voilà pourquoi jamais la psychanalyse n'a approché d'aussi peu que ce soit de la véritable démarche scientifique. Et, contrairement à ce qu'elle affirme encore par les divers écrits de ses défenseurs, c'est bien plus lourd de conséquences qu'elle ne voudrait le laisser entendre quant à la crédibilité de ses pouvoirs de description et d'explication sur tout ce qui touche à notre vie animique. En effet, comme le soutient Mikkel Borch-Jacobsen, la psychanalyse n'est qu'une "théorie zéro", et il est facile d'en inférer le fait qu'elle ne peut être qu'une pratique thérapeutique dénuée de toute efficacité validement démontrable.

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(La partie précédente, depuis le début de la description de l'exemple de Sigmund Freud a été supprimée de l'article de Wikipedia.fr).

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Les trois conditions de la réfutabilité scientifique.

Karl Popper insiste donc sur le fait que la réfutabilité scientifique, est, in fine, "méthodologique", ne pouvant se limiter à une réfutabilité logique, ni même à une réfutabilité empirique.

Ces trois niveaux de réfutabilité sont par ailleurs chronologiquement nécessaires mais toujours insuffisants : la mise à l'épreuve scientifique d'une théorie, ne peut, selon Karl Popper, jamais garantir qu'une corroboration ou une réfutation qui y aboutit puisse être concluante, c'est-à-dire définitive. Elle ne peut donc jamais être absolue, (ou certaine), mais toujours relative à des tests, lesquels sont eux-mêmes relatifs, (et non absolus), à cause de l'insoluble problème concernant l'accès à une définition parfaitement précise de toute mesure empirique, ainsi que de l'inévitable mise en jeu de la subjectivité dans tout travail de recherche, fut-il scientifique. Sur ce dernier point, Karl Popper affirme en effet que : "La science est faillible, parce qu'elle est humaine".

1. La réfutabilité logique : 

· La première condition pour accéder à la réfutabilité scientifique, telle que l'envisage Karl Popper, est donc la réfutabilité logique : il faut, pour commencer, qu'une théorie soit réfutable en ce sens-là, c'est-à-dire qu'elle possède une classe non vide de "falsificateurs potentiels". Autrement dit qu'il soit possible d'inférer à partir de sa formulation initiale un ou plusieurs énoncés particuliers (énoncés de base) qui puissent éventuellement la contredire, ou en montrer la fausseté, totale, ou partielle, ou l'incomplétude de ses pouvoirs de description, mais de façon inédite.

2. La réfutabilité empirique : 

· Ensuite, il faut que la mise à l'épreuve d'un énoncé de base, déduit de la théorie que l'on souhaite tester par son intermédiaire, soit effectivement, (empiriquement), possible, (il s'agit de la réfutabilité empirique) : l'on doit pouvoir créer des conditions initiales de testabilité pour contrôler la confirmation ou l'infirmation empirique de l'énoncé de base testé. En cas d'infirmation, la théorie est corroborée, (la mise à l'épreuve à échoué à réfuter la théorie), et en cas de confirmation, elle est réfutée.

3. La réfutabilité méthodologique : 

· Il faut enfin que le test soit reproductible par d'autres chercheurs, afin de démontrer l'aspect non accidentel et le plus détaché possible de toute subjectivité liée aux expérimentateurs, comme par exemple certaines erreurs dans la manipulation des conditions initiales, ou même des tricheries. Cette troisième étape est la réfutabilité méthodologique, et Karl Popper soutient que son critère de démarcation doit se comprendre comme un critère de démarcation méthodologique. Cependant, puisqu'il est rigoureusement impossible de définir a priori ou a posteriori par rapport à un test, des conditions initiales avec n'importe quel degré de précision souhaité, il reste qu'aucun test scientifique ne peut jamais être suffisant pour décider avec certitude qu'une réfutation ou une corroboration soit concluante dans le sens où elle apporterait une vérité absolue et définitive, (l'accès à la définition de toute mesure empirique qui serait parfaitement précise étant, à jamais, totalement impossible). Il ne peut donc jamais y avoir de prétendu accès à la certitude dans aucun résultat véritablement scientifique, ni plus généralement dans aucune connaissance relative à la Nature, nature humaine comprise.

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Le « jeu de la science » est logiquement sans fin.

L'inévitable imprécision des résultats des tests, donc leur corrélative faillibilité alliée au fait qu'il est tout aussi impossible d'éviter complètement l'introduction d'éléments de subjectivité, rend le travail scientifique, (et les résultats qu'il produit), toujours critiquable, donc toujours potentiellement renouvelable ou heuristique : puisque tout test scientifique est imparfait ou "imprécis", il est toujours envisageable de supposer l'existence d'erreurs dont la résolution serait source de découverte d'un accroissement des connaissances. En outre, cette imperfection inhérente à tout test scientifique peut constituer cette part de l'inconnu qui soit éventuellement connaissable par la mise à l'essai de nouvelles conditions initiales d'expérimentation.

L'univers de la vraie science ne peut donc être un univers clos, mais "ouvert". Il ne peut reposer sur des bases solides, (ou "ultimes". Karl Popper), mais « sur des pilotis toujours mieux enfoncés dans la vase ». Et une science comprise au sens de Karl Popper ne peut jamais être "vraie"(au sens de la vérité certaine), mais toujours incomplète, imprécise, non suffisante, donc "fausse"  par rapport à la vérité certaine, laquelle demeure pour Karl Popper une "idée directrice" et métaphysique mais également nécessaire pour les progrès de la recherche scientifique. 

En somme, un science qui se dit "vraie", (au sens de la vérité certaine), ou qui est défendue comme telle, n'en est pas une. Seule une science qui est "fausse" peut toujours demeurer en tant que telle et faire évoluer les classifications des phénomènes qu'elle a déjà corroborées par des tests, parce que sa fausseté toujours démontrable est la condition sine qua non qui justement ouvre la voie de l'heuristique, autrement dit la possibilité de découvrir de nouveaux problèmes scientifiques. L'on rétorquera que les mathématiques, pour l'ensemble des savoirs que cette discipline propose sont "vraies", et même "certaines". Il ne reste plus alors, qu'à convoquer le jugement d'Albert Einstein lui-même, lequel écrira : "si la mathématique est certaine, elle ne s'applique pas à la réalité, et si elle n'est pas certaine, alors, elle s'applique à la réalité".

C'est la raison essentielle selon laquelle, le "jeu de la science" est logiquement sans fin. A cela, un psychanalyste comme Jacques Alain Miller rétorqua que la psychanalyse était une "théorie infinie". Mais, se doutait-il vraiment qu'une telle affirmation sur la psychanalyse, prêtait justement le flanc, de manière parfaite, à la contestation de sa réfutabilité ? En effet, puisque la psychanalyse n'a jamais été, et n'est toujours pas réfutable scientifiquement, la sous-classe de ses falsificateurs potentiels demeure, quoiqu'en disent les psychanalystes, désespérément vide. Ce qui implique qu'il est toujours possible de sauver la théorie par un moyen rhétorique ou un autre, par une interprétation ou une autre. Par conséquent, et comme l'affirma Jacques Alain Miller, il est effectivement possible de trouver, à l'infini (...), des confirmations  de la psychanalyse toujours potentiellement lisibles à la "lumière" de l'un ou l'autre de ses fondements théoriques, (comme "l'inconscient", ou le "refoulé inconscient"), autrement dit des biais de confirmation d'hypothèses, (quoiqu'il s'agisse surtout de dogmes ou de vérités révélées), lesquelles ne peuvent, en toute rigueur, jamais faire office d'authentiques résultats de mises à l'épreuve qu'aurait subie la psychanalyse, en conformité avec les propositions méthodologiques de Karl Popper.

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Une quête impossible : la réfutabilité scientifique de la psychanalyse.

Le refus d'accréditer une quelconque scientificité à la psychanalyse, n'est donc pas la "pire injure" qui lui aurait été faite au cours de son histoire, comme le revendique Elisabeth Roudinesco ; c'est plutôt l'affirmation de sa scientificité qui est un mépris non feint pour les arguments rationnels et indiscutables de l'épistémologie fondée sur la logique, affirmation et mépris qui confinent au charlatanisme lorsqu'ils servent d'arguments d'influence et de propagande auprès du public, et en particulier, auprès des usagers.

S'ajoute à la réfutabilité méthodologique le fait qu'un test ne peut être reconnu comme "scientifique" « que s'il est déductible d'une tradition de recherche déjà reconnue comme scientifique par des institutions », (et encadrée par ces dernières), d'une part, et, d'autre part, que si les expérimentateurs ont eux-mêmes des compétences reconnues et contrôlées par de telles institutions.

Il reste enfin que quelle que soit la valeur d'une réfutation ou d'une corroboration, ce sont, in fine, toujours la communauté des chercheurs qui prend la "décision méthodologique" d'accepter ou de rejeter les résultats des tests, après discussion critique sur la validité des méthodes ainsi que leur usage qui ont mené aux résultats.

La réfutabilité scientifique est en somme, selon Karl Popper, toujours le fruit d'un travail collégial et contrôlé, lequel ne devrait, en principe, jamais échapper à ce qu'il nomme, "le rationalisme critique". Il s'en suit que la science ne procède donc jamais d'un travail isolé ou privé, voire même d'un groupe d'individus qui ne pourrait justifier que leur démarche soit inscrite dans une tradition qui les précède, (y compris depuis les prémisses de leur activité, c'est-à-dire les premières conjectures métaphysiques constitutives des engagements ontologiques ayant permis de fonder leur projet "scientifique"), et en l'absence d'une divulgation de leurs méthodes.

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Le projet freudien ne fut jamais scientifique.

S'il fallait encore en rajouter sur la caractère foncièrement dénué de toute scientificité du projet de Sigmund Freud, que l'on en juge par ces affirmations du père de la psychanalyse, toutes contenues dans l'introduction de l'ouvrage cité au début de l'article, "Introduction à la psychanalyse" :

Page 9 :

"Et, maintenant, vous êtes en droit de me demander : puisqu'il n'existe pas de critère objectif pour juger de la véridicité de la psychanalyse et que nous n'avons aucune possibilité de faire celle-ci un objet de démonstration, comment peut-on apprendre la psychanalyse et s'assurer de la vérité de ses affirmations ?"

"On apprend d'abord la psychanalyse sur son propre corps, par l'étude de sa propre personnalité. Ce n'est pas là tout à fait ce qu'on appelle auto-observation, mais à la rigueur l'étude dont nous parlons peut y être ramenée."

Pages 10 - 11 :

"Ni la philosophie spéculative, ni la psychologie descriptive, ni la psychologie dite expérimentale et se rattachant à la physiologie des sens, ne sont capables, telles qu'on les enseigne dans les écoles, de vous fournir des données utiles sur les rapports entre le corps et l'âme et de vous offrir le moyen de comprendre un trouble psychique quelconque."

Quelques commentaires sur ces affirmations de Freud :

Il existe des critères objectifs pour juger de la véridicité de la psychanalyse : ceux émis par Popper au sujet de la réfutabilité scientifique. Mais, à l'époque où paraît "Introduction à la psychanalyse", Karl Popper était encore trop jeune pour mettre Freud définitivement en échec.

S'il n'existe aucun moyen de faire de la psychanalyse, un "objet de démonstration", alors, cette affirmation prête le flanc à son caractère non testable, donc irréfutable, et par voie de conséquence, dogmatique. La psychanalyse ne contient que des "vérités révélées", des affirmations arbitraires  et dogmatiques.

La méthode proposée par Freud pour "s'assurer de la vérité de ses affirmations" est une méthode entièrement subjective, en dehors de tout contrôle indépendant et systématique. Elle suggère surtout de lire sa propre personne, à la "lumière" des théories de la psychanalyse, pour y trouver "partout" des confirmations. Et plus tard, l'on sait que si de telles confirmations ne sont pas "lisibles", c'est peut-être qu'elles sont "refoulées", ou bien que celui qui ne les "lit" pas, présente une "résistance inconsciente", etc., etc...

Les affirmations suivantes de Freud démontrent très clairement son mépris pour les travaux scientifiques de son époque, et en particulier pour la psychologie utilisant la méthode expérimentale.

 

Patrice Van den Reysen. Tous droits réservés.

 

Pour aller plus loin : consulter une revue plus détaillée de cette problématique, ici.

 

 

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