La censure et le refoulement, (psychanalyse) : unis pour périr ?...

Qui n'a pas entendu parler, en France, ("le pays le plus freudien du monde...") de ces deux théories issues de la psychanalyse ?

"L'escamoteur". Jérôme BOSCH. "L'escamoteur". Jérôme BOSCH.

...Nous verrons que ce n'est pas la théorie du refoulé inconscient qui constitue la "clé de voûte"  de la psychanalyse, comme le prétendait Freud, mais celle de la censure.

Nous verrons aussi que si cette "clé de voûte" s'effondre, (et elle s'effondre), elle entraîne dans sa chute tout le reste de l'édifice, de la théorie à la pratique.

 

1. Définition :

« Le refoulement est, (...), le processus grâce auquel un acte susceptible de devenir conscient, c'est-à-dire faisant partie de la préconscience, devient inconscient. Et il y a encore refoulement lorsque l'acte psychique inconscient n'est même pas admis dans le système préconscient voisin, la censure l'arrêtant au passage et lui faisant rebrousser chemin. » (Sigmund Freud. Introduction à la psychanalyse, p. 321, 322)

On voit donc bien là où se trouve le processus de censure pour Freud : entre l'inconscient le plus profond (le refoulé) et le préconscient. Par conséquent, la censure est un processus totalement inconscient dans le sens où il empêche certains « faits psychiques refoulés » de remonter au préconscient, puis à la conscience.

Par contre, l'acte de censure peut être tout à fait conscient lorsqu'il s'agit de rejeter des pensées conscientes désagréables, de les « oublier », bref, de les « refouler ». Elles sont donc, pour Freud, engrangées dans notre inconscient, en constituent le « refoulé », mais ne sont jamais totalement oubliées et agiraient en permanence à l'insu du sujet.

Mais la censure semble rigoureusement identique, pour Freud, à un autre refoulement, en ce qu'elle serait, elle aussi permanente. Il écrit, à propos des rêves, page 126 :

« Nous voyons ainsi que la censure ne borne pas sa fonction à déterminer une déformation du rêve, mais qu'elle s'exerce d'une façon permanente et ininterrompue, afin de maintenir et conserver la déformation produite. »

On a presque envie de dire qu'il y aurait une identité de fonctionnement entre la censure et le refoulé. Ce qui implique un contact vraiment très intime entre ces deux instances psychiques. Mais ce qui étonne le plus c'est cette activité des plus intelligente de la censure, à pouvoir "déformer"  elle-même le matériau psychique, selon ses propres règles autonomes, tout en maîtrisant à la perfection le hasard et le non-sens dans le "chaos"  du refoulé. La censure est donc un agent de calcul psychique inconscient absolument infaillible. Si le refoulé était cet "Autre", ou ce démon que nous aurions en nous, et qui tirerait toutes les ficelles du Moi ; dans ces ténèbres de l'âme, la censure occuperait donc le "premier cercle". Elle serait "l'Autre-de-l'Autre"!

Comment ne pas s'imaginer que la censure est alors une sorte de personnage mythologique ? Une créature qui contrôle l'entrée et la sortie des "Enfers"? Comment se représenter sa puissance de calcul si elle maîtrise le hasard et le non-sens ? Ainsi, l'homme possèderait en lui, [mais nous avons déjà, à maintes reprises, évoqué ce problème], une créature surpuissante, dont les capacités de calcul rendraient même caduques toutes les théories probabilistes de la physique quantique, puisqu'au niveau des calculs opérés par la censure, l'univers du "probable" serait totalement exclut.

La censure est "la" superstition freudienne. Le refoulé n'est que son terrain de jeu. Un "jeu" rendu soi-disant illogique  par Freud, ("l'inconscient cela n'a pas de logique", écrira-t-il), mais dans le seul but (inavouable) de justement donner les pleins pouvoirs à la censure, donc les pleins pouvoirs à l'interprétation des associations "libres", et à ses échappatoires, ses rebondissements, ses manipulations, etc. Si le refoulé avait une "logique", les "calculs" opérables par la censure seraient, eux aussi, logiquement, en nombre plus limités, et, du même coup, l'interprétation freudienne ne pourrait être toujours victorieuse, quelles que soient les circonstances.

Pour faire intervenir la créature mythologique quand il le souhaite, sans jamais courir le risque que l'interprétation ne puisse trouver d'échappatoire ou de voie de secours, face aux faits les plus rétifs, Freud avait donc besoin de supprimer tout ordre dans le refoulé : c'est la censure qui discrimine, qui classifie, qui observe, qui décide, qui calcule. Et la censure c'est, in fine, l'interprétation dans le contexte de la cure des associations libres, et des "résistances" du patient, et l'interprétation c'est toute la psychanalyse.

Autrement dit, tout le contenu de l’interprétation n’est donc rien de plus qu’un “discours” sur ce que “doivent” être l’inconscient, le refoulé, et la censure.

Cela veut dire que ce “discours” n’est aussi qu’une imposture par rapport à ce “réel” non démontrable par des tests, et qu’entend justement interpréter le psychanalyste.

Le premier à avoir inventé et formulé un tel discours est évidemment Sigmund Freud, identifié à juste tire comme un “dichter” par Mikkel Borch-Jacobsen dans son livre “Le sujet freudien”. Puisque ce discours est foncièrement non scientifique, il est bien assimilable à une sorte de prose, ou de poésie sur le psychisme, mais qui ne repose sur aucun réel, sauf l’imagination de son géniteur : Sigmund Freud.

Ainsi, le “discours” n’est “valide” que dans ses propres termes, et ne s’autorise que de lui-même, sans aucun autre quid juris que lui-même, c’est-à-dire, Sigmund Freud. Il n’est qu’une vérité narrative, (M. Borch-Jacobsen). Il ne devient “signifiant” que dans le cadre manipulateur et suggestif de la cure, et fait de “l’inconscient” rien de plus qu'un artefact, (M. Borch-Jacobsen),  qu’une co-fabrication, (Jacques Van Rillaer), entièrement circonstanciels à la cure et toujours sous la dépendance de son géniteur princeps, le père de la psychanalyse. 

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2. Brève présentation :

Pour Sigmund Freud, la "clé de voûte" de toute la psychanalyse, c'est le refoulé. C'est-à-dire la partie de l'inconscient la plus enfouie dans l'appareil psychique de l'individu. Et ce lieu serait d'autant plus inaccessible à la conscience qu'il nécessiterait, et donc justifierait à lui seul l'intervention de l'analyste pendant la cure. En résumé, impossible d'avoir accès à son propre refoulé, sans l'aide de l'analyste. Pourquoi ? Parce qu'il y a une autre "instance psychique" chargée, selon Freud, d'empêcher cet accès autonome par le sujet, c'est la fameuse "censure". Donc, nous serions plutôt tenté de dire, que toute la psychanalyse repose, non sur sa théorie du refoulé inconscient, mais sur l'existence même de cette "censure" du refoulé, laquelle protège le moi conscient des "remontées" du "matériel pathogène" (donc refoulé et particulièrement actif à l'insu du sujet...). Mais si l'existence même de cette censure (non prouvée par Freud autrement que par ses propres confirmations rhétoriques...) pouvait être totalement invalidée, que resterait-il à la psychanalyse ?...

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3. La censure et le refoulé, un problème d'identité ?

Reprenons "Introduction à la psychanalyse" de Sigmund Freud, par une citation très importante.

Page 127, Freud écrit :

« Soyez certains que lorsque vous refusez de donner votre acquiescement à une interprétation correcte de vos rêves, les raisons qui vous dictent votre refus sont les mêmes que celles qui président à la censure et à la déformation et rendent l'interprétation nécessaire. »

La première chose remarquable c’est comment Freud confond (...) habilement les “raisons” et les “causes”, ou plutôt comment il entend aussi que notre esprit assimile une raison à une cause. Mais citons Jacques Bouveresse, dans son livre “Mythologie, philosophie et pseudo-science. Wittgenstein lecteur de Freud”. Editions L’Eclat, Paris, 1991, page : 85 :

“Le fait que le sujet ignore généralement une bonne partie des raisons qui le font agir ne réduit pas celles-ci à l’état de causes sur lesquelles il en est réduit à des hypothèses. Ce qu’il ignore en pareil cas, ce sont justement des raisons, et non des causes. En d’autres termes, Freud traite la raison comme une cause, en supposant qu’elle peut être conjecturée par une procédure de type scientifique et confirmée à la fin par l’acquiescement du sujet qui la reconnaît comme ayant été effectivement sa raison ; et il traite la cause comme une raison, en supposant que les causes qu’il cherche peuvent être connues de la deuxième façon, qui n’a rien à voir avec la manière dont on vérifie des hypothèses causales dans une science expérimentale”.

Donc, pour Freud, il y a une identité  parfaite entre des raisons  conscientes et inconscientes liées à la résistance consciente de l'interprétation du thérapeute. Dans ce cas, il est quand même assez difficile d'admettre l'existence d'une partie inconsciente, même minime de la censure dont parle Freud. Mais lorsque Freud écrit que « les raisons qui vous dictent votre refus sont les mêmes que celles qui président à la censure », il veut dire aussi qu'il y a identité entre les raisons inconscientes, liées aux actions de refoulement, et les autres raisons inconscientes, liées au processus de censure.

Il est donc clair que pour Freud, les processus dits de censure  et de refoulement  sont inconscients, tous deux permanents, mais surtout très intimement liés par des relations de cause à effet : c'est parce que la censure serait opérante ou fonctionnelle contre  les éléments pathogènes refoulés, que ces derniers ne pourraient émerger à la conscience du sujet sans l'aide d'un analyste, lequel, par une relation copsychique (Nicolas Geogieff) entre lui et son patient, permettrait leur prise de conscience "cathartique" et rendrait possible la disparition des symptômes (névrotiques, etc...).

Mais on peut supposer qu'en situant aussi la censure aux frontières de la conscience, et en contact direct avec le refoulement, Freud fait, (malgré lui), du refoulé, non plus la partie la plus inconsciente de ce qu'il appelle « l'appareil psychique », mais un "lieu" bien plus proche de la conscience qu'il ne le souhaitait, à cause de cette proximité de la censure avec le moi conscient.

Donc, selon Freud, c'est cette partie profonde (le refoulé) qui justifie l'intervention extérieure d'un analyste. C'est, comme l'écrivit Freud, « la clé de voute »  de toute la psychanalyse.

Le refoulé  a pour contenu tous les souvenirs traumatiques, les émotions, les représentations vécues dans l'enfance de manière traumatisante, et qui seraient, du fait de ce "passé traumatique", des agents pathogènes source de symptômes, parce qu'inconsciemment refoulés. Le refoulé serait la partie la plus archaïque, dynamique (donc pathogène), mais aussi permanente  de la personne. Le « matériel psychique » qui intéresse donc, au premier chef l'analyste, est le refoulé inconscient, et ce qui est censé représenter son contenu « manifeste » (dans le conscient) : par exemple, les rêves (leur contenu manifeste) et les névroses du patient. Tout ce contenu étant perceptible dans les associations libres  qu'est invité à formuler le patient au cours d'une analyse, dans une relation transferrentielle, "copsychique".

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4. Une régression à l'infini.

Mais les actions de refoulement (et le refoulé), doivent, pour être maintenues dans leur statut inconscient, subir l'action d'un autre niveau supérieur d'interdit. C'est là qu'intervient, selon Freud, la censure.

Cette censure, située à la frontière du conscient doit, répétons-le,  elle aussi avoir un statut inconscient, car si elle était consciente, alors le sujet pourrait avoir un accès direct à son refoulé, lequel ne serait donc plus inconscient et ne justifierait donc plus l'intervention d'un analyste ni même la psychanalyse toute entière.

Si donc la censure doit elle aussi être inconsciente, c'est qu'un autre mécanisme (probablement « psychique »  ?) la maintient dans ce statut en l'empêchant de devenir consciente. Cet autre mécanisme, dont Freud ne parle pas et qui doit pourtant logiquement exister, doit lui aussi être, à son tour, inconscient (et maintenu en tant que tel), sinon, le sujet pourrait avoir accès à sa censure, puis à son refoulé, qui, du même coup, ne seraient plus inconscients comme la théorie freudienne l'exige.

On a donc bien un problème de régression à l'infini, et il devient tout à fait impossible de justifier la notion de censure. Par conséquent, cette notion injustifiable, en perdant tout fondement, disparaît, et avec elle, la théorie du refoulement freudien. (Comme le démontra aussi, mais de manière différente, Adolf Grünbaum dans « La psychanalyse à l'épreuve »).

Cependant, il faut admettre que si la censure était un processus inconscient totalement autonome, donc ne dépendant pas lui-même d'une autre instance supérieure, il n'y aurait pas de problème de régression à l'infini. Dans ces conditions, et bien que faisant partie de l'appareil psychique inconscient, la censure, « gardienne du refoulé », serait donc éternellement vierge de toute influence de ce avec quoi elle est en contact. Elle serait cette sorte d'agent que l'on ne peut influencer, que l'on ne peut plier, qui est absolument rigide, mais qui pourtant est doté de capacités de discernement inouïes puisqu'elle se charge de contrôler le contenu du refoulé inconscient qui, selon Freud, est régit par un déterminisme psychique absolu et excluant tout hasard.

Le caractère autonome  de la censure, n'a jamais été prouvé de manière indépendante par Freud, par l'intermédiaire de tests expérimentaux, ni même, à notre connaissance, par aucun psychanalyste.  Adolf Grünbaum reprocha même à Freud, (pourtant en défense de arguments de Karl Popper sur la réfutation), de n'avoir jamais fourni de preuves inductives probantes sur l'existence du refoulé inconscient ou sur celui de censure, manque de preuve qui saperait, selon Grünbaum, autant la confirmabilité inductive de la psychanalyse que ses possibilités de réfutation par l'expérience (Cf. "Les fondements de la psychanalyse" & "La psychanalyse à l'épreuve").

En l'absence totale de preuve de l'autonomie  du processus de censure, cette notion si capitale pour tout l'édifice de la psychanalyse, n'a d'autre statut que celui d'une vérité révélée, un dogme rendu nécessaire dans l'arsenal rhétorique de Freud, afin de justifier tout aussi dogmatiquement l'existence d'une partie de l'inconscient qui serait à ce point enfouie et inaccessible qu'elle nécessiterait absolument l'intervention d'un analyste. Mais il est à souligner que pour comprendre ses propres rêves, (rêves mythiques et mensongers, d'où est née la psychanalyse), Freud n'a eu besoin de personne d'autre que ses propres ressources introspectives, pour avoir accès à son propre refoulé...

Mais les questions cruciales demeurent : pourquoi n'y aurait-il pas dans les choix mêmes opérés par la censure sur ce qu'elle interdit, des choses que le conscient ne doit pas savoir ? Autrement dit, si pour être en contact direct avec le refoulé inconscient, la censure se doit, elle aussi, d'être inconsciente, pourquoi n'avons-nous pas un accès direct à cette censure, parce que certaines de ses opérations, seraient inacceptables pour le conscient ? N'y a-t-il pas dans les façons de faire de la censure, des choses que le conscient ne peut admettre et qui sont aussi la cause du maintien de la censure dans son statut inconscient ? Pourquoi la censure ne pourrait-elle être influencée, modifiée, par ce qu'elle doit interdire tout en étant en contact direct et permanent avec le refoulé ? Ce serait comme si un geôlier qui vivrait en permanence et en contact direct avec ses prisonniers ne pouvait jamais être influencé par eux de quelque manière que ce soit !

En effet, si le « refoulé » représente quelque chose d'inavouable pour le conscient, quelque chose donc qui pourrait mettre le sujet dans un état de malaise profond s'il en était conscient, et si c'est bien la censure qui protège ainsi le conscient des éléments refoulés, c'est donc qu'elle aussi, a partie liée de façon très intime, directe même, avec « l'inavouable ». La censure est donc chargée de la « basse besogne » consistant à maintenir dans le cachot profond du refoulé, ce que le « sujet ne doit pas savoir ». Mais puisqu'elle est inconsciente, c'est donc que l'on veut la cacher elle aussi, comme un Etat voudrait masquer, et ses secrets les plus dangereux, et ceux qui les protègent, les « censeurs ».

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5. On ne peut donc éviter de se poser la question : « qui »  empêche la censure de devenir consciente ? Quelle autre force qui lui est supérieure, laquelle doit, elle aussi être inconsciente, et ainsi de suite... ?

Comme on le voit, le problème de la régression à l'infini, bien que sortit par la porte, revient par la fenêtre...

Il n'y a donc ni censure, ni refoulement, ni refoulé  qui soient inconscients, et surtout qui soient réglés par un déterminisme psychique absolu excluant tout hasard et tout non-sens comme Freud l'affirma explicitement dans son livre « Psychopathologie de la vie quotidienne ».

Il n'y a donc pas de psychanalyse, ou, comme l'écrit Mikkel Borch-Jacobsen dans « Le dossier Freud. Enquête sur l'histoire de la psychanalyse » : « la psychanalyse est une théorie zéro ».

Jean-Paul Sartre avait déjà vu le problème lié à la notion de censure. Il écrit, à propos de la mauvaise foi, in : « L'Etre et le Néant » :

« La censure, pour appliquer son activité avec discernement, doit connaître ce qu'elle refoule. Si nous renonçons en effet à toutes les métaphores représentant le refoulement comme un choc de forces aveugles, force est bien d'admettre que la censure doit choisir et, pour choisir, se représenter. D'où viendrait, autrement, qu'elle laisse passer les impulsions sexuelles licites, qu'elle tolère que les besoins (faim, soif, sommeil) s'expriment dans la claire conscience ? Et comment expliquer qu'elle peut relâcher sa surveillance, qu'elle peut même être trompée par les déguisements de l'instinct ? [...] En un mot, comment la censure discernerait-elle les impressions refoulables sans avoir conscience de les discerner ? [...] Il faut que la censure soit consciente d'être consciente de la tendance à refouler, mais précisément pour n'en être pas consciente. Qu'est-ce à dire sinon que la censure doit être de mauvaise foi ? »

Comme le fait comprendre Sartre, il est donc impossible que pour Freud, la censure ne soit pas en contact direct  avec le refoulé. Mais, à l'insu du sujet, elle agirait pourtant avec une étonnante capacité de discernement (et même de jugement) qui serait même totalement infaillible si l'on s'en tient au déterminisme psychique absolu de Freud. Sartre montre qu'à un tel niveau « d'intelligence » il est peu plausible que la censure ne soit pas, en fait, consciente. Mais cette intelligence infaillible de la censure, en liaison avec le déterminisme absolu de Freud, n'est-elle pas analogue à celle du Démon de Laplace ? Sartre n'entrevoit certes pas le problème de la régression à l'infini, mais celui de la capacité d'un agent  supposé inconscient, comme la censure, à effectuer les mêmes actions complexes de jugement, de discrimination et de représentation qu'un agent conscient. Mais comme pour Sartre il est impossible de n'être pas conscient de faire quelque chose consciemment sans être de mauvaise foi, il assimile donc la censure à de la simple mauvaise foi.

Il ressort néanmoins de l'analyse de Sartre, que la censure est bien inconsciente et en contact permanent avec le refoulé. Par conséquent on ne peut que retomber dans le problème insoluble de la régression à l'infini que nous avons exposé plus haut.

Nous devons sans doute corriger ce que nous avons écrit plus haut : "il n'y a donc ni censure, ni refoulement, ni refoulé, (...), il n'y a donc pas de psychanalyse (...)". Pourquoi ? Parce que, puisqu'il demeure impossible de tester de manière indépendante, l'existence de la censure et du processus de refoulement en raison du postulat du déterminisme psychique prima faciae et absolu, sans lequel la psychanalyse se trouve entièrement dénaturée de son fondement princeps ; il demeure tout aussi impossible de fonder une croyance, soit en la fausseté, soit en le proximité à la vérité de ces notions. Car la croyance en certains faits, en certaines phénomènes, et en certaines lois naturelles, que ce soit pour la fausseté, ou la vérité, nécessite toujours un appui empirique, via des conditions initiales qui puissent être manipulées par d'autres chercheurs, ce que Freud a toujours explicitement exclut. Les freudiens, peuvent toujours affirmer, sur la base de confirmations lues à la lumière de ces notions, les énoncés exitentiels  au sens strict suivants : "il y a la censure" ; "il y a le refoulé" ; etc... Ce type d'énoncés demeurent toujours potentiellement vérifiables mais aussi irréfutables, parce que le postulat déterministe de Freud entraîne l'impossibilité totale d'une sous-classe d'énoncés particuliers qui pourraient logiquement les réfuter, et qui ne sont donc que confirmables  et jamais corroborables (ou à contrario, réfutables) par des tests.

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6. L'avantage considérable de la régression à l'infini dont nous avons parlé :

Il se trouve dans le prix de la cure. Dans l'argent. Dans les bénéfices purement financiers que peut en tirer un psychanalyste. Car, face à un patient ignorant des questions de l'épistémologie fondée sur la logique, ce "jeu de l'inconscient", peut durer aussi indéfiniment que c'est le psychanalyste qui décide ce qui doit être interprété, ou quel discours est opportun pour convoquer l'action de la censure ou d'une autre quelconque résistance...

Voilà qui nous fait conclure, avec beaucoup d'autres que la psychanalyse ne peut jamais avoir été rien d'autre, et n'est toujours au fond rien d'autre, qu'une pratique de charlatans.

 

(Patrice Van den Reysen. Tous droits réservés).

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