Bélarus / Vidéo - Grève et rassemblement à l'usine MZKT

Le 14 août 2020 les travailleurs de l'usine MSKT de vehicules lourds agricoles et militaires, était en grève. La Direction de l'usine a convoqué un rassemblement qui très vite s’est transformé en A.G.

Étrangement la vidéo a été retiré de Youtube....

Rassemblent des travailleurs de l'usine MSKT en grève le 14 août 2020, en Bielorusie insurgée. © inconnu

En résumé du déroulement de l'A.G:

De nombreux ouvriers et employés sont intervenus. L'assemblée a été organisée à l'initiative de la direction de l'usine. Probablement par ordre du pouvoir. Le directeur a dit qu'ils étaient là pour les écouter, mais pas pour prendre position. Il a reçu les 5 ou 6 demandes écrites celles-ci ont été remises au directeur, sans avoir été lues au préalable. Il a dit qu'il allait transmettre. Il a entendu les demandes orales que les travailleurs ont librement formulées. Beaucoup d'autres sont intervenus. Tout cela dans le calme. Franchement. Factuellement.

Au minute 9:30 le Directeur de l'usine dit aux ouvriers qu'ils "n'ont pas voté pour quelqu’un mais contre quelqu’un". Les ouvriers protestent et disent qu'ils ont bien "voté pour". Un ouvrier, qu'ont entends très bien qui est tout près de la prise de vue, pose la question à l'AG "qui a voté pour Svetlana?" Tous les ouvrier lèvent la main et crient Svetlana, Svetlana ! en contredisant le Directeur.

Le dénominateur commun des interventions était de dénoncer par des témoignages vecus la répression, les arrestations et les disparitions. Un travailleur ayant 40 ans d'ancienneté dans l'entreprise a déclaré que son fils était porté disparu. De nombreux ouvriers d'usine participant aux manifestations sont en prison, ont déclaré ses collègues. L'un demande la fin des CDD d’un an généralisés.

Ils ont exigé qu'ils ne soient pas licenciés de l'entreprise pour avoir participé aux manifestations. Le directeur a répondu que s'ils n'avaient rien fait de répréhensible, il n'allait pas les jeter dehors.

Un travailleur a proposé une assemblée générale quotidienne à 11h30 pour discuter de la situation dans le pays. Ils ont demandé que la presse soit présente mais pas la télévision officielle qui les traite comme des "toxicomanes" et des "criminels".

La grève est éminemment politique puisque tous les discours ont dénoncé le fait que le vote avait été trafiqué. Qu'il ne correspond pas à la réalité des chiffres réels. Un travailleur a déclaré que, dans son lieu de vote, des milliers de personnes ont voté pour la candidate alternative à Loukashenka. Ils ont condamné le fait que la candidate avait été contrainte à l'exil. Les travailleurs ont applaudi à l'unanimité pour chacune des revendications ou dénonciations.

Dans presque tous les discours, les gens ont crié "que parte » Loukashenka. Et plusieurs orateurs ont terminé par le slogan "que parte le cafard", comme on a appelé Loukashenka. On l'appelait aussi "le bourreau".

Vers la fin, une journaliste, qui s'est croisée à plusieurs reprises devant la caméra, s'est exprimée dans le micro utilisé par la direction de l'entreprise, pour dénoncer la répression des journalistes qui participent aux manifestations. Ils sont arrêtés et licenciés.

Il ne fait aucun doute que la grève est politique. Ils disent que ce n'est pas une révolution. C’est ne pas Maidan. Ils exigent seulement des élections propres, sans fraude, et donc que Loukashenka reconnaisse s'il perd. Ils affirment que ce sont eux qui ont déjà gagné, ayant voté en masse pour Svetlana Tikhanovskaïa.

La libération de tous les manifestants et des prisonniers de l'opposition a été exigée à plusieurs reprises, en même temps que le départ de Loukashenka.

La grève générale de Bélarus, rappelle la grève qui éclate aussi mi-août, 1980 à Gdansk, Pologne, lorsque les 17 000 ouvriers des chantiers navals Lénine cessent le travail, plus que Maidan.


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