Cuba-dossier/ La rébellion du 11/07/2021, la dévaluation monétaire a été l’étincelle.

Il ne s'agissait pas d'une question de Révolution et de Contre-Révolution. Lorsque les gens descendent dans la rue sous le capitalisme, ils ne le font presque jamais pour des raisons révolutionnaires. Ils le font parce qu'ils passent un très mauvais moment. Et que dans le socialisme ou ce qu'il y en a à Cuba, ou ce qu'il y avait en Union soviétique et en Europe de l'Est, c'est la même chose.

Les forces de l'ordre - du ministère de l'intérieur, des FAR, des troupes spéciales, des cadets des académies militaires et même des réserves - ont violemment réprimé. Manifestation pacifique, avant que les forces répressives interviennent. Un mort confirmé par le ministère cubain de l'Intérieur. Et quand sa mère l'a su, elle s'est suicidée. C'était son seul fils. © France Presse Les forces de l'ordre - du ministère de l'intérieur, des FAR, des troupes spéciales, des cadets des académies militaires et même des réserves - ont violemment réprimé. Manifestation pacifique, avant que les forces répressives interviennent. Un mort confirmé par le ministère cubain de l'Intérieur. Et quand sa mère l'a su, elle s'est suicidée. C'était son seul fils. © France Presse

Sommaire :

  1. Depuis Cuba, correspondance, 16/07/2021, traduit par Patricio Paris.
  2. À propos des manifestations du 11 juillet à Cuba. A partir de quelque part à Cuba, 17 de julio, 2021, Comité Editorial de Comunistas, traduction par Robert March.
  3. Explosion sociale à Cuba : les signaux ignorés. Par Alina Bárbara López Hernández, La Joven Cuba, 15.7.2021, traduction du castillan (Cuba) par Hans-Peter Renk
  4. Video : Protestas en Cuba: presente y futuro de la Revolución, Intervention de Julio César Guanche. Organisé par Viento sur, Sinpermiso, Jacobin, Catarsi. © Viento sur

1. Depuis Cuba…
Par Juan Habana (*), 16/07/2021.

Les Cubains parlent beaucoup. Et ils tournent au tour du pot pour dire des choses. La télévision cubaine reflète très bien la cubanité [c’est-à-dire le langage et les traditions partagées par les Cubains, par opposition aux Européens et aux Américains, NDT]. [1] Ils parlent et parlent du matin au soir. C'est pourquoi je ne la regarde pas. Mais la vérité est que toutes les annonces politiques et économiques importantes sont faites à la télévision. Ainsi, lorsque quelque chose d'important se produit, le lendemain, je lis Granma, Cubadebate ou Juventud Rebelde pour connaître les annonces officielles. Le langage écrit est toujours plus structuré, concis et succinct que le langage oral. Le 1er janvier 2021[2], le gouvernement cubain a annoncé un très important train de mesures économiques. Le samedi 2, ces mesures sont devenues plus claires et plus précises. Le dimanche 3, en lisant la presse et en prenant le café du matin avec ma compagne, je lui ai dit : "Amour, le gouvernement est devenu fou". Elle a levé la tête, surprise, a ouvert de grands yeux et m'a demandé pourquoi je disais ça. "Parce qu’il n’est pas possible d’augmenter cinq fois les prix de la nourriture, de l'électricité, des transports et tout le reste, même si les salaires sont augmentés cinq fois, si t’as un pays où seulement 3 millions de personnes gagnent un salaire, et 500 000 sont des « cuentapropistas » [sorte d’auto-entrepreneurs, notamment dans le petit commerce ou les services] qui peuvent répercuter l'augmentation du coût de la vie sur leurs prix, mais où il y a 3,5 millions de travailleurs informels ou au chômage qui ne pourront rien faire contre les augmentations de prix, et penser que le pays ne va pas exploser dans 6 mois ? ". 

Les manifestants pacifiques au Capitolio National à La Habana, avant la répression. © YAMIL LAGE/AFP/GETTY IMAGES Les manifestants pacifiques au Capitolio National à La Habana, avant la répression. © YAMIL LAGE/AFP/GETTY IMAGES

"Il ne s'agissait pas d'une question de Révolution et de Contre-Révolution. Lorsque les gens descendent dans la rue sous le capitalisme, ils ne le font presque jamais pour des raisons révolutionnaires. Ils le font parce qu'ils passent un très mauvais moment. Et que dans le socialisme ou ce qu'il y en a à Cuba, ou ce qu'il y avait en Union soviétique et en Europe de l'Est, c'est la même chose."

Plus tard, j'ai écrit avec inquiétude à mes plus proches collègues du parti et, dans un langage plus politique, je leur ai dit : " Est-il clair pour vous que dans 6 mois, il y aura une explosion sociale suite à ces mesures, car en plus de souffrir d'une pénurie d'aliments et de médicaments telle que nous n'en avons pas vu depuis la "période spéciale"[3] des années 90 - due à des causes anciennes, la pandémie et la disparition du tourisme, l'intensification du blocus, l'énorme dépendance à l'égard des aliments et des matières premières, et le manque d'aliments et de matières premières pour l'économie du pays ? ". L’énorme dépendance à l'égard des denrées alimentaires et des matières premières - il y aura 3,5 millions de Cubains vivant dans l'informalité et le chômage, qui n'auront pas assez à manger, parce qu'ils auront épuisé toutes leurs réserves, vendu tout ce qu'ils avaient à vendre, emprunté ce qu'ils pouvaient et ne pourront plus rien faire ? ". Les plus méfiants parmi ces camarades m'ont dit que je ne comprenais pas Cuba, que cela n'arriverait jamais ici, que le gouvernement mettrait en place des aides pour les personnes les plus défavorisées, que les gens faisaient encore confiance à la Révolution et que la Contre-Révolution ne parviendrait pas à obtenir un soutien. De la manière simple et claire que ma pensée a acquise au fil des ans et de l'expérience, j'ai répondu qu'il ne s'agissait pas d'une question de Révolution et de Contre-Révolution. Lorsque les gens descendent dans la rue sous le capitalisme, ils ne le font presque jamais pour des raisons révolutionnaires. Ils le font parce qu'ils passent un très mauvais moment. Et que dans le socialisme ou ce qu'il y en a à Cuba, ou ce qu'il y avait en Union soviétique et en Europe de l'Est, c'est la même chose. Et maintenant, une partie des Cubains serait en train de passer un très mauvais moment. Les plus prudents parmi mes camarades du Parti avaient une autre réponse : "J'espère que cela n'arrivera pas".

Aujourd'hui, je regarde le calendrier et j'ai peur. Je le fais parce que j'avais raison. 6 mois et 11 jours plus tard, les gens sont sortis dans la rue. Pendant cette période, j'ai vu l'ambiance autour de moi changer. La première semaine de janvier, mes voisins ont suivi avec beaucoup d’attente les annonces du gouvernement. Les familles se rassemblaient devant le téléviseur pour regarder l'Informativo « Estelar » ou les programmes spéciaux où les ministres et les spécialistes expliquent les mesures économiques à la population. De balcon en balcon, dans les portail, dans les files d'attente, les gens se racontent ce qu'ils ont entendu, débattu, pensé. La deuxième semaine de janvier 2021, j'ai quitté l'île avec une grande tristesse. Ma compagne a été admise à l'hôpital pédiatrique pour une infection urinaire dont elle souffrait depuis trois mois. Lorsque je lui ai dit au revoir, j'ai pleuré de l'avoir laissée à l'hôpital, mais je n'avais pas d'autre choix que de retourner en Europe pour la dernière fois. Lorsque je suis retourné à La Havane fin mars pour y rester vivre, l'atmosphère avait considérablement changé. Les gens étaient anxieux, frustrés, fâchés. Un vieux camarade de plus de 80 ans, qui lit et me passe le Granma, m'a dit : "on est mal. Je ne peux même plus fumer". J'ai tout compris. Pire encore, j'entendais de temps en temps des gens du quartier dire : "Díaz Canel, singao [enfoiré, NDT].

President Diaz Canel enfoiré ! © EFE/EPA/ANSA President Diaz Canel enfoiré ! © EFE/EPA/ANSA
Puis vient la provocation de la « gusanera » [ainsi sont nommés les cubains de Miami, "tas de vers-de-terre", à Cuba], avec le clip "Patria y Vida"[4], en opposition au slogan révolutionnaire "Patria o Muerte". Et merde, de temps en temps, je l'entendais en marchant dans le quartier. Même dans une file d'attente dans un magasin un matin, un garçon l'a mis sur son haut-parleur et a produit une altercation avec les agents PNR [Police National Revolutionnaire]. Beaucoup ont défendu le garçon. Et ce n'est pas qu'il ait plein de contre-révolutionnaires. Non, pas du tout. C'est juste que les gens sont fatigués, angoissés et en colère. Je ne sais pas si ces choses se passaient dans les beaux quartiers comme El Vedado, Miramar ou Siboney. Mais là où je vis, à Santa Fé, dans la banlieue ouest de La Havane, là où la ville se termine par des petites maisons précaires, après quoi vient la campagne, c'est cela qui arrivait. Et ce n'est pas étrange. Comme il s'agit d'un quartier plus pauvre, plus noir, où l'on trouve plus de femmes seules avec leurs enfants, où plus de gens vivent dans l'informalité et le chômage, les mesures du 1er janvier 2021 ont frappé plus fort ici. Et je me suis dit : "Comment peuvent-ils ne pas voir en haut que ça va exploser ? Il n'est pas pertinent ici d'expliquer l'ensemble du plan économique du 1er janvier.

La répression a fini avec le pacifisme des manifestants. © Ramon Espinosa AP La répression a fini avec le pacifisme des manifestants. © Ramon Espinosa AP

La dévaluation monétaire, et son impact dans le déclenchement de la rébellion.

Mais il est nécessaire de souligner deux autres faits essentiels pour comprendre pourquoi les gens sont descendus dans la rue le 11 juillet et les jours suivants. Parallèlement à l'augmentation des prix, il a été décidé, le 1er janvier, de fixer un taux de change de 1 USD = 24 CUP [pesos cubains]. En d'autres termes, les prix ont été multipliés par 5, mais le dollar a été maintenu au même prix que celui auquel il était déjà disponible pour le public. Le fait est que seulement 40 % des familles cubaines reçoivent au moins un envoi de fonds par an de l'étranger. Bien sûr, certains reçoivent beaucoup d'argent, d'autres un peu, d'autres exceptionnellement. Certains auront également un salaire, ou un commerce privé, ou seront des travailleurs informels, ou seront au chômage et n'auront rien d'autre. Et dans certains cas, il s'agira de familles nombreuses, dans d'autres de petites familles, et dans de nombreux cas, de familles dont les enfants sont pris en charge par des femmes seules. Sans doute l'impact a-t-il été inégal, mais dans tous les cas, cela a signifié que le pouvoir d'achat des envois de fonds qu'ils recevaient a été divisé par cinq. Des facteurs qui ont contrebalancé ce résultat peuvent être mentionnés, comme le fait que les prix sur le marché noir ont atteint 1 USD = 50 CUP et plus. Cela a donné un certain répit à la hausse des prix. Ou que l'on a ouvert des magasins où les prix sont en dollars (en réalité ils sont en MLC, Monnaie Librement Convertible, dont l'origine peut être des dollars, des euros, des francs suisses ou n'importe quelle Visa ou Mastercard) et pour cette raison ils n'ont pas augmenté 5 fois plus comme si est arrivé avec les prix en pesos. Ces magasins réservés aux MLC étaient une grande source de tension parmi la population. D'abord, parce que 60 % des familles cubaines ne reçoivent pas de fonds de l'étranger et n'ont pas de MLC pour faire leurs achats dans ces magasins. Deuxièmement, parce que les 3 millions de travailleurs de l'État reçoivent leurs salaires en CUP, leur argent est donc inutile dans les magasins du MLC. Et troisièmement, le facteur le plus irritant pour les gens, les magasins payés en CUP étaient vidés de leurs marchandises, alors que ceux payés en MLC débordaient de mêmes marchandises. N'est-il pas évident que de telles choses poussent les gens dans la rue ? Toutefois, il ne faut pas croire que l'intérêt désespéré de l'État pour capter des dollars est dénué de sens. Ce n'est pas du tout le cas. C'est très rationnel. Mais toute rationalité est limitée. Et celle-ci l’était beaucoup. Cuba, comme tous les pays d'Amérique latine, souffre de l'héritage colonial de la monoculture et du fait qu'elle a été prolongée jusqu’à très tard. Lorsque l'Union soviétique s'est effondrée en 1991 et a cessé d'acheter du sucre cubain, 80 à 90 % des exportations du pays ont disparu d'un seul coup. L'économie s'est effondrée et sans la Révolution et les communistes, nous aurions vu sur l'île les scènes de faim, de pauvreté et de destruction que nous voyons en Afrique sub-saharienne. L’empêcher a été leur plus grand exploit.

Une économie dépendante des importations.

Mais après 30 ans d'efforts pour modifier sa matrice productive, le pays traîne toujours une énorme dépendance à l'égard des denrées alimentaires et des matières premières. En 2019, les chiffres de la balance commerciale des marchandises sont effrayants. Quelque 10 milliards d'USD d'importations, contre quelque 2,5 milliards d'USD d'exportations. C'est un rapport impossible. En revanche, la plus grande invention cubaine de ces décennies a été l'exportation de services médicaux. Beaucoup plus réussie que le tourisme. Je ne sais pas si c'est Fidel, Chávez ou quelqu'un d'autre qui l'a inventé. Les médecins, les infirmières et les techniciens de la santé cubains ont sauvé le pays et permettent qu’il fonctionne encore. Ils rapportent peut-être 6 ou 8 milliards de dollars par an, ce qui contrebalance le déséquilibre du commerce extérieur. Mais la disparition du tourisme à la suite de la pandémie a été un coup terrible en 2020. Avec la perte des touristes, Cuba a perdu quelque 3 milliards de dollars de revenus par an. En raison de la dépendance alimentaire du pays, l'île importe 80 % de ce que nous mangeons. En 2019, cela représentait environ 2 milliards de dollars. Cela signifie qu'avec le tourisme, 1,5 fois tout l'argent nécessaire à l'importation de nourriture par an a disparu. C'est la raison de la pénurie actuelle de nourriture, de médicaments et de tout le reste. L'État ne dispose pas des fonds nécessaires pour les importer ou pour importer les matières premières requises pour les produire ici. Il faut ajouter à cela le blocus yankee et les prix supplémentaires que Cuba doit payer pour importer quoi que ce soit, en raison de la menace de sanctions américaines contre ses partenaires commerciaux. Un blocus criminel qui représente quelque 5 milliards de dollars par an.

C'est pourquoi le gouvernement a augmenté les prix de tout 5 fois et a laissé le taux de change à 1 USD = 24 CUP comme il était. Pour capter 5 fois plus de dollars. C'est pourquoi les magasins ont été ouverts aux MLC. Capter chaque dollar utilisé pour acheter une livre de riz, afin d'importer une autre livre de riz, à mettre sur la même étagère. Le gouvernement ne peut rien faire avec les pesos cubains qui proviennent des magasins CUP. Ils sont inutiles pour importer et réapprovisionner les aliments qui sortent de ces magasins. Mais à ce stade, un économiste illuminé a peut-être eu une idée atroce. Pourquoi ne pas vider les magasins CUP et remplir de marchandises les magasins MLC ? De cette façon, nous attirerons encore plus de dollars. Ceux qui n'ont que des pesos cubains n'auront d'autre choix que d'acheter des choses à ceux qui ont des dollars. Ceux-ci nous donneront à leur tour encore plus de dollars, à acheter pour les vendre aux autres. De cette façon, les marchandises en MLC ruisselleraient sur ceux qui n'ont que des CUP. Le problème est que ces derniers paieront encore plus cher pour les marchandises. Et dans une situation de pénurie générale, ils paieront 2, 3 et 4 fois la valeur du magasin. Le coût de la vie et la réduction de la capacité de consommation ont augmenté dans la même proportion. Par exemple, une canette de bière Cristal dans un magasin MLC coûte 1,25 USD ou 30 CUP. Dans la rue aujourd'hui, elle coûte 100 CUP ou 4 USD. C'est très bien de capturer des dollars pour importer de la nourriture, des médicaments, du pétrole et tout le reste. Mais des contrepoids sociaux étaient nécessaires pour assurer certains minima à ceux qui n'ont pas de dollars et vivent en pesos, et surtout, à ceux qui n'ont pas de commerce privé ou de salaire. Ces contrepoids brillaient par leur absence. L'un des moments les plus tristes de ces mois pour moi a été lorsqu'un ministre a dit comme si de rien n'était : "Les gens doivent comprendre qu'à Cuba, à partir de maintenant, il sera très difficile de vivre sans travailler". Mais compadre, où les 3,5 millions de personnes qui vivent dans l'informalité ou le chômage pourraient-elles trouver un emploi, si l'économie stagne à cause de causes anciennes, la pandémie et la disparition du tourisme, l'intensification du blocus, l'énorme dépendance vis-à-vis des aliments et des matières premières ? La table était mise pour que la population descende dans la rue.

Les mesures incendiaires du Département d’Etat des US.

Les Yankees ont compris clairement la situation et font tout leur possible pour rendre difficile l’arrivée des dollars à l'île. Ils ont obligé Western Union à cesser ses activités dans le pays et ont menacé de sanctions les entreprises qui effectuaient des transferts vers l'île. Beaucoup ont cessé de le faire. Le gouvernement cubain, encore plus désespéré pour capter de dollars, a retardé la remise des fonds aux bénéficiaires afin de les utiliser pour payer les importations. Encore plus de sociétés de transfert de fonds ont cessé de travailler avec l'île à cause de cela. En fin de compte, il n'y avait pratiquement aucun moyen pour les dollars d'atteindre le pays autrement que par les « mules » (porteurs individuels), et le gouvernement avait moins de dollars à capturer pour les utiliser pour les importations.

Les économistes illuminés du gouvernement cubain, interdisent les dépôts en dollars en espèces.

À la fin du mois de juin, pour des raisons qui ne sont toujours pas claires pour moi, le gouvernement a décidé que les banques n'accepteraient plus les dépôts en dollars en espèces. Les seuls moyens de charger des cartes de débit pour acheter dans les magasins des MLC étaient les virements, et ceux qui avaient des dollars en espèces auparavant ne pouvaient plus rien en faire. Par conséquent, il n'y avait pas grand-chose à acheter dans les magasins en pesos cubains et moins de gens pouvaient acheter dans les magasins en dollars. Les files d'attente dans les magasins du MLC ont été réduites. La théorie perverse du ruissellement de l'économiste éclairé a également cessé de fonctionner. Et le coup de grâce dans l'humeur des masses, a été l'augmentation accélérée des cas de Covid. Celles-ci ont grimpé en flèche dans tout le pays au cours des deux dernières semaines, et en particulier dans la province de Matanzas, atteignant des sommets inégalés, mettant le système de santé en difficulté et le pays en mauvaise posture.

La Habana, Capitolio, Parque Central. Le Président Díaz Canel est suivi : "L'ordre de combattre est donné. Dans les rues, les révolutionnaires ! " © Swissinfo La Habana, Capitolio, Parque Central. Le Président Díaz Canel est suivi : "L'ordre de combattre est donné. Dans les rues, les révolutionnaires ! " © Swissinfo

Le dimanche 11 juillet 2021.

Le jour où les gens sont descendus dans la rue, j'étais dans un bureau d'Etecsa [Empresa de Telecomunicaciones de Cuba S.A.], en train d'acheter du crédit pour parler et envoyer des SMS, comme si je savais qu'ils allaient faire tomber l'internet. Nous étions une dizaine, assis sur des bancs face à face, à faire la queue, et la nervosité était palpable dans les bavardages des uns avec les autres. J'ai perçu une certaine panique. Un homme a déclaré avoir vu, avec horreur, des photos de personnes tuées par Covid dans les couloirs d'un hôpital de Matanzas. Une vieille dame racontait que pendant les derniers jours du mois dernier, jusqu'à ce qu'elle et son mari puissent retirer leurs provisions du carnet de rationnement, ils se sont nourris d'eau sucrée. Un autre homme a dit qu'avec Fidel, les choses qui se passaient n'auraient jamais pu avoir lieu et que Cuba ne serait plus jamais la même. Mais il y a une dame qui a mis le doigt sur le problème, pour comprendre pourquoi il y a eu des personnes qui ont ressenti le besoin de descendre dans la rue ce jour-là. Elle a déclaré : "Je pense que le gouvernement a perdu le contrôle de tout, du coronavirus, de l'économie, de tout". Je ne pense pas que ce soit exact, mais c'est la perception de nombreux Cubains. Les informations dont nous disposons sur les manifestations, leur portée géographique et sociale, ainsi que sur la lutte politique qui se déroule au milieu d'elles, sont très limitées. À cela s'ajoutent les distorsions qui découlent de la guerre médiatique contre Cuba. Mais on ne peut pas parler que tout est parti en l’air ou d'une explosion sociale, comme je l'ai dit plus haut. Avant-hier, nous avons traversé une partie de La Havane pour emmener ma compagne à l'hôpital pédiatrique et il y avait une normalité absolue dans l'hôpital et dans les rues. Hier, nous sommes allés à la pharmacie car ils sortaient des médicaments et à notre grande surprise, nous avons trouvé l'antibiotique que nous cherchions. Nous nous sommes ensuite rendus au magasin dans la rue 5ème A, et après la file d'attente habituelle, nous avons fait notre achat. Et à notre grande surprise, ma carte Visa a fonctionné même si l'Internet était toujours en panne. [au fait ce sont deux canaux de trafic distinct, NDT] Au fil des jours, nous connaîtrons plus précisément l'étendue de ce qui s'est passé, mais la vie continue. Il s'agit sans aucun doute des plus grandes manifestations depuis la Révolution. Mais ce n'est pas fou qu'il y ait des gens qui protestent alors que tout est dans le chaos. Nous devons dédramatiser la situation. Nous devons lui donner la place qui lui revient. L'avenir nous dira si la Révolution se remet de ces manifestations et de celles à venir, si elle en tire les leçons ou si elle y succombe. J'espère de tout cœur que la Révolution ne s'effondrera pas. Si c'est le cas, Cuba deviendra Haïti en quelques semaines ou quelques mois. Pas Miami, comme le promet la gusanera. Et à ma grande tristesse personnelle, mon quartier de Santa Fe va devenir un endroit insupportablement pauvre et violent. Comme toutes les périphéries des villes d'Amérique latine de nos jours...

Traduit par Patricio Paris.

(*) Juan Habana, j'ai changé le nom de l'auteur, pour le protéger.

[1] Pour plus de détail sur ce sujet, consulter “Cubanidad : Survival of Cuban Cultural Identity in the 21st Century”, de Maria Morukian, Swords and Ploughshares, A journal of international affairs (version online), volume XIII n° 2, fin 2003,6 p. (NDT).

[2] https://alencontre.org/ameriques/amelat/cuba/cuba-le-cuc-cessera-de-circuler-le-1er-janvier-2021.html (NDT).

[3] La "période spéciale" de temps de paix de Cuba a été une longue période de crise économique qui a débuté à la suite de l'effondrement de l'Union soviétique en 1991 et, par extension, du CAME, ainsi que du renforcement de l'embargo américain depuis 1992.123 La dépression économique provoquée par la période spéciale a été particulièrement grave au début et au milieu des années 1990, le PIB s'étant contracté de 36% au cours de la période 1990-93. À partir de 1994, une reprise s'est amorcée, le PIB atteignant en 2007 des niveaux similaires à ceux de 1990. Elle se définissait initialement par de sévères restrictions sur les hydrocarbures sous forme d'essence, de diesel et d'autres dérivés du carburant que Cuba tirait de ses relations économiques avec l'Union soviétique. Cette période a transformé la société cubaine et son économie, ce qui a conduit Cuba à procéder à des réformes urgentes dans le domaine de l'agriculture, a entraîné une diminution de l'utilisation des automobiles et a imposé des révisions dans les domaines de l'industrie, de la santé et du rationnement. (NDT).

[4] https://m.youtube.com/watch?v=pP9Bto5lOEQ (NDT)..


2. À propos des manifestations du 11 juillet à Cuba

Nous publions ci-dessous, dans le cadre des nombreux articles et documents sur la situation actuelle à Cuba présentés sur ce site, cette contribution particulière du courant «Comunistas» établi à Cuba. (Réd. A l’Encontre)

Six jours après les événements et après s’être livrée à une analyse approfondie, la rédaction de Comunistas rend publique cette déclaration sur les manifestations de protestation qui se sont déroulées à Cuba dimanche dernier, 11 juillet.

De façon quasi simultanée et avec plus ou moins d’intensité, Cuba a connu le 11 juillet une série d’explosions sociales qui ont touché au moins 6 des 14 provinces qui constituent le pays. Au cours des 62 années écoulées depuis la victoire de la Révolution sous la direction du commandant Fidel Castro Cuba n’avait jamais connu une situation comparable.

Même si, dans un premier temps, les premières protestations ont eu un caractère pacifique, la quasi-totalité des manifestations se sont terminées dans des affrontements violents, provenant des deux côtés. Cette série de manifestations simultanées antigouvernementales n’a pas de précédent à Cuba sous le socialisme. C’est un facteur à prendre nécessairement en compte pour comprendre ces événements.

Il faut rappeler qu’à Cuba les dernières protestations massives, datant du 5 août 1994, connues depuis sous le nom de Maleconazo, avaient été contenues en quelques heures alors que Fidel Castro s’était rendu sur place. Une manifestation de 200 personnes scandant des mots d’ordre contre le gouvernement dans un lieu central était quelque chose d’inconcevable dans la société cubaine.

Pourtant, ne serait-ce qu’à La Havane, ce sont au moins 3 000 personnes qui ont défilé spontanément ce 11 juillet.

Les événements à La Havane

Les protestations, dont le détonateur a été la manifestation qui s’est produite dans la ville de San Antonio de los Baños, à 100 km à peine de la capitale, se sont rapidement étendues à La Havane. Peu après 15 h (heure locale), près de 200 personnes ont occupé un espace dans le centre-ville, le parc de la Fraternité, pour se rendre ensuite devant le Capitole (le siège officiel du Parlement).

Pendant la première heure de la protestation, la police n’a procédé qu’à des interpellations isolées, en permettant, au moins tacitement, que se déroule la manifestation. Elle a alors gagné un autre lieu dans le centre-ville, le parc Máximo Gómez, situé entre l’ambassade d’Espagne et le siège du bureau national de l’Union des jeunes communistes. Jusque-là, plus de 500 personnes s’étaient rassemblées de façon pacifique sur l’esplanade du parc, alors que se poursuivaient des interpellations ponctuelles.

Par la suite, un groupe d’une centaine de personnes, brandissant des drapeaux cubains et du Mouvement du 26 juillet, scandant des mots d’ordre socialistes et favorables au gouvernement, a gagné le parc Máximo Gómez. Simultanément, d’autres groupes liés au Parti communiste et à l’Union des jeunes communistes, ainsi que des cadets du ministère de l’Intérieur, ont investi le quartier.

De leur propre initiative les manifestants se sont dispersés et il semblait qu’à La Havane tout au moins, où les protestations avaient commencé, elles s’étaient terminées, et de façon pacifique. On a pourtant appris plus tard que le cortège s’était transformé en une grande manifestation qui parcourait des rues importantes de La Havane. Sur son parcours la manifestation de protestation était rejointe par de nombreuses personnes, de 2000 à 3000 – selon des sources non officielles –, qui scandaient des mots d’ordre hostiles au gouvernement.

À un moment donné, les manifestants ont décidé de gagner la mythique place de la Révolution, où se trouvent les sièges de la Présidence, du Comité central du Parti communiste, du ministère de l’Intérieur, du ministère des Forces armées ainsi que les locaux des principaux journaux nationaux.

Aux abords de la place de la Révolution les manifestants ont été refoulés par les forces de l’ordre et des groupes de civils pro-gouvernementaux, ce qui a conduit à des affrontements violents opposant les deux parties, qui se sont conclus par un nombre indéterminé de blessés et d’interpellations.

Parallèlement, dans la Calzada de 10 de Octubre, à La Havane, se sont produits des événements d’une grande violence avec deux voitures de police renversées. Par la suite ont été diffusées des vidéos montrant des actes de vandalisme graves tels que le caillassage d’un dispensaire pour enfants. La mort d’un manifestant, Diubis Laurencio Tejeda, a été confirmée. À l’heure actuelle, on n’a pas connaissance d’autres décès liés aux manifestations.

Les violences ont été le fait aussi bien des manifestants que des groupes qui sont venus les agresser, tous armés principalement de pierres et de bâtons. On ne connaît pas le nombre de blessés de part et d’autre, pas plus que le nombre d’interpellations sur les lieux des événements, ni celles qui ont eu lieu postérieurement en lien avec les manifestations. Nous ne connaissons pas le nombre de personnes toujours détenues irrégulièrement depuis six jours.

Alors que les protestations se produisaient à La Havane, des faits similaires avaient lieu dans les villes de Bayamo, Manzanillo, Camagüey, Santiago de Cuba, Holguín, ainsi que dans des localités de moindre importance, qui ont également pris fin dans la violence, et dès le début pour certaines.

Origine et nature des protestations

Les protestations qui ont eu lieu à Cuba le 11 juillet ne peuvent se comprendre ni comme un affrontement entre contre-révolutionnaires et communistes, comme a voulu le faire croire le gouvernement ; ni comme un affrontement entre un peuple opprimé face et un régime dictatorial ; ni comme un affrontement entre la classe ouvrière révolutionnaire et une bureaucratie politiquement dégénérée.

Les protestations du 11 juillet ont en fait réuni simultanément ces trois dimensions : les organisations contre-révolutionnaires – financées par les États-Unis – s’en prenant violemment au Parti communiste ; des groupes d’intellectuels ressentant profondément les atteintes à leurs libertés publiques qu’impose la censure ; et la classe ouvrière exigeant du gouvernement des améliorations de ses conditions de vie. Néanmoins, même si cette dernière dimension était largement majoritaire, on ne peut pas expliquer ces manifestations en invoquant des masses socialistes politiquement conscientes exigeant davantage de socialisme à une bureaucratie ankylosée.

Nous pouvons caractériser les protestations du 11 juillet en neuf points essentiels.

1 – Dans leur grande majorité les manifestants n’étaient liés à aucune organisation contre-révolutionnaire, et les protestations n’étaient pas dirigées par des organisations contre-révolutionnaires

La principale cause des manifestations était le mécontentement face à la grave pénurie provoquée par la crise économique, les sanctions imposées par le gouvernement des États-Unis et la gouvernance critiquable et inefficace de la bureaucratie d’État. C’est un mécontentement qui tient à la carence d’aliments et de produits de base ; à l’existence des magasins en monnaie librement convertible auxquels ne peuvent accéder que ceux qui ont des devises, et où se concentre une grande partie de l’offre des produits de base ; aux longues files d’attente pour acheter des aliments aussi élémentaires que le pain ; à la pénurie de médicaments ; aux restrictions visant les dépôts en banque de liquidités en dollars ; à la hausse des prix des services publics (à La Havane le tarif des transports en commun a augmenté de 500 %) ; à la réduction des services gratuits ; à une inflation galopante ; à la hausse du prix des produits de base ; aux incessantes coupures d’électricité… Tels sont les facteurs objectifs qui ont conduit à une situation propice à une explosion sociale.

N’oublions pas non plus que Cuba connaît sa plus grave crise économique depuis 30 ans. Il aurait fallu la venue de plus de 4 millions et demi de touristes et la stabilité des prix sur le marché international pour que le PIB croisse d’au moins 1 % en 2020. Mais Cuba n’a accueilli que le quart des touristes attendus, 1 million et demi, et l’économie mondiale est entrée en crise. La chute du nombre de touristes a provoqué la perte de quelque 3 milliards de dollars. Cuba importe près de 80 % des denrées alimentaires et y consacre 2 milliards de dollars. À part la Chine qui a bénéficié d’une faible reprise, tous les pays partenaires commerciaux de Cuba ont connu une récession économique.

Au mois de juin 2021 Cuba n’avait accueilli qu’à peine plus de 130 000 touristes. L’essentiel des réserves du pays ont été épuisées en 2020. Les dépenses liées à la prise en charge par l’État de la lutte contre le coronavirus ont lourdement pesé sur l’économie du pays. Il faut y ajouter les graves sanctions imposées par Trump que le président Biden n’a pas abrogées et qui ont encore aggravé les effets cumulés du blocus.

Mais ce ne sont pas les causes de la crise de l’économie cubaine qui importent aux travailleurs et à leurs familles quand ils se retrouvent devant leurs assiettes, et ce d’autant moins que la légitimité politique du gouvernement continue à se détériorer.

2 – La légitimité politique du gouvernement s’est considérablement affaiblie

Le discours politique officiel est loin d’être convaincant. Il ne touche pas la jeunesse. La propagande des organisations de jeunesse officielles lui reste étrangère. Le grand nombre de jeunes qui ont participé aux protestations en témoigne (sans qu’on puisse le chiffrer pour le moment). Au-delà, il y a l’impact du discrédit politique résultant d’années de crise et des erreurs accumulées globalement par l’administration gouvernementale. En outre, le gouvernement ne bénéficie plus aujourd’hui de la légitimité qu’avaient les dirigeants historiques de la Révolution. La coupure entre les dirigeants du pays et la classe ouvrière est chaque jour plus visible et met en cause des conditions de vie très inégalitaires.

3 – Les protestations ont pris naissance dans les quartiers ouvriers et socialement défavorisés

Les inégalités sociales sont un problème toujours plus présent dans la société cubaine. Pauvreté, baisse des aides sociales, précarité des politiques publiques et sociales, pénurie des aliments et des produits de base fournis par l’État, à quoi s’ajoute la dégradation des politiques culturelles, telles sont les caractéristiques dominantes dans les quartiers périphériques ou défavorisés [1]. La conscience politique s’y affaiblit et la rigueur de la précarité et de la simple survie prend le dessus sur l’idéologie. Le discours politique, qui plus est, se développe très souvent sans faire la jonction avec les nécessités quotidiennes des travailleurs. Pour les habitants des quartiers vulnérables plongés dans cette situation socio-économique, les dirigeants du pays ne sont vus que comme des gens qui bénéficient d’un niveau de vie élevé.

4 – Les protestations n’ont pas un caractère majoritaire

La majorité de la population continue à soutenir le gouvernement. Les manifestations ont effectivement reçu le soutien d’une partie des habitants des quartiers où les événements se sont produits, mais une partie importante de la population s’y est opposée et en a rejeté les revendications. Certes, les manifestations à La Havane ont réuni environ 5 000 personnes mais, objectivement, cela ne permet pas de dire qu’elles ont reçu un soutien majoritaire.

Malgré le discrédit politique qui affecte le gouvernement, il bénéficie toujours du capital politique de la Révolution et du prestige de Fidel Castro et il règne toujours en maître sur l’imaginaire socialiste. Ce sont ces éléments qui lui permettent dans une large mesure de bénéficier d’une considérable légitimité dans la majorité de la population.

5 – Les mots d’ordre des manifestants n’étaient pas des revendications socialistes

Les mots d’ordre scandés principalement dans les manifestations étaient « la Patrie et la Vie », « Liberté » et des injures visant le président Miguel Díaz-Canel. « La Patrie et la Vie » est un mot d’ordre dérivé d’une chanson clairement de droite dont l’opposition vivant à Miami fait la promotion. Les autres revendications concernaient les libertés publiques, ce qui n’en fait pas pour autant des revendications à caractère socialiste.

Outre les protestations contre la censure et l’exigence de davantage de libertés publiques, le mot d’ordre « À bas la dictature » est revendiqué et capitalisé par la droite cubaine et la contre-révolution. Des membres de notre comité éditorial ont rencontré des manifestants qui n’étaient pas contre Fidel Castro ni contre le socialisme mais qui étaient là pour réclamer de meilleures conditions de vie. Mais ces points de vue différents n’étaient pas explicites dans les manifestations.

6 – Un groupe minoritaire d’intellectuels s’est engagé dans les protestations

Regroupés pour l’essentiel dans le mouvement du 27 N [voir à ce sujet les articles publiés sur le site A l’Encontre en date du 31 décembre 2020 et du 14 décembre], ces intellectuels réclamaient des libertés publiques en particulier dans le domaine de la création et de l’expression. Mais ces revendications n’étaient pas au centre des protestations. C’est dû, dans une grande mesure, au fait que les revendications des intellectuels dissidents ne répondent pas aux attentes de la majorité de la population qui exige avant tout une amélioration de ses conditions de vie.

7 – Le lumpenproletariat y a joué un rôle significatif

Des groupes appartenant au lumpenproletariat ont joué un rôle important en se livrant à des actes de vandalisme et de saccage qui ont affecté le cours initialement pacifique des manifestations à La Havane.

8 – Il est de plus en plus évident que la propagande contre-révolutionnaire a tenu un rôle organisateur dans les protestations

Même si ce n’est pas le principal facteur qui a provoqué ces manifestations, il est indéniable qu’une campagne de droite massive a été organisée à partir des États-Unis sur les réseaux sociaux, avec l’objectif clair de renverser le gouvernement. Cette campagne a eu un impact notable dans un important secteur de la population. Il faut avoir en tête que 4,4 millions de Cubains ont accès aux réseaux sociaux via leurs téléphones portables.

9 – La fin des manifestations a été marquée par des violences

À La Havane, à part quelques faits isolés, la manifestation partie du centre-ville s’est d’abord déroulée pacifiquement. Elle a ensuite dégénéré en un grave affrontement avec les forces de police et des personnes favorables au gouvernement quand les manifestants ont voulu se rendre sur la place de la Révolution, où se trouvent les sièges du Comité central du Parti communiste, du gouvernement, du ministère de l’Intérieur, du ministère des Forces armées révolutionnaires ainsi que les locaux des principaux journaux nationaux.

Les affrontements violents ont été le fait des deux camps et ont provoqué des blessures graves parmi les civils. Des groupes violents se sont de leur côté livrés à des actes de vandalisme et ont attaqué avec des bâtons et des pierres les militants communistes et les sympathisants du gouvernement.

Pourquoi notre camarade Frank García Hernández, membre de notre comité éditorial, a-t-il été arrêté ?

Notre camarade Frank García Hernández se rendait chez une amie avec qui il se trouvait dès le début des manifestations quand il s’est trouvé par hasard là où se sont produits les affrontements violents près de la place de la Révolution, alors que ces affrontements venaient de prendre fin. Notre camarade Frank avait assisté à la manifestation dès le début, mais en sa qualité de militant du Parti communiste. C’est quand Frank et son amie ont pensé que les manifestants étaient en train de quitter le parc Máximo Gómez (vers 18 h), qu’ils ont décidé de se rendre chez elle. Elle habite à 200 m à peine de l’endroit où se sont produits les affrontements opposant les manifestants et les forces de police qui cherchaient à empêcher l’accès des manifestants à la place de la Révolution.

D’après notre camarade, alors qu’ils arrivaient à l’angle des rues Ayestarán et Aranguren, ils ont entendu des tirs en l’air. Ils se sont retrouvés au sein d’un groupe favorable au gouvernement qui était accompagné par des forces de police. C’est alors qu’il a rencontré par hasard Maykel González, directeur de la revue Tremenda Nota qui défend les droits des LGBTIQ, une publication qui a reproduit les textes de Comunistas. Maykel González avait participé à la manifestation, dès le début, et jusqu’aux affrontements violents opposant les deux groupes, en s’associant aux manifestants mais sans se livrer à aucun acte de violence.

Alors que les manifestations prenaient fin, un officier de police a arrêté Maykel González en l’accusant à tort d’avoir jeté des pierres contre les forces de l’ordre. Frank, toujours présent, a alors essayé, calmement, en sa qualité de militant du Parti communiste, d’obtenir que l’officier renonce à arrêter Maykel. C’est dans ces conditions qu’il a lui-même été arrêté. Le policier l’a accusé de s’être livré à des actes de violence et d’avoir fait partie des manifestants. Les autorités ont reconnu par la suite la fausseté de ces accusations.

L’arrestation s’est produite aux environs de 19 h. Ils ont tous deux été conduits au commissariat de police le plus proche. Par la suite, à 1 h 30 du matin, Frank a été transféré dans un autre centre de détention où les faits ont été rapidement éclaircis et où il a été reconnu qu’il n’avait pas participé à des actions violentes et qu’il ne faisait pas non plus partie du groupe hostile aux manifestants. Frank et Maykel ont été libérés lundi 12 juillet vers 20 h. Frank témoigne qu’il n’a subi AUCUN mauvais traitement ni aucune forme de torture pendant sa détention qui a duré un peu plus de 24 heures.

Actuellement, il n’est pas assigné à résidence mais il est soumis à une mesure préventive qui limite ses possibilités de déplacement à ses activités professionnelles et à des rendez-vous médicaux. Il n’est pas tenu de rendre compte quotidiennement de ses déplacements aux autorités policières. Ces dispositions font partie de la procédure légale suivie jusqu’à ce que soit reconnue officiellement sa non-participation à des actes de violence et à la manifestation.

La rédaction de Comunistas exprime sa reconnaissance devant la puissante vague de solidarité internationale organisée pour exiger la libération de Frank García Hernández. Nous rendrons compte prochainement de cette campagne internationaliste en témoignant de notre gratitude aux personnes et aux organisations qui se sont mobilisées pour obtenir la libération de notre camarade.

Nous tenons à souligner que lors des manifestations aucun autre membre de notre comité éditorial, aucun collaborateur ou sympathisant de notre publication n’a été arrêté. Pour autant, invoquant ne serait-ce que des considérations élémentaires de justice révolutionnaire, nous tenons à réclamer la libération immédiate des autres personnes détenues lors des manifestations du 11 juillet, sous réserve qu’elles n’aient pas commis d’actes qui aient pu mettre en danger la vie d’autres personnes. (Quelque part à Cuba, 17 juillet 2021, Comité de rédaction de Comunistas)

Post-scriptum

Au moment où nous publions cette déclaration, nous prenons connaissance des appels à manifester lancés à la fois par le gouvernement et par l’opposition. Les deux parties auraient appelé à se rassembler au même endroit à La Havane, un lieu connu sous le nom de la Piragua.

Nous dénonçons ces deux appels que nous considérons irresponsables, compte tenu de la gravité de la situation sanitaire due au coronavirus, avec 6 000 contaminations par jour. Nous condamnons avec plus de force encore tout acte de violence éventuel qui se produirait lors d’affrontements entre les deux parties. (Article publié sur le site Comunistas, le 17 juillet 2021; traduction par Robert March)

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[1] Deux remarques analytiques faites par William M. LeoGrande, spécialiste des relations entres les Etats-Unis et Cuba, dans un article publié dans l’hebdomadaire The Nation, le 13 juillet 2021, complètent ces considérations: «Les cohortes d’âge dominantes aujourd’hui sont des personnes qui ont atteint leur majorité après l’effondrement de l’Union soviétique. Leur expérience de la «Révolution? est celle de pénuries interminables et de promesses de réforme non tenues. Fidel et Raúl Castro, dont le prestige en tant que fondateurs du régime a renforcé le soutien populaire des Cubains plus âgés, sont partis, remplacés par une nouvelle génération de dirigeants qui doivent prouver leur droit à gouverner par leurs performances. Ils doivent livrer la marchandise, littéralement, et jusqu’à présent, ils n’ont pas été capables de le faire.

L’inégalité est une source supplémentaire de frustration et de ressentiment. Les réformes économiques du gouvernement, axées sur le marché, ont aggravé les inégalités, en particulier celles liées à la race, et elles sont devenues plus visibles ces dernières années. Les Cubains d’origine africaine ont moins de chances d’avoir de la famille à l’étranger pour envoyer des devises, moins de chances d’avoir un emploi dont une partie du salaire est versée en devises étrangères, et moins de chances de vivre dans des quartiers agréables qui attirent les touristes à la recherche de restaurants privés ou de chambres à louer. Il n’est donc pas surprenant que les récentes manifestations aient débuté dans certains des quartiers les plus pauvres de Cuba.» (Réd. A l’Encontre)


3. Explosion sociale à Cuba : les signaux ignorés

Il est douloureux de voir l’explosion sociale à Cuba, néanmoins cela n’est pas étonnant. Les sciences sociales ne sont pas exactes, mais elles ne sont pas aveugles. Si les dirigeants ferment les yeux face à la réalité, les femmes et les hommes de science ne doivent pas faire de même. Notre crédibilité est en jeu et, ce qui est le plus important, la vie de nombreuses personnes et le futur de la patrie.

Les signaux

Lors d’un entretien pour OnCuba (https://oncubanews.com/opinion/columnas/de-otro-costal/cuba-un-nuevo-momento-historico/) , il y a un peu plus d’un an, Alex Fleites me demanda si je crois qu’un nouveau moment historique couvait dans l’île et quels seraient ses signaux les plus visibles. Voici quelle fut ma réponse :

« Oui, je le crois. Une crise n’est pas vécue comme telle tant que les acteurs sociaux ne tiennent pas compte d’elle, là le facteur subjectif est déterminant. C’est une espèce de mal-être de l’époque, pour le dire d’une manière que certains critiques nommeraient métaphorique. Elle est quasiment toujours liée à l’épuisement d’un modèle, attention je ne dis pas d’un système. (…) Pour que survienne ce moment de mal-être, il existe, à mon avis, deux conditions. D’une part, l’incapacité de nos gouvernants à diriger avec succès un chemin de réformes. Il y a déjà plus de trois décennies que le camp socialiste s’est effondré et que deux périodes de réformes ont été tentées, la première dans les années 1990 et la seconde à partir de 2010 : cette dernière s’est faite y compris de manière informelle et avec une grande quantité de documentation confirmée. D’autre part, il existe la capacité citoyenne de porter un jugement public sur cette incapacité, c’est quelque chose de nouveau. La rupture d’un canal d’information unidirectionnel permet de voir les signaux d’alarme. Et les dirigeants le savent bien, mais ils ont été incapables d’y répondre de manière adéquate. Mon opinion, c’est que nous sommes en présence de l’épuisement définitif d’un modèle économique et politique, celui du socialisme bureaucratique. Les dirigeants ne réussissent pas à faire progresser la nation avec les vieilles méthodes, mais ils ne sont pas capables d’accepter des formes plus participatives, avec un plus grand poids des citoyen-ne-s dans la prise de décisions ».

Douze mois plus tard, j’ai publié sur le site La Joven Cuba (LJC) l’article : « Cuba, les arbres et la forêt » (https://jovencuba.com/cuba-arboles-bosque/),  où j’affirmais :

« A Cuba, depuis longtemps, les conditions sont mûres pour une transformation. Il est indéniable que la nation a cessé d’avancer : l’économie ne croît pas depuis des années, la dette extérieure augmente constamment, tout comme les niveaux de pauvreté et, malgré cela, les réformes ont été retardées de manière inexplicable. Il est évident que ceux d’en haut ne peuvent pas continuer à administrer et à gouverner comme avant. Mais que se passe-t-il avec ceux d’en bas ? Sans la maturation du facteur subjectif, cette transformation n’était pas possible. On avait besoin de la volonté des personnes de vouloir changer, d’une énergie civique qui avait été écrasée par des conditionnements politiques, éducatifs et médiatiques. Le « manque de défense appris » existe aussi dans un modèle socialiste où le système contrôle dans une certaine mesure la manière dont ses citoyens se comportent. Le facteur subjectif manquant, les conditions objectives ne détermineraient rien elles seules. Néanmoins, il existe actuellement des signaux très clairs de leur existence. De tels signaux n’ont pas été entendus par l’appel idéologique qui se trompe en réduisant les manifestations de mécontentement à un « coup d’Etat mou », à « une manipulation généralisée » ou à la « création de matrices d’opinion négatives sur le gouvernement », sans nier clairement que cela arrive aussi.

La direction du pays n’arrive pas à se placer dans :

– le nouvel environnement créé par l’accès massif à Internet et aux réseaux sociaux, qui a privé les dirigeants du monopole absolu de l’information qu’ils ont eu pendant des décennies, qui a démocratisé la diffusion de l’information et généré la possibilité de campagnes et de dénonciations contre des mesures arbitraires ;

– un état de polémique permanente, visible sur les réseaux sociaux et fomenté par la direction du pays elle-même en raison de la consultation populaire pour la rédaction de la nouvelle Constitution ; peut-être les dirigeants ont-ils pensé qu’une fois cette consultation terminée et n’ayant plus besoin de nos points de vue nous cesserions de les leur présenter, ce qui est ingénu de leur part. Maintenant, nous n’avons pas besoin de leurs convocations ;

– la déclaration de Cuba comme Etat socialiste de droit, qui a mieux rendu visible les prérogatives des Cubaines et des Cubains et les a obligé à exiger les libertés garanties par la Constitution ;

– l’existence de jeunes générations, en soi contestataires, ce qui a eu des répercussions sur des générations plus âgées, fatiguées des promesses non accomplies et des réformes retardées ou interrompues.

Cette coexistence de conditions objectives et subjectives pour une transformation sociale est totalement nouvelle dans le devenir du modèle socialiste cubain. La question en jeu maintenant n’est pas si il faut changer, mais comment le faire (… ). Au point où se trouve Cuba aujourd’hui, les chemins d’un changement social peuvent être deux : pacifique ou violent. Le premier d’entre eux, auquel je souscris totalement, signifierait de profiter des espaces légaux – il faudrait commencer par créer d’abord beaucoup d’entre eux – pour faire pression en faveur de changements économiques, politiques et juridiques dans le cadre d’un dialogue national, sans discrimination pour motif de croyances politiques (…). J’alerte sur le fait qu’il s’agit d’un moment très grave dans ce pays. Il existe un potentiel conflictuel, dans un scénario très mal analysé, non seulement par le gouvernement, mais aussi malheureusement par des intellectuels et des scientifiques sociaux que leur formation théorique et leur habileté à interpréter les faits sociaux devraient séparer d’une déclaration purement idéologique (…) »

Ce sont nos filles et nos fils, dialoguons avec eux et avec la société civile cubaine qui désire des chemins de changement et de paix. Si le gouvernement choisit la confrontation violente comme réponse, il peut arriver, à une grande échelle, ce que nous avons déjà vu sur le Vedado1: un groupe pacifique de jeunes aspergés de gaz lacrymogènes ; ou ce qui est arrivé dans le Parc de la Liberté, à Matanzas, dans la nuit de samedi : un petit groupe frappé par des membres de la Sécurité d’Etat. Peu importe d’empêcher pour quelques heures l’accès à Internet. Tout se connaît et se juge. Ma conscience ne me permet pas de me taire.

Le résultat

Les intellectuels qui ont alerté durant des mois le gouvernement sur la possibilité d’une explosion sociale à grande échelle furent traités de mercenaires. L’appareil du Parti et du gouvernement a ignoré négligemment les signaux d’alarme. Voilà le résultat de son attitude.

Le dimanche 11 juillet, des milliers de personnes ont manifesté dans de nombreuses villes et villages de l’île. A ceux qui demandaient des changements, de meilleures conditions de vie et des libertés politiques – comme c’est commun dans tout conflit de ces dimensions -, se sont joints aussi ceux qui prétendaient uniquement commettre des délits et vandaliser, mais ce fut l’exception, non la règle.

Miguel Diaz-Canel, président [de Cuba] et premier secrétaire [du Parti communiste], a réagi devant ces faits inédits dans l’histoire récente de Cuba par la convocation suivante : « L’ordre de combat est donné. Les révolutionnaires dans la rue ! ». Dans sa première allocution télévisée, il a reconnu que, parmi les manifestants, se trouvaient des personnes révolutionnaires et confuses. Dans sa seconde allocution, le 12 juillet, il assura que tous les manifestants étaient des contre-révolutionnaires et des mercenaires et ce qui s’était produit résultait d’un plan tracé à l’extérieur. Tel est le récit entretenu depuis. Pour lui, les milliers de manifestants ne font pas partie du peuple. Grande erreur.

Les forces de l’ordre – Ministère de l’Intérieur, Forces armées révolutionnaires (FAR), troupes spéciales, cadets des Académies militaires et réservistes – ont réprimé violemment. Quelques groupes de manifestants ont aussi été violents.

On sait qu’au moins une personne est morte et que d’autres ont été blessées, frappées et détenues. Une partie d’entre elles fut libérée le lendemain. Cela ne s’est pas produit dans d’autres cas, comme celui de Leonardo Romero, jeune étudiant de physique à l’Université de La Havane, qui fut emprisonné il y a deux mois pour avoir brandi une pancarte disant : « Socialisme oui, répression non ». Il passait près du Capitole avec un de ses élèves pré-universitaires. Le garçon tenta d’enregistrer l’énorme manifestation qui s’était rassemblée en ce lieu. Il fut agressé rageusement. C’était un adolescent et Leonardo le défendit. Tous deux furent arrêtés.

Il est impossible de savoir exactement ce qui est arrivé, parce que depuis trois heures du soir, ce même jour, le service d’Internet fut bloqué à Cuba. Nous sommes un peuple aveuglé, sans droit à l’information et sans possibilité de nous exprimer. Les journalistes officiels démontrent par leur attitude qu’ils sont de simples propagandistes du gouvernement. Que toute la honte de la profession s’abatte sur eux. Des déclarations justificatives et à l’occasion incohérentes ont marqué la tonalité du gouvernement. Le Bureau politique s’est réuni aujourd’hui en présence de Raúl Castro [ex-président de la République et ex-premier secrétaire du Parti communiste], mais rien n’a filtré de ce qui a été traité. Il semble qu’il n’existe pas de feuille de route tracée pour résoudre une situation interne comme cette explosion, présentée à l’opinion publique comme une grande conspiration internationale surgie à partir de l’étiquette SOS Cuba.

Les participants à cette réunion se sont limités à demander l’élimination du blocus nord-américain. Il n’y a pas d’autocritique admise sur des réformes retardées et des transgressions constitutionnelles, ni d’invitation au dialogue. Ils croient, ou veulent faire croire, que les incommodes pannes électriques des dernières semaines sont responsables du mécontentement citoyen, sans reconnaître les immenses dettes sociales accumulées et datant de plusieurs décennies.

Bruno Rodríguez Parrilla, ministre des Affaires étrangères, a dit lors d’une conférence à la presse étrangère accréditée qu’à Cuba « personne n’a faim ». Cette affirmation est une autre évidence du niveau de déconnection du gouvernement avec les gens ordinaires. Elle n’est comparable qu’avec la critique faite par Raúl, dans son « Rapport central » au 8econgrès du Parti comme secrétaire général sortant, à la « certaine confusion » de certains cadres dirigeants s’en prenant à la « supposée inégalité » qu’a créé à Cuba la commercialisation dollarisée.

Le désespoir des gens les a lancés à l’explosion, aux protestations massives au milieu du pire moment de la pandémie dans l’île. On peut prévoir une croissance énorme des contagions, tant parmi les manifestants que parmi les forces de l’ordre et les groupes de réponse rapide convoqués dans les centres de travail pour montrer leur appui au gouvernement.

A tout cela, s’ajoute l’opportunisme politique de certaines voix dans l’exil, demandant une solution militaire pour Cuba. Ces gens doivent savoir que bafouer la souveraineté nationale avec la thèse d’une intervention humanitaire est totalement inacceptable pour une énorme majorité de ce peuple, y compris beaucoup de ceux qui manifestent aujourd’hui contre le gouvernement.

En s’adressant à la presse étrangère, Rodríguez Parrilla argumenta avec légèreté que ce n’était pas le pire moment vécu par Cuba. Certes, nous avons eu dans les années 1990 une crise terrible et une manifestation sur le Malecon2 ; néanmoins, je rappelle qu’à cette étape nous avions un dirigeant avec une vision suffisante pour offrir des changements à court terme et un peuple espérant que, face à la chute du socialisme réel en Europe, le gouvernement aurait l’intelligence suffisante pour diriger une voie dégagée et continue de changements.

Aucune de ces choses n’existe aujourd’hui. Mais demander au gouvernement cubain de faire attention à ces signaux, c’est, nous l’avons déjà vu, labourer la mer3.

Alina Bárbara López Hernández :

  • est née à Matanzas, en 1965. Docteure en sciences philosophique, elle étudie la pensée politique et culturelle des intellectuels républicains à Cuba, ainsi que les réseaux intellectuels latino-américains.
  • Elle travaille aux Editions Matanzas. Autrice des essais Segundas lecturas. Intelectualidad, política y cultura en la república burguesa et El (des)conocido Juan Marinello. Estudio de su pensamiento político. Titulaire entre autres du prix 2007 de la revue Temas, du Concours national d’essais Juan Marinello 2008 et du Prix Fondation de la ville de Matanzas 2013. Collaboratrice du site La Joven Cuba.

Traduction du castillan (Cuba) par Hans-Peter Renk 

Source : La Joven Cuba, 15.7.2021 :  https://jovencuba.com/estallido-social/

Notes :
1.  Vedado : quartier central de La Havane.
2. Sur la manifestation du 5 août 1994 (reprise en main par Fidel Castro), sur le bord de mer de La Havane, le Malecon, cf. Manuel Vázquez Montalban, Et Dieu est entré à La Havane. Paris, Editions du Seuil, 2001, pp. 154-156.
3. « Labourer la mer », référence au bilan désabusé de son action, attribué à Bolivar sur son lit de mort.


4. Video : Protestas en Cuba: presente y futuro de la Revolución, Intervention de Julio César Guanche.

Protestas en Cuba: presente y futuro de la Revolución, Intervension de Julio César Guanche. Organisé par Viento sur, Sinpermiso, Jacobin, Catarsi. © Viento sur


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