Si Valls avait raison...

 

 

 

 

 

 

 

Se faire plaisir et gambader comme indiqué dans le billet précédent,ce n’est pas se contenter de jouer toute la journée au Scrabble, au pendu ou faire des réussites en se désintéressant du monde qui va.

Bien au contraire,c’est y plonger et ne pas renoncer à aborder un problème, à le nommer, en faire le tour au motif que ce dernier serait tabou, pourrait faire hurler les tenants d’une police de la pensée, fut-elle de gauche ou se réclamant de la gauche.

Alors camarades de tous les partis, grands ou rikiki, de tous les courants, de toutes les obédiences, de l’ultra-gauche à la sociale démocratie; après une journée de vindictes et d’anathèmes lancés contre les idées avancées par Manuel VALLS sur son « nécessaire déverrouillage des 35 heures » , il serait peut-être temps d’accepter d’examiner en face et sans tabou, loin du dogme, les données du problème posé.

En effet, de quoi aurions nous l’air si, au bout du compte, Manuel Valls avait raison ?

La remise en cause de certains aspects de la réforme des 35 heures n’a pas attendu Valls, déjà Royal lors de sa campagne présidentielle écornait le tabou en dénonçant ses conditions de mise en œuvre et en soulignant que le monde ouvrier, celui qui est attaché à la production, avait payé cette avancée au prix fort par le cumul de deux phénomènes. Les réorganisations internes et l’annualisation du temps de travail ainsi que le frein volontairement mis à l’évolution favorable des rémunérations.

Doit-on rappeler qu’à l’époque, même les syndicats ouvriers qui avaient été favorables à une telle réforme, approuvèrent cette analyse qui tendait à prouver que seuls les employés aux tâches de service avaient été les vrais bénéficiaires de celle-ci, le sort des ouvriers en usine étant moins favorable ?

Avant de procéder la main sur le coeur de nos consciences effarouchées à la critique en règle des déclarations de Manuel Valls, encore faudrait-il restituer exactement son propos et les raisons qui le poussent à avancer ses préconisations.

Quel est son constat ?

Tout d’abord, il rappelle que les conditions économiques générales de 2011 n’ont rien à voir avec celles qui prévalaient lors de la mise en œuvre de cette réforme. Qui dira le contraire ?

Il constate que le budget de l’Etat, c’est-à-dire nos impôts, finance en même temps, la réduction du temps de travail et le travailler plus de Sarkozy privant ce même budget et celui de la Sécu de recettes et moyens financiers aujourd’hui indispensables.

Il souligne que les effets de la modération salariale qui devait permettre aux entreprises de supporter cette baisse de production non compensée par des gains de productivité, ces effets donc ont dépassé depuis longtemps les limites admissibles. Il en ressort que 80% des augmentations de salaires sont captées par 1% des salariés les plus privilégiés, que 64% des salariés n’ont depuis 2 ans connu aucune augmentation et même que depuis 5 ans, 40% n’ont connu aucune amélioration de leur condition salariale.La politique suivie actuellement à l'égard du smic allant dans le meme sens.

Il rappelle par ailleurs que le différentiel de compétitivité et de croissance avec l’Allemagne va s’élargissant, cette dernière battant des records à l’exportation alors que dans les mêmes temps nous affichons un déficit commercial de l’ordre de 50 milliards d’€uros; que notre croissance n’est plus tirée par l’investissement industriel et que , du fait de la stagnation des revenus salariés, le cumul de ces trois situations fait que la croissance n’a aucune chance de revenir. Or la demande a toujours occupé une place déterminante dans le maintien de notre croissance.

Enfin, il fustige ceux qui comme le patronat s’accommodent du détricotage des 35 heures par des mesures partielles où le salariat ne trouve pas son compte.

Que propose-t-il donc de si affreux que la totalité de ceux qui ont accès aux médias, au nom d’une police de la pensée qui anesthésie toute recherche, toute analyse, vouent aux gémonies ???

Rien d‘autre qu‘un calcul simple et une opération enfin marquée du sceau d‘une politique de gauche !

- Relever après négociation avec les organisations syndicales l‘horaire hebdomadaire légal de travail à 38 heures.(8,57% d'augmentation)

- Garantir un accroissement individuel équivalent de la part réservée aux salaires. (38 heures payées 38)

- Supprimer toutes aides aux entreprises nées des réformes Aubry et Sarkozy (TEPA).

Bref, transférer du budget de l’Etat à celui des entreprises le coût de sa réforme !

C’est là ce que d’aucuns parmi vous qualifient de « politique réactionnaire cousine de celle menée par Antoine Seillère du temps de sa splendeur ».

On sent là le dogmatisme vent debout, défense de toucher à un tabou et procès en sorcellerie comme au bon vieux temps du stalinisme triomphant !

Les propositions de Vall sont insuffisantes, méritent d’être approfondies par une critique sans concession dans le but de protéger au mieux les intérêts des travailleurs ? Pourquoi pas !

Alors parlons en et renonçons aux invectives et à la facilité de jeter une fois de plus le bébé avec l’eau du bain.

 

Quel serait le bilan économique prévisible d'une telle mesure ?

 

- Rapprocher le temps de travail légal du temps de travail constaté.

- Augmentation de 8,57 % des salaires

- Augmentation de la consommation donc relance de la croissance par la demande

- Augmentation des ressources de la Sécurité Sociale (notamment maladie et retraites)

- Transfert sur les entreprises de charges payées par l'Etat donc amélioration budgétaire porportionnelle

- Faible impact pervers sur les entreprises qui bénéficeraient d'un temps de production supérieur à forte productivité et dont les charges fiscales ont déjà sensiblement baissé.

 

Le seul problème éventuel se situerait au niveau des TPE ou PME-PMI employant moins de 20 salariés (ce qui reste à prouver).

 

nota : je ne suis pas un supporteur de Valls

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