HALTE AU HOLLANDE BASHING

Voilà un papier, publié par Marianne de cette semaine, que j'aurai bien aimé écrire car il résume exactement mon opinion :

 

 

"Le « Hollande bashing » devient la spécialité des hebdomadaires. Le Point   a ouvert les hostilités... dès le 17 mai 2012 ! D'autres newsmagazines ont à leur tour entonné l'air de la Calomnie. Ce lynchage est d'autant plus méprisable que l'intéressé ne peut pas répondre, au risque sinon d'être accusé d'attenter à la sacro-sainte liberté de la presse. La critique par les médias de l'action présidentielle est en démocratie un droit légitime à une condition : que ce débat se déroule dans la décence et le respect.
  Or, ces hebdomadaires ont remplacé l'analyse par la médisance, l'investigation par le clabaudage. Les journalistes ne sont plus des rédacteurs mais des détracteurs, plus des enquêteurs mais des procureurs.

 

 

Dans cette course à l'échalote, le Point, qui appartient à François Pinault, l'un des invités du Fouquet's, a sonné l'hallali, le directeur de la publication, Franz-Olivier Giesbert, se réjouissant « d'avoir un coup d'avance sur les autres ». Puis l'Express   s'est lancé, à son tour, dans la chasse à l'homme. Son directeur, Christophe Barbier, n'hésite pas à titrer sur « Les cocus de Hollande ». Enfin, le Nouvel Observateur   a pris part à la curée. L'hebdomadaire de Claude Perdriel interpelle sèchement ses lecteurs : « Faut-il désespérer de François Hollande ? »

 

 

Depuis des mois, ces magazines s'adonnent à une surenchère verbale et visuelle, au point de confondre franchise et impudence. Ils se complaisent dans les attaques ad hominem : à « M. Faible » répond « Pépère ». Ils apostrophent le président, le tutoient, le rudoient.
  Selon le site 365mots.com, trois quarts des unes que l'Express a consacrées, depuis mai 2012, au président de la République et la totalité des couvertures du Point sont négatives, alors que le traitement réservé à son prédécesseur apparaît nettement plus équilibré. Giesbert et Barbier n'ont jamais montré M. Sarkozy dans une position humiliante ou ridicule. Et Dieu sait si... Alors qu'avec François Hollande les privautés et l'incorrection sont de règle.
  Depuis une décennie, la presse écrite française traverse une crise profonde. Même s'il affecte particulièrement les quotidiens nationaux, ce marasme n'épargne pas les hebdomadaires. Ceux-ci affrontent la concurrence débridée des chaînes de télévision et des stations de radio d'informations en continu, des sites Internet, de la blogosphère, des réseaux sociaux, des téléphones portables, des tablettes. Par leur réactivité, ces nouveaux médias conditionnent, désormais, la diffusion des nouvelles. Les magazines tentent donc de les concurrencer en versant dans l'outrance. Laurent Joffrin admet que le  «Hollande bashing » poursuit surtout des visées vénales. Qu'importent l'honnêteté, la vérité, pourvu que le titre accroche.
  Pourtant, cette stratégie commerciale s'essouffle. Au premier trimestre 2013, les ventes au numéro ont chuté de 7 % pour le Point et de 8 % pour l'Express. Seul le Nouvel Observateur s'en sort, grâce au scoop licencieux de Marcella Iacub. Le « Hollande bashing » ne paie plus : « M. Faible » n'a été vendu qu'à 63 000 exemplaires. Le Point semble regretter le vibrionnisme omniprésent de M. Sarkozy, un « bon client » dont les extravagances gestuelles et les débordements langagiers faisaient vendre.  


Nourrir le populisme

Les newsmagazines mentent effrontément à leurs lecteurs, en les attirant avec un titre affriolant que les éditoriaux contredisent parfois. Laurent Joffrin admet, implicitement, faire montre d'hypocrisie. Reconnaissant le caractère « provocant » du titre « Sont-il si nuls ? », qui se réfère aux membres du gouvernement, il répond lui-même à cette interrogation : « Non, ils ne sont pas nuls, mais trop lents. »
Quant au Point, il a atteint un degré extrême de duplicité, en prêtant à l'hôte de l'Elysée la citation imaginaire « Oh ! J'avais oublié de vous dire ! » qui sous-entend qu'il aurait volontairement menti par omission. Plus encore qu'une escroquerie intellectuelle, c'est une félonie. Cette falsification vise à berner le lecteur et à nuire au président de la République. Christophe Barbier ne s'en cache même pas : « Nous devons soit devancer l'actualité, soit la créer. » Ne serait-il pas encore plus simple de l'inventer carrément ?
  Dotés d'un ego démesuré, ces patrons de presse suffisants autant qu'insuffisants s'imaginent en démiurges. En réalité, ils ne sont que des aventuriers de papier, des forbans de rotatives. Ces frustrés de la politique ne rêvent que de faire et défaire les gouvernements, de façonner et de manipuler l'opinion publique. Comme François Hollande applique la ligne choisie avec les Français, ils se transforment en juges, en instruisant le procès en légitimité d'un président démocratiquement élu. Les hebdomadaires contribuent ainsi à nourrir le populisme et à favoriser les extrêmes en dévalorisant le chef de l'Etat. L'escalade verbale à laquelle ils se livrent sans vergogne contribue à saper les fondements institutionnels de la République.
  Comme l'a remarqué le sociologue allemand Ulrich Beck, « l'excitation des éditorialistes qui font monter François Hollande sur leur échafaud de papier paraît très exagérée et tout à fait intempestive ». Tous les sondages confirment que les Français apprécient, sur le plan personnel, un président « déterminé », « sincère », « courageux ».
Sur le Mali, il a été perçu  comme « convaincant ». Dans l'affaire Cahuzac, il a agi promptement dès qu'il a eu les preuves. C'est un homme combatif et opiniâtre. Il tient un discours de vérité. Conscient de la gravité de la crise, il sait que sa résolution nécessite du temps. Quitte à exaspérer ces hebdomadaires versatiles qui se repaissent de l'instantané, du futile et du trivial. Il inscrit son action dans le long terme et doit être, en conséquence, évalué sur la durée de son mandat.
  Depuis son élection, François Hollande a déjà accompli de substantiels changements. Il a réorienté la politique européenne, instauré le dialogue entre les partenaires sociaux, créé des emplois-jeunes, réalisé la Banque publique d'investissement, établi le contrat de solidarité, institué le « mariage pour tous »...
Que les hebdomadaires cessent, enfin, de se dévoyer. Qu'ils retrouvent honneur et dignité. Sinon, ils risquent d'être encore brocardés par le dessinateur Joann Sfar caricaturant Christophe Barbier confessant à une rédaction nerveuse : « Et malgré tous nos efforts, nous n'arrivons pas à faire des unes aussi c... que celles du Point »..."
* François Loncle, député SRC de la 4ème circonscription de l'Eure

 

 

Si Médiapart n'ajoutait pas sa médisance à celle de l'Express, du Point et du Fig-Mag, l'air serait plus respirable.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.