Souvenance par Anouar Brahem

 

la pochette de l'album Souvenance la pochette de l'album Souvenance

  Le 14 avril à Cully, à une encablure de Lausanne, le Oudiste Tunisien Anouar Brahem accompagné de son quartet et de l’orchestre à cordes bernois “String of Birds“, jouera Souvenance, sa suite orchestrale intimiste composée au gré de la révolution tunisienne. Si vous n’avez pas déjà marqué la date au fer rouge, pas la peine de courir sur les bords du Lac Léman, c’est complet depuis belle lurette. Pour avoir une chance d’assister à une représentation dans son intégralité avec orchestre à corde

 

de cette œuvre parue en janvier dernier, faudra se précipiter à Lisbonne, Bordeaux ou Zurich en juin prochain.

 

(http://www.anouarbrahem.com/fr/dates-de-concerts/).

 

         Brahem, musicien de formation classique, a été un des premiers à franchir le pas et à insuffler de la musique arabe dans le jazz, ou l’inverse, improvisant avec son Oud, et il est probablement aujourd’hui un des artistes Tunisiens les plus en vue. “C’est en attaquant les premières ébauches de “Souvenance“ fin 2010 que survinrent les événements, extraordinaires, de Tunisie. Je n’arrivais plus à travailler et il m’a fallut un certain temps pour m’y remettre. Toutes les pièces de ce disque ont été composées durant les trois dernières années“

 

         Depuis ce fameux 14 janvier 2011 qui a vu le président Ben Ali s’enfuir pour un exil doré en Arabie Saoudite, les événements se sont bousculés. Nouvelle constitution, élection présidentielle, procès de l’ancien régime, mais aussi parfois accès de violence. Anouar Brahem, rencontré avant le massacre du musée du Bardo, a vécu de près toute cette période.

 

Il y a eu aussi des événements douloureux, assassinats politiques, terrorisme, qui auraient pu nous mener vers l’impasse mais finalement, dans cette petite Tunisie qui a inspiré le vent de la révolte, le processus révolutionnaire a continué à avancer contrairement aux autres pays arabes. Nous avons vécu des moments extraordinaires, l’histoire avec un grand H s’écrivait devant nous, dans la rue, chaque jour. Quand la nouvelle du départ de Ben Ali est tombée, on avait du mal à y croire, on avait d’ailleurs du mal à croire tout ce qui arrivait et j’’ai passé quasiment cinq ou six mois à me pincer tous les jours en me demandant si tout cela était bien réel. Il est vrai que j’ai composé ces musiques durant cette période mais on ne sait pas, on ne saura jamais,  l’influence de ces événements sur mon œuvre. On puise à l’intérieur de soi sans vraiment réaliser d’où proviennent toutes ces notes qui surgissent d’une mémoire ancienne ou d’événements récents. Ce serait assez réducteur pour la musique d’être au service d’une cause, quelle que soit l’importance et la valeur de cette cause et je prends avec beaucoup de suspicion les œuvres qui se disent politiquement engagées“.

 

         Lui qui admet n’avoir jamais été inquiété par le pouvoir durant la période Ben Ali, “hormis les tracasseries administratives mineures, tant qu’on ne manifestait pas publiquement, on vous foutait la paix“, goûte avec gourmandise et sérénité cette toute nouvelle liberté. L’été dernier, une avant-première de “Souvenance“ a eu lieu chez lui au festival de Carthage, “un risque énorme“ en plein air sur une grande scène peu propice à sa  musique élégante et méditative. Gros succès. Le double album de ce projet est édité sur le label Munichois ecm dont Anouar Brahem est désormais un des piliers, côtoyant Keith Jarrett, Jan Garbarek et quelques autres. En l’écoutant, on se laisse facilement flotter au gré de la mélancolie et de la volupté de cette musique, même si l’on peut regretter parfois de ne jamais se laisser totalement emporter. Mais ce n’est peut-être que le léger goût d’inachevé que nous laisse la révolution tunisienne.

 

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