Patrick Artinian
Journaliste à Mediapart

18 Billets

0 Édition

Billet de blog 19 oct. 2015

Tigran Hamasyan à St Sulpice

En pénétrant dans l’imposante église St Sulpice, le pianiste arméno-américain Tigran Hamasyan prend bien soin d’ôter sa casquette avant de se signer “je suis croyant mais pas fanatique » précise t-il. Le mardi 20 octobre, l’église parisienne sera la prochaine étape de sa monumentale tournée, 100 concerts pour les 100 ans du génocide arménien.

Patrick Artinian
Journaliste à Mediapart

Tigran Hamasyan devant l'église St Sulpice © Patrick Artinian
En pénétrant dans l’imposante église St Sulpice, le pianiste arméno-américain Tigran Hamasyan prend bien soin d’ôter sa casquette avant de se signer “je suis croyant mais pas fanatique » précise t-il. Le mardi 20 octobre, l’église parisienne sera la prochaine étape de sa monumentale tournée, 100 concerts pour les 100 ans du génocide arménien. Un album, “Luys Y Luso“ chez ecm accompagne la tournée. Le lauréat du prix Thelonious Monk à cette fois déserté son répertoire jazz pour se consacrer à la musique sacrée arménienne des compositeurs du Vème au XIXème siècle, au premier rang desquels Komitas mais aussi Mesrop Machtots ou Krikor Narekatsi sélectionnant méticuleusement les hymnes et les “sharakans“ (chants liturgiques) qu’il a réarrangé pour piano et chœur. Le pianiste, domptant sa fougue,  privilégie la délicatesse de son touché et nous délivre une musique recueillie, empreinte de solennité, un Requiem où les voix aériennes du Yerevan State Chamber Choir entrent en osmose avec le piano, s’imbriquant parfaitement et surfant sur les improvisations d’Hamasyan, l’émotion occultant la complexité technique.

Tigran Hamasyan dans l'église St Sulpice © Patrick Artinian

                    La tournée à débuté en Arménie le 24 mars dernier “ C’était particulièrement émouvant dans les petits monastères où les concerts n’étaient même pas annoncé. Je jouais du piano, le chœur chantait tandis que les gens se recueillaient, visitaient les lieux, passaient par hasard, s’arrêtant parfois pour nous écouter“. Les choses ont commencé à se corser lorsqu’il a franchit la frontière pour une série de concerts en Turquie, à commencer par Kars dans le nord-est du pays d’où sa famille est originaire. “Le maire était hostile à notre venue et il a été relayé par des groupes d’extrême-droite qui ont proféré des menaces sur leurs sites web. Le climat était tendu. A Kayseri, des policiers en civil nous escortaient partout en ville et le soir du concert, dans une petite église de la ville, il y avait autant de policiers que de public. A Dyarbekir, lors de notre départ, il y eu des combats entre les Kurdes et l’armée turque qui ont fait des morts et de nombreux blessés. Néanmoins, les concerts furent plutôt réussis, attirant du monde. Heureusement, une fois à Istanbul, toute cette tension a disparu “.

        

Tigran Hamasyan à Paris © Patrick Artinian

L’album fut enregistré au studio Argo d’Erevan en octobre 2014 et pour l’occasion, Manfred Eicher, fondateur et patron d’ecm, fit le déplacement dans la capitale arménienne. Il publiera l’an prochain un album du trompettiste norvégien Arve Henriksen sur lequel on retrouvera Hamasyan au piano et qui sera consacré à Komitas, compositeur arménien rescapé du génocide qui sombra dans la folie et mourut à l’hôpital psychiatrique de Villejuif en 1935.

                                             Patrick Artinian

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Gauche(s)
Parlement : ce que peut espérer la Nupes
Et si la gauche devenait la première force d’opposition au Palais-Bourbon en juin prochain ? Un scénario plausible qui pourrait, dans une certaine mesure, transformer le paysage politique, explique Olivier Rozenberg, spécialiste de la vie parlementaire.
par Pauline Graulle
Journal
Ukraine : divisé, le monde occidental peine à dessiner une issue
Alors que le spectre d’un conflit long se précise, faut-il continuer, et jusqu’à quand, à livrer des armes à Kyiv ? Est-il encore possible de ménager une « porte de sortie » à Vladimir Poutine pour faciliter de futures négociations de paix ? Aux États-Unis comme en Europe, des dissensions commencent à affleurer sur ces sujets clés.
par Ludovic Lamant
Journal — Migrations
La guerre a déplacé des milliers d’orphelins et d’enfants placés
Les enfants représentent, avec les femmes, la majeure partie des déplacés internes et des réfugiés ukrainiens. Dans l’ouest de l’Ukraine, des orphelins de la guerre et des enfants placés tentent de se reconstruire une vie, loin de leur maison et de leurs habitudes.
par Nejma Brahim
Journal
Législatives : des candidats de la majorité préfèrent s’afficher sans Macron
Contrairement à 2017, où la plupart des candidats macronistes avaient accolé la photo du président de la République à côté de la leur, nombre d’entre eux ont décidé cette année de mener campagne sur leur propre nom. Face à la gauche et à l’extrême droite, certains veulent éviter d’agiter « le chiffon rouge ».
par Ellen Salvi

La sélection du Club

Billet de blog
Prendre les chemins de traverse… mais à plusieurs !
Nous sommes un collectif d'une petite dizaine de personnes, qui avons décidé, à la fin de nos études en politiques locales, de prendre à bras le corps les questions climatiques, énergétiques, sociales de demain, pour y trouver des réponses radicales. Voilà l'histoire de notre parcours, depuis notre rencontre en 2018, sur les bancs de l'université.
par Collectif La Traverse
Billet d’édition
Hebdo #123 : Parole à celles et ceux qui ont déjà bifurqué
À la suite du retentissant appel des jeunes diplômés d’AgroParisTech à déserter les postes dans l’agro-industrie, nous avons recueilli de nombreux témoignages d’anciens étudiants « en agro » devenus paysans, chercheurs, formateurs, etc. Ils racontent leur parcours, les embûches et leur espoir de changer le système. Bifurquer, c’est possible. Mais il faut s’organiser !
par Sabrina Kassa
Billet de blog
Déserteurs : existe-t-il une sécession des élites diplômées ?
La prise de parole des étudiant·es de Agro Paris Tech a été l’occasion pour la presse de remettre en avant l’hypothèse d’une sécession de l’élite scolaire face à la crise écologique. Qu’en disent les sciences sociales ?
par Quantité Critique
Billet de blog
Remise des diplômes AgroParisTech : appel à déserter
Lors de leur cérémonie de remise de diplôme, huit jeunes ingénieur·es AgroParisTech ont appelé leurs camarades de promotion à déserter de leurs postes. « N'attendons pas le 12ème rapport du GIEC qui démontrera que les États et les multinationales n'ont jamais fait qu'aggraver les problèmes et qui placera ses derniers espoirs dans les révoltes populaires. Vous pouvez bifurquer maintenant. »
par Des agros qui bifurquent