Tigran Hamasyan à St Sulpice

En pénétrant dans l’imposante église St Sulpice, le pianiste arméno-américain Tigran Hamasyan prend bien soin d’ôter sa casquette avant de se signer “je suis croyant mais pas fanatique » précise t-il. Le mardi 20 octobre, l’église parisienne sera la prochaine étape de sa monumentale tournée, 100 concerts pour les 100 ans du génocide arménien.

Tigran Hamasyan devant l'église St Sulpice © Patrick Artinian Tigran Hamasyan devant l'église St Sulpice © Patrick Artinian
En pénétrant dans l’imposante église St Sulpice, le pianiste arméno-américain Tigran Hamasyan prend bien soin d’ôter sa casquette avant de se signer “je suis croyant mais pas fanatique » précise t-il. Le mardi 20 octobre, l’église parisienne sera la prochaine étape de sa monumentale tournée, 100 concerts pour les 100 ans du génocide arménien. Un album, “Luys Y Luso“ chez ecm accompagne la tournée. Le lauréat du prix Thelonious Monk à cette fois déserté son répertoire jazz pour se consacrer à la musique sacrée arménienne des compositeurs du Vème au XIXème siècle, au premier rang desquels Komitas mais aussi Mesrop Machtots ou Krikor Narekatsi sélectionnant méticuleusement les hymnes et les “sharakans“ (chants liturgiques) qu’il a réarrangé pour piano et chœur. Le pianiste, domptant sa fougue,  privilégie la délicatesse de son touché et nous délivre une musique recueillie, empreinte de solennité, un Requiem où les voix aériennes du Yerevan State Chamber Choir entrent en osmose avec le piano, s’imbriquant parfaitement et surfant sur les improvisations d’Hamasyan, l’émotion occultant la complexité technique.

Tigran Hamasyan dans l'église St Sulpice © Patrick Artinian Tigran Hamasyan dans l'église St Sulpice © Patrick Artinian

                    La tournée à débuté en Arménie le 24 mars dernier “ C’était particulièrement émouvant dans les petits monastères où les concerts n’étaient même pas annoncé. Je jouais du piano, le chœur chantait tandis que les gens se recueillaient, visitaient les lieux, passaient par hasard, s’arrêtant parfois pour nous écouter“. Les choses ont commencé à se corser lorsqu’il a franchit la frontière pour une série de concerts en Turquie, à commencer par Kars dans le nord-est du pays d’où sa famille est originaire. “Le maire était hostile à notre venue et il a été relayé par des groupes d’extrême-droite qui ont proféré des menaces sur leurs sites web. Le climat était tendu. A Kayseri, des policiers en civil nous escortaient partout en ville et le soir du concert, dans une petite église de la ville, il y avait autant de policiers que de public. A Dyarbekir, lors de notre départ, il y eu des combats entre les Kurdes et l’armée turque qui ont fait des morts et de nombreux blessés. Néanmoins, les concerts furent plutôt réussis, attirant du monde. Heureusement, une fois à Istanbul, toute cette tension a disparu “.

        

Tigran Hamasyan à Paris © Patrick Artinian Tigran Hamasyan à Paris © Patrick Artinian

 

L’album fut enregistré au studio Argo d’Erevan en octobre 2014 et pour l’occasion, Manfred Eicher, fondateur et patron d’ecm, fit le déplacement dans la capitale arménienne. Il publiera l’an prochain un album du trompettiste norvégien Arve Henriksen sur lequel on retrouvera Hamasyan au piano et qui sera consacré à Komitas, compositeur arménien rescapé du génocide qui sombra dans la folie et mourut à l’hôpital psychiatrique de Villejuif en 1935.

 

                                             Patrick Artinian

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.